3.3.2.3 - Les différences et les analogies

Bien que l’organisation architecturale soit fondamentalement la même, plusieurs différences sont décelables d’un exemple à l’autre. Dans certains cas, aucune pièce dépendante ne s’ouvre sur l’un de ses côtés, comme à Ur 4 et 1, et à Mari 46. Parfois deux pièces ou deux appartements prennent place à l’une des extrémités comme par exemple la salle 1 du grand palais de Mari. Dans le cas d’Uruk, on trouve une pièce de forme allongée (2-a) occupant toute la largeur du secteur, reliée à une série de petites pièces1196.

L’organisation de ce secteur montre des analogies entre les palais mésopotamiens. L’organisation d’Uruk met en valeur la salle 2-a et sa banquette bien placée devant la large baie donnant sur l’espace 23. Plusieurs tablettes se trouvent dans cette pièce montrant qu'elles étaient destinées à une fonction administrative1197. On rencontre dans ce système des analogies assez nettes avec l’importance accordée à la présentation de l’espace 1 de Mari. Nous avons déjà signalé que le dernier espace était entouré d’une couronne de pièces. Dans ces salles dépendantes (2, 3, 4, 5) de cet espace, une très grande quantité de tablettes a été trouvée. Ces tablettes ont chu des zones d'archivages de l'étage comme le prouve la dispersion des trouvailles dans les éboulis. D’autres palais livraient aussi un grand nombre de tablettes : les salles 2, 5, et 23 de la phase 2 du palais de Samsi-Addu de Tell Leilan, les salles VI, et XIV du palais de Tel al-Rimah. Nous pouvons ajouter à ces dernières tablettes, celles qui sont tombées de l’étage provenant de la pièce que nous avons indiqué plus haut.

Les bases du trône retrouvées dans la salle 1 du grand palais royal de Mari et peut-être dans la salle 4 du palais d’Ur, ou les banquettes dans la salle 2-a du palais d’Uruk conduisent à penser que le roi présidait ici certaines séances1198. D’autres salles de l’administration ne comportent pas ce genre d’aménagements.

D’après les éléments et le contenu des tablettes qu’on a retrouvées dans certains cas, il semblerait que le secteur administratif n’était pas seulement destiné à diriger des travaux d’État. L’étude des textes permet aux épigraphistes de donner à la salle 1 du palais de Mari le nom de « chambre du lit du roi» ou celui de divan1199 et laisse penser que cette zone était consacrée à l’administration des repas du roi1200. Les données archéologiques suggèrent que ce secteur avait cette fonction première. En effet, des jarres ont été trouvées dans ses pièces qui étaient, probablement, destinées à ranger de nombreuses denrées, telles que les cinq grands jarres trouvés dans la salle 1, 2 et 31201. La majesté de la salle 1 qui contenait la base du trône et les traces d’un décor mural donne une impression que les activités du roi à cet endroit dépassaient la vie économique du palais. Il est probable que ces activités avaient aussi un lien avec les travaux d’État. Certaines pièces administratives du palais de Samsi-Addu et de celui de Qarni-Lim de Tell Leilan étaient elles aussi consacrées à l’administration des travaux à l’intérieur du palais. Toutefois, il existe d’autres pièces comportant des archives économiques et politiques d’État. La salle 2 de la phase du premier cas abrite des tablettes appartenant aux archives de l'administrateur de vin royal de Yakûn-Ašar. La même caractéristique a été répétée par le palais de Qarni-Lim de Tell Leilan. En effet, la pièce 12 contenait 647 tablettes d’archives concernant la bière de Šamaš-dajjān. Tandis que les salles 5 et 17 comprennent des tablettes administratives des règnes de Samsi-Addu et de ses successeurs montrant que le secteur administratif dirigeait des travaux d’État. Ces tablettes traitaient des affaires politiques et économiques (l’importation et l’exportation de plusieurs produits comme par exemple le vin, l’argent et les vêtements) et présentaient aussi les initiales royales. Les tablettes1202 ont été retrouvées sur les restes des deux murs qui séparent la pièce XVI du couloir XXII et dans l’espace entre ces murs du palais de Tell al-Rimah où se tenaient également des affaires concernant la vie économique dans le palais. Il s’agit en fait des dépenses de vin pour le roi, ses officiers et ses hôtes. Ces tablettes datent de l’époque d’Aqba-Hammu, époux d’Iltani. D’autres tablettes1203 que l’on a retrouvées dans la salle II de cet édifice permettent d’affirmer que le secteur administratif jouait aussi un rôle dans la direction des travaux d’État, puisqu’elles comportent des initiales diplomatiques de Zimri-Lim.

Notes
1196.

Margueron J.-C., 1982b, p. 548.

1197.

Idem, p. 416.

1198.

Idem, p. 548.

1199.

Bottero J., 1957, p. 2, 3, 174 et Birot M., 1960, t, 12, et p. 311.

1200.

Publication de ces textes par Birot M., 1960, p. 246, 291.

1201.

Margueron J.-C. 1982b, p. 350-351.

1202.

Battini L., 2001, 120.

1203.

Oates D., 1968, p. 136-137 et 1970, p. 5.