D’après notre tableau, certains palais orientaux ont une superficie assez proche, comme par exemple, le palais de Qarni-Lim et celui d’Emar, bien que leur surface soit moins importante que celle des autres édifices. De même, il n’y a quasiment aucune différence entre le palais de Tilmen Hüyük et le palais nord d’Ougarit, dont la surface atteint 1600 m², et entre le palais de Samsi Addu de Tell Leilan et celui de Tell al-Rimah, qui mesurent 1000 m². Toutefois, la surface des deux derniers palais n’est sans doute pas leur surface réelle, puisqu’ils n’ont pas été fouillés complètement. Il est donc probable que leur surface était plus grande. Les deux premiers bâtiments ont une superficie voisine de celle du palais sud d’Ougarit, qui ne dépasse pas 1400 m². Plusieurs autres palais possèdent une surface similaire : le palais de Hani nord et le palais de Tilmen Hüyük : n’ont entre leurs surfaces que de 100 m² de différence.
En comparant tous ces palais, nous remarquons qu’il y avait cependant des différences importantes entre un grand nombre de palais. Le palais de Mari, qui atteint 27000 m², est considéré comme le grand palais oriental de l’âge du bronze. Aucun autre palais ne semble avoir une superficie proche de celle du palais de Mari. La question qui se pose est la suivante : pourquoi a-t-on donné une telle dimension à cet édifice ? Nous pensons que les besoins des utilisateurs les ont conduits à construire un bâtiment d’aussi grande taille, puisqu’on avait sans doute besoin de plusieurs secteurs voués à des fonctions diverses1298. L’analyse structurale de ce monument a permis d’identifier des fonctions qu’on ne retrouve pas dans les autres palais. Ainsi, deux secteurs des esclaves ont été identifiés dans ce palais, alors que, à l’exception du palais d’Assur, une telle fonction n’a pas été identifiée dans les autres palais. De plus, plusieurs secteurs économiques ont été découverts dans le palais de Mari. En effet, malgré la découverte de secteurs à vocation économique dans les autres palais, leur taille restait moins importante que celle des secteurs des réserves du palais de Mari. Par ailleurs, deux grandes cours centrales (131 et 106) de grande dimension ont été construites dans le palais de Mari, alors que les autres palais ne possédaient qu’une seule cour. Enfin, la maison des femmes du palais de Mari, qui se compose de deux unités, n’était pas aménagée dans les autres édifices royaux.
Bien que le grand palais royal de Mari était plus grand que d’autres palais orientaux, une partie de ces palais (Ebla Q, Qatna, Ougarit royal, Hani sud, phase V du palais de Tell Asmar, Assur et Uruk) avait cependant des dimensions importantes. La plupart de ces bâtiments (Qatna, Ougarit royal, phase V du palais de Tell Asmar et Uruk) était des palais royaux, destinés aux souverains qui dirigeaient leurs Etats. Il n’est donc pas étonnant de donner à ces édifices de grandes dimensions. D’une part, la grande taille du bâtiment permet d’accentuer la majesté royale. D’autre part, le nombre de secteurs des palais royaux principaux est plus important que celui des palais secondaires, parce que leurs fonctions et leurs occupants sont plus nombreux que dans les palais secondaires, comme par exemple dans le palais royal d’Ougarit. Ce palais servait de résidence au roi, à sa famille et à ses proches. Il était aussi le cadre de manifestations de la puissance royal et le cœur de l’administration du pays1299. Ces fonctions occupaient sans doute une grande superficie et de nombreux secteurs.
Dans chaque royaume, la construction du palais royal exigeait que le roi soit très riche pour que ce monument soit le symbole de son autorité1300. Mari était très riche grâce au commerce qu’elle entretenait avec d’autres villes, ce qui lui permettait de construire de nombreux bâtiments dont le grand palais royal était le plus important. Cette tache nécessitait également une autorité centrale forte et puissante, comme à Qatna à la période où règnent de puissants gouverneurs, de 1750 à1700 avant J.-C.1301.
Postagte N., 2003-2005, p. 196.
Callot O., 2008, p. 44.
Postagte N., 2003-2005, p. 196.
Pfälzner P., 2007, p. 40.