3.3.5.1 - Les appartements royaux

3.3.5.1.1 - Les indications des appartements royaux

Selon plusieurs chercheurs, les palais mésopotamiens comportaient une zone résidentielle destinée au roi et à sa famille1247. On a essayé de définir l’emplacement des appartements royaux dans les palais mésopotamiens datant de la fin de la période d’Ur III à l’époque paléo-babylonienne, mais à l’exception du grand palais de Mari, aucune preuve archéologique ne soutenait ces propositions1248. Concernant les données architecturales, seuls le grand et le petit palais de Mari présentent des indications montrant l’existence de ces appartements. Quelques autres palais livrent des installations domestiques dans les parties qui ont été destinées aux appartements royaux, mais ces installations ne donnent pas des preuves exactes de cette fonction.

Quant à ces installations dans ces zones résidentielles, seule la salle 9 de la partie sud-est du palais d’Ur avait une vocation domestique, puisqu’elle contient des toilettes et un système d’évacuation des eaux usées. La salle VI du palais de Tell al-Rimah était pourvue d’un poste de feu, voué à réchauffer l'eau du bain. L’espace XXVIII de ce dernier palais comporte des aménagements permettant de penser qu’il y avait une salle de bain ou des toilettes.

Les archéologues du palais de Tell Asmar pensent que le secteur nord-ouest de la phase de Bilalama était destiné aux appartements royaux. La nouvelle étude permet d’affirmer qu’il représentait le secteur économique du palais. De plus, ce bâtiment ne présente aucune installation domestique qui laisserait à penser qu’on se situait dans les appartements royaux. H. Frankfort1249 propose une autre hypothèse sur le palais de Tell Asmar des dynasties amorites : en raison des difficultés à situer les appartements royaux dans ce palais, ce dernier archéologue pense que ce monument était destiné à un gouvernement et ne comportait pas de résidence pour le roi.

Selon les archéologues du palais A de Tuttul, le secteur nord-ouest de ce palais servait de logement au roi, tracé selon le schéma traditionnel d’une maison de style paléo-babylonien courant en Mésopotamie au second et premier millénaire1250. Ils estiment que les deux petites pièces carrées J et K forment la zone résidentielle et que les deux espaces allongés F et G servaient de réserves de ce logement1251. Comme le palais précédent, cette hypothèse n’est pas renforcée par des découvertes domestiques (toilettes, cuisine et salle de bain). De plus, les dépôts ne possédaient pas d’installations démontrant cette fonction.

Ces derniers archéologues suggèrent que le palais de Sinkashid d’Uruk et le bâtiment sud d’Eshnunna comportaient des logements royaux. Le plan des deux bâtiments pencherait vers cette hypothèse1252. En ce qui concerne le palais d’Uruk, la cour 51 et les salles environnantes étaient, d’après ces archéologues, la zone d’habitation de ce bâtiment. En effet, cette unité était destinée à une habitation, car plusieurs aménagements domestiques ont été retrouvés dans cette unité, mais aucun objet concernant l’habitat royal n’a été retrouvé. Selon la dernière hypothèse, la cour VI du bâtiment sud d’Eshnunna et les salles qui l’entourent jouaient le même rôle que celui du secteur précédent. On a trouvé que le niveau des fondations de ce palais n’apportait pas beaucoup d’informations déterminantes quant à l’utilisation des différents espaces.

En ce qui concerne le grand palais royal de Mari, l’archéologue pense que le quartier qui comporte la cour 31 et les salles environnantes constituait les appartements royaux de l’édifice. On a retrouvé dans ce secteur des découvertes raffinées qui laissent penser qu’ils pouvaient être destinés au roi (grande piscine, système de ventilation ou bien de captation des eaux récoltées sur la terrasse durant la saison des pluies, peintures murales dans plusieurs pièces et salle du bain pourvue de deux baignoires, d’une cheminée et d’un accoudoir). Plusieurs spécialistes1253 s’opposent à cette hypothèse et n’y voient pas d’appartements royaux dans l’époque finale de l’histoire du palais. Ils présentent plusieurs arguments qui soutiennent leur hypothèse : aucun objet et aucune spécificité des installations n’impliquent de façon certaine un usage particulier pour le roi ou son entourage proche. Ces archéologues estiment que cette unité a seulement été occupée par le roi pour certaines occasions ou durant une période particulière de l’histoire du palais et que les appartements royaux se situaient à l’étage. N. Postgate1254 propose une hypothèse identique en quelques points à la précédente : il estime que ce secteur jouait un rôle résidentiel et qu’on y recevait les invités distingués. Mais les meilleures pièces destinées à l’habitation peuvent aussi bien avoir été situées sur un étage supérieur.

L’hypothèse de ces spécialistes (première hypothèse) est bonne généralement, mais on ne peut pas l’admettre sans la discuter. Il n’est pas possible de conjecturer que les données archéologiques et architecturales de cette unité ne permettent pas de penser que l’on est dans des appartements royaux. En effet, les installations que l’on a dégagées dans ce secteur, étaient plus soignées que celles retrouvées dans les autres unités. Surtout en ce qui concerne les décorations. De plus, la salle de bain 45 possédait des aménagements que l’on ne voit que rarement dans d’autres salles de même fonction. En effet, la salle de bain 7 de l’unité voisine comporte des aménagements proches de la salle 45, mais malgré cela, les aménagements de la salle 45 restent les plus raffinés. Dans sa description de la salle 38, l’archéologue a retrouvé une installation hydraulique, il l’a décrite comme était une grande piscine1255. Dans le même palais, plusieurs autres installations identiques ont été retrouvées par ce dernier, mais il ne les a pas interprétées comme étant des piscines, elles étaient alors des bassins. Nous pouvons donc dire que ce palais ne comportait qu’une seule piscine. La question qui se pose ici est de savoir pourquoi on n’aménageait qu’une seule piscine dans le palais.  Peut-être, ne pouvait-on pas améliorer plus encore le raffinement de ce secteur abritant probablement des personnes (de la famille royale) plus importantes que celles qui habitaient dans d’autres secteurs. Enfin, l’organisation architecturale permet d’affirmer que cette unité était dotée d’un système de sécurité, car pour accéder à la salle 46 (chambre du roi), il fallait passer par la cour 31 et emprunter ensuite d’autres salles intermédiaires. Selon nous, ce système n’existe probablement que dans un emplacement abritant un personnage important (le roi) afin de le protéger.

Ces constatations nous permettent de penser que cette unité comportait les appartements royaux du palais. Mais avant de proposer notre hypothèse, il nous faut discuter les deux hypothèses sur l’existence des appartements royaux à l’étage. Le secteur des magasins du palais de Mari (secteur F) donne plusieurs indications amenant ce chercheur à proposer cette hypothèse. De nombreux signes laissent à penser que ce secteur a été surplombé d’un étage1256, ce qui nous intéresse ici est de connaître la fonction de cet étage. On a retrouvé dans les décombres de la salle 220, des fragments de peintures murales provenant du premier niveau d’après leur position stratigraphique dans les débris1257. Selon l’archéologue, cette ornementation était identique à celle découverte dans la cour 1061258. Nous savons que la cour 106 était un endroit destiné à plusieurs activités tenant à la présence du roi. Cela conduit à penser que l’étage qui possédait des caractéristiques identiques à celle de la dernière cour (décoration), était destiné aux autres activités du roi. Il s’agit d’un secteur voué à l’habitation de ce souverain et sa famille. Cette hypothèse est renforcée par la découverte d’objets de la vie quotidienne dans les décombres du rez-de-chaussée, tombés de l’étage. De plus, l’existence des appartements royaux dans l’étage assure un système distinct de sécurité pour le roi, puisque ce souverain pouvait descendre immédiatement à la salle 81 qui donne un accès direct à la salle du trône 65. Mais, si on suppose que la cour 31 et ses dépendances étaient les appartements royaux, nous remarquons que le roi – s’il prenait le chemin de la cour 106 – devait traverser plusieurs pièces pour atteindre la salle 65 (cour 31 et salles 29, 110, 106, 64).

La question qui se pose est de savoir quelle était la fonction réelle du secteur de la cour 31 et ses dépendances.  Nous estimons qu’il jouait aussi un rôle résidentiel pour la famille royale (hypothèse de A. Parrot et N. Postagte), mais peut-être que ce rôle était devenu secondaire durant la dernière époque de l’histoire de l’édifice où il était alors la résidence des femmes1259, puisque les appartements royaux principaux se trouvent à l’étage. Cependant, il n’était pas certain que le roi recevait ses convives dans ce secteur (hypothèse de N. Postagte), parce que le grand palais royal comportait une zone officielle vouée à cette fonction.

Concernant la date où cette unité abritait les appartements royaux réels du palais, la première hypothèse estime que cette unité jouait ce rôle dans l’époque des Shakkanakku et que sa fonction a été changée à l’époque Samsi-Addu où les appartements royaux ont été édifiés à l’étage. Nous ne pouvons pas adopter cette hypothèse avec certitude, car les décorations de certaines de ces pièces étaient identiques à un décor trouvé dans la cour 106 et réalisé par Samsi-Addu. Il est donc probable que les apparements royaux aient été construits par ce dernier souverain. Si on admet que les appartements royaux du secteur de la cour 31 ont été remplacés par les appartements de l’étage, nous pouvons dire qu’il est possible que le logement du roi de la cour 31 ait été utilisé au début de l’époque de Samsi-Addu. Mais celui de l’étage daterait d’une période postérieure à la vie de ce roi.

L’archéologue du petit palais oriental de Mari a fixé le logement du roi de ce dernier monument au rez-de-chaussée1260. Plusieurs installations permettent de confirmer cette hypothèse : la pièce XXXIII qui était une cuisine dotée d’un four à pain (tannour) pour préparer les repas, et d’un petit évier. La pièce XX servait de salle de bain. Ses aménagements tels que les toilettes, la baignoire, les restes d’une cheminée et le système d’évacuation des eaux usées appuient cette théorie. Le logement privé du roi présente une caractéristique que l’on ne retrouve pas ailleurs. Il s’agit de sa relation avec la salle du trône, puisqu’on pouvait atteindre cette dernière immédiatement par l’appartement royal. Si nous acceptons les hypothèses des chercheurs sur les appartements royaux des palais d’Uruk, de Mari (grand palais), de Tuttul A et d’Uruk, nous remarquons que ces appartements étaient trop éloignés de la salle du trône et qu’il fallait emprunter un bon chemin pour atteindre cette grande salle.

Notes
1247.

Miglus P. A., 2003-2005, p. 236 et Postgate N., 2003-2005, p. 197.

1248.

Margueron J.-C., 1982b, p. 553.

1249.

Idem, p. 172.

1250.

Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 72.

1251.

Idem, p. 72.

1252.

Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 73.

1253.

Margueron J.-C., 1982b, p. 553 et Margueron J.-C, Pierre-Muller B., Renision M., 1990, p. 433.

1254.

Posgate J., 2003-2005, p. 197.

1255.

Parrot A., 1956, p. 171.

1256.

Cf. Ci-dessus, p. 263, 266.

1257.

Cf. Ci-dessus, p. 265.

1258.

Parrot A., 1958a, p. 294.

1259.

Margueron J.-C, Pierre-Muller B., Renision M., 1990, p. 450.

1260.

Cf. Ci-dessus, p. 152.