D’après l’analyse architecturale faite dans les deux premières parties, il semblerait que la plupart des palais mésopotamiens possédaient une cour centrale, carré ou presque, située au centre de l’édifice, assurant les communications et l’éclairage des pièces environnantes. Il s’agit d’une caractéristique des palais mésopotamiens datant de la période d’Ur III à l’époque paléo - babylonienne.
Les autres palais orientaux possédaient des cours qui, parfois, ne se trouvaient pas au centre du palais. De plus, il semble aussi qu’un certain nombre de ces cours était tracé en forme rectangulaire et allongée. En examinant les plans des palais de la côte syrienne, nous remarquons que la plupart ne respectent pas l’organisation des palais mésopotamiens en ce qui concerne les cours centrales. En effet, les pièces du palais nord d’Ougarit (fig. 152) étaient disposées autour de deux cours (3, 21)1342. Ces dernières ne se situaient pas au centre de l’édifice et leur forme était rectangulaire. Selon l’analyse architecturale de certain palais mésopotamiens (Tell Asmar, oriental de Mari, Tuttul A, Assur) il semblerait que la cour centrale soit accessible par la porte d’entrée en traversant deux ou trois pièces. La même caractéristique se répète dans le palais royal d’Ougarit (fig. 153), où la cour n’est pas centrale. En effet, elle ne se trouve pas au centre de l’édifice dont la forme est rectangulaire. Enfin, les cours principales étaient plus grandes que les autres cours des palais. La cour I du palais d’Ougarit ne présente pas la même caractéristique, puisqu’une autre cour II d’une taille voisine a été aménagée dans l’édifice.
Si les cours centrales de plusieurs palais orientaux (Tell Asmar, palais oriental de Mari, Tuttul A, Assur, palais nord de Ras Ibn Hani, Qatna) étