3.3.4.6 - Étude comparative

La plupart des salles de stockage étaient tracées selon un schéma spécial (salle très étroite et allongée). Il s’agit d’une indication très importante qui nous aide à définir les pièces destinées aux réserves dans les autres palais mésopotamiens appartenant aux autres périodes de l’âge de bronze.

Les palais des dynasties archaïques comportent des salles de la même forme mais ne présentant pas les mêmes caractéristiques. Nous avons indiqué plus haut que le cœur du secteur économique du palais de Sinkashid d’Uruk était occupé par une cour carrée et que les pièces allongées étaient installées perpendiculairement à cette cour. Cette caractéristique a été répétée par les espaces X et 28 de Kish P. Cependant les salles allongées ne se situaient que sur un seul côté. L’espace 6 du palais A de Kish a lui aussi été tracé selon le même schéma, mais cette fois, les salles allongées n’ont pas été placées sur un ou deux côtés : elles se trouvent le long des côtés de cet espace. On peut ajouter à ce dernier secteur, les secteurs D et l’espace 50 du palais P de Kish et celui E du palais d’Eridu. Cependant, les salles allongées des derniers cas, ne se trouvent pas placées de façon typique, mais se rapprochent du modèle.

Le secteur économique du palais de Sinkashid d’Uruk était plus similaire aux derniers secteurs que ceux d’autres palais mésopotamiens datant de l’époque de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonien, surtout en ce qui concerne l’existence d’une cour carrée, bordant des salles allongées. D’autres secteurs de réserves des palais des dernières périodes n’étaient pas tracés selon le même plan. En effet, il n’a pas été retrouvé de cour centrale comme pour les zones économiques des palais des dynasties archaïques, dans le secteur F du palais de Mari. Le secteur économique du palais de Bilalama possédait un espace central (30:1), mais sa forme n’était pas carrée, elle était rectangulaire. De plus, il s’ouvre immédiatement sur l’extérieur du palais, puisqu’il n’y avait pas de vestibule. Il s’agit d’une caractéristique que l’on ne retrouve pas dans les parties à vocation économique des palais des dynasties archaïques. Enfin, tandis qu’il se trouve un espace central dans le centre de chacune des unités économiques des dynasties archaïques, le secteur économique du palais de Bilalama était lui divisé en plusieurs unités dont les centres étaient occupés par les espaces centraux.

Le palais de Kish A livrait des éléments destinés au stockage, comme ceux que l’on a retrouvé dans les autres palais mésopotamiens (royal de Mari, Tuttul, oriental de Tell Leilan et de Tell al-Rimah). Il s’agit de jarres retrouvées dans la salle 30 ou de contenants divers retrouvés dans les salles 52 et 15 faisant songer à des réserves1245.

L’architecture royale de l’époque akkadienne présente aussi des indications d’un secteur des réserves, comme par exemple le palais du Tell Brak. Les salles étroites et très allongées étaient le signe le plus remarquable dans ce palais, puisque les ensembles 1, 2, 3 et 4 étaient entourés de pièces étroites et allongées. M. Mallowan leur a donné cette fonction  ( réserves) en prenant en compte cette forme. L’existence des céréales carbonisées renforce l’hypothèse de cet archéologue sur la fonction économique du rez-de-chaussée de cet édifice1246. Nous ne pouvons pas admettre cette hypothèse avec certitude, car le bâtiment n’était pas bien conservé : on n’y a seulement retrouvé les fondations. L’absence des aménagements à cause du mauvais état de conservation pose problème pour bien comprendre la fonction des salles de cet édifice. De plus, la cour 1 qui occupait le centre de l’édifice possédait des dimensions importantes. D’après les coutumes en Mésopotamie, une telle cour occupant un tel emplacement devait avoir un rôle officiel et pouvait avoir également un rôle économique secondaire (salle 116 de la cour 106 du grand palais de Mari). Ce qui s’oppose à cette hypothèse est le fait que les salles environnantes ne soient pas tracées selon le schéma que celui du bloc officiel : deux grandes salles allongées et parallèles, la première salle donne accès à la seconde. Si nous admettons l’hypothèse des archéologues sur la fonction économique de ces ensembles, nous pouvons dire que le palais de Tell Brak était identique à celui de Mari en ce qui concerne la présence de nombreux secteurs voués aux réserves. Cependant, ces salles de stockage ne possédaient pas de banquettes ou de jarres de réserves comme celles retrouvées dans le palais de Mari. Les ensembles économiques du palais de Naram-Sin se rapprochent du schéma du secteur économique du palais de Sinkashid (une cour carrée entourée des pièces allongées). Malgré cela, une différence existe entre les deux, nous avons indiqué plus haut que les salles allongées étaient placées perpendiculairement à la cour centrale 28 du palais de Sinkashid. Cette caractéristique n’apparaît pas dans le palais de Telle Brak, puisque les pièces de chaque secteur destiné à une fonction de réserve, se situent sur les côtés de l’espace central.

On peut voir le secteur des réserves dans un des palais de la deuxième moitié du second millénaire. Selon l’archéologue, le groupe 12-13-14 du palais d’Aqar Quf, tout comme l’organisation de plusieurs autres secteurs économiques, appartient à un secteur dont le centre était doté d’une cour centrale.

Notes
1245.

Margueron J.-C., 1982b, p. 68.

1246.

Mallowan M. E. L., 1947, p. 66-68.