Il n’est pas facile de définir le secteur des esclaves dans les palais mésopotamiens à cause de l’absence d’indications précises pour ce quartier. De plus, une grande partie de plusieurs palais mésopotamiens a été détruite. Les logements des esclaves se trouvaient peut-être dans cette partie ruinée, car on ne pouvait plus les identifier dans les parties fouillées. Enfin, la fouille d’autres palais n’était pas encore achevée et les secteurs fouillés n’en comportent pas de tel. Il est donc possible qu’il se situe dans un des secteurs non fouillés. Bien que les données archéologiques et architecturales ne permettent pas d’identifier ce quartier de façon certaine, nous pouvons affirmer que l’étude des textes1269 du palais de Mari nous donne de sérieuses indications sur sa présence.
Le secteur G (fig. 54) du palais de Mari a été destiné, selon l’archéologue, à une fonction de stockages. Nous ne pouvons pas admettre la thèse de ce dernier sans étudier les caractéristiques et les installations de cette zone. Quelques pièces présentent des jarres enfoncées dans le sol : deux grandes jarres (salle 88), trois jarres (salle 93), une jarre (salle 83). Les céramiques cassées étaient abondantes dans les salles 93, 95, 96, 97, 84, 105. Dans chacune des pièces 92, 84, 100, 101, 104, une jarre puisard a été remarquée dans le sol. Dans la salle 83, on a trouvé un petit socle en morceaux de briques. La salle 102, présente une banquette aménagée contre la fresque du mur ouest et à l’angle nord-ouest. La pièce 103 présentait un aménagement peu soigné, il s’agissait d’une ligne de briques cuites qui pouvait servir de réserve à grains selon l’archéologue1270.
En ce qui concerne les objets trouvés dans cette unité, on y a retrouvé des figurines qui étaient plus nombreuses que dans d’autres zones du bâtiment : un coffre (salle 87), un burin et une hache de bronze (salle 99 et 104), une gourde (salle 105) et deux supports (salle 100). Ces objets démontrent l’inexistence de magasins, il est vraisemblable que ces matériels connaissaient un usage quotidien. Si on prend en compte la présence des petites jarres qui étaient enterrées pour conserver de l’eau fraîche, des plus grosses jarres qui ont contenu les réserves de grains, des céramiques cassées, des puisards qui étaient destinés à une évacuation des eaux usées, nous remarquons que cette unité était dévolue à un usage domestique. Cette dernière unité était destinée à la domesticité des hommes pour l’entretien du palais1271, et on l’appelle les nêpârâtum qui étaient traduit généralement par «ergastule». Ce qui confirme aussi que cette unité soit attribuée aux serviteurs avec des aménagements qui étaient plus simples que pour d’autres unités du palais. Des figurines sont également l’humble témoignage des croyances populaires des hommes et des femmes de l’époque.
Nous avons déjà indiqué que le quartier se situant à l’Est de la cour 154 (fig. 35), est considéré comme un logement d’esclaves de la maison des femmes. Les installations qui y existent, attestent son rôle domestique (plats, assiettes et jarres de divers type1272). Il existe aussi dans ce quartier des systèmes d’évacuation des eaux usées, ce qui apporte une preuve supplémentaire à sa fonction domestique.
Le secteur G du palais de Mari était caractérisé par le schéma suivant : un axe de circulation (le couloir 99/99 bis), permettait la distribution de chacune des pièces de part et d’autre du couloir, faisant de celles-ci de petites cellules indépendantes1273 Dans la zone est de la cour 154, le secteur des esclaves ne suit pas la même organisation que le secteur précédent. Malgré certaines similitudes (forme des pièces), la forme du secteur n’est pas similaire puisque les pièces du secteur des escalves de la maison des femmes sont disposées en L. Il existe d’autres différences1274 . Il semble que l’aménagement des pièces réservées aux esclaves dans la maison du roi (secteur G) réponde à une logique particulière. La circulation des escalves pouvait être contrôlée depuis la pièce 68 bis. Les escalves se regroupaient dans la cour 87, après leur passage par la pièce 68 bis. La surveillance à l’entrée du couloir 99 bis, qui relie les deux alignements de pièces du secteur, était assurée depuis les pièces 86-88-89. Au contraire, dans la maison des femmes, il semble que le secteur des esclaves réponde à une organisation antérieure. Une dizaine de pièces, accolées aux deux murs principaux du palais, donnaient sur la cour, qui avait une fonction semblable à celle de la cour 87. Ici, la surveillance était assurée, à la sortie du secteur, par les pièces L-M-N. Une autre différence réside dans le nombre de pièces du secteur des escalves : ces dernières sont deux fois plus nombreuses dans la maison du roi que dans la maison des femmes. Il y avait donc probablement plus d’escalves dans la maison du roi que dans la maison des femmes.
Toutefois, si l’organisation des pièces diffère du point de vue de la forme, le matériel qui y a été retrouvé est commun. Des figurines relatives aux croyances populaires ont en effet été retrouvées dans les deux quartiers et laisse supposer que ces secteurs avaient bien une fonction domestique.
Le type architectural de secteur G se trouve au palais d'Assur (fig. 76) (groupe du couloir IX). Malgré un schéma de tracé assez proche entre les deux palais, plusieurs différences existent entre les deux : le couloir IX était plus long et plus large que le couloir 99/99 bis. Il était entouré de chaque côté par deux rangées de pièces (de 109 à 154), dont la première était formée de salles rectangulaires, la deuxième se composait de petites pièces de forme presque carrée. Le couloir 99/99 bis était lui bordé sur chaque flanc d’un seul rang de pièces dont la forme était carrée ou rectangulaire. Bien que le plan du couloir IX démontre que la deuxième bande de pièces de chaque côté appartenait à ce secteur, nous ne pouvons pas le certifier avec certitude à cause de l’absence de portes assurant les communications entres les deux bandes. Dans les dépendances du couloir IX, deux escaliers ont été installés, menant peut-être vers l’étage. Le secteur G du palais de Mari ne livrait aucune indication à propos de la circulation verticale. De plus, le secteur d’esclaves du palais de Mari était très proche du secteur officiel, puisque celui-ci était accessible depuis le quartier des services alimentaires. En ce qui concerne le groupe du couloir IX du palais d’Assur, ce quartier des esclaves se situait aussi à proximité du groupe officiel du palais, mais il est difficile de définir chaque issue entre les deux, parce qu’il n’y existe plus que les fondations. Enfin, comme nous l’avons vu, le secteur G livrait plusieurs installations permettant d’affirmer sa fonction domestique, mais aucune installation n’a été retrouvée dans le secteur du palais d’Assur. Cette dernière différence n’a pas une grande importance, car le palais d’Assur n’était pas achevé, il est donc normal qu’on n’y ait rien retrouvé.
La question qui se pose est pourquoi les deux quartiers des esclaves ont été tracés selon le même schéma Nous avons déjà indiqué que le palais d’Assur a été édifié par Samsi-Addu et que dans une des époques du grand palais royal de Mari, celui-ci a été occupé par le même roi qui l’agrandissait en y ajoutant de nouveaux secteurs. Peut-être, ce souverain voulait-il construire dans les deux bâtiments des secteurs d’esclaves dont le plan était identique1275. Ce qui s’oppose à cette hypothèse est que la date de la construction n’est pas connue précisément. Il est vraisemblable qu’il ait été aménagé à une époque antérieure de celle de Samsi-Addu.
D’après J.-C. Margueron1276, le palais d'Uruk laisse entrevoir la possibilité d'une vocation identique pour l’unité de l’espace 40 (fig. 25). Il est difficile d’admettre cette hypothèse, parce qu’aucune installation d’un espace domestique n’y a été retrouvée. Par ailleurs, le schéma de cette unité n’est pas identique à celui des autres secteurs destinés à une fonction domestique dans d’autres palais mésopotamien (secteur G du palais de Mari et le groupe du couloir IX du palais d’Assur). En effet, le centre de l’unité de l’espace 40 n’était pas occupé par un couloir qui la divise aux deux ailes. Il existe seulement l’espace 40 percé d’une porte vers l’espace 32. De celui-ci on pouvait également atteindre le troisième espace 34.
En comparant les derniers palais avec ceux des dynasties archaïques, nous remarquons que le secteur E du palais d’Eridu présente des similitudes de forme vis-à-vis du quartier d’esclaves dans son appendice oriental1277. Celui-ci était identique au schéma du quartier d’esclaves sur certains points, puisque dans l’angle sud-est de la cour 32, se trouve la petite pièce 20 (semblable à la pièce 68 du secteur des esclaves de la maison du roi et au groupe M-L-N du secteur d’esclaves de la maison des femmes du même palais) qui jouait un rôle de passage vers un couloir très étroit (entre 1,20 m et 1,50 m) qui se distribuait sur une batterie de cinq pièces : quatre pièces 24, 27, 26 et 14 s’ouvrent sur le côté méridional de ce couloir. La dernière pièce 18 se situe sur son angle oriental. En effet, ce dernier couloir était une indication architecturale importante pour cette destination, mais celui-ci ne divisait pas le secteur sur deux ailes, puisqu’il n’en existe qu’une seule.
Enfin, il n’est pas certain que tous les palais mésopotamiens comportent des logements pour esclaves, puisque les études des textes du palais de Nuzi montrent qu’un grand nombre d’esclaves était attribué au service de cet édifice, la superficie du palais ne permet pas à ce grande nombre d’esclaves d’y habiter, ce qui laisse penser qu’ils habitaient ailleurs, peut-être dans les faubourgs1278.
Margueron J.-C. 1982b, p. 551.
Parrot A., 1958a, p. 302.
Durand J.-M. 1987, p. 87.
Parrot A., 1958a, p. 47-48, 51-52
Margueron J.-C., 1982b, p. 534.
Margueron J.-C., 2004, p. 489.
Cette hypothèse est proposée par Margueron J.-C., 1982b, p. 552.
Idem, p. 551.
Margueron J.-C., 1982b, p. 551.
Lacheman E., 1974, p. 365.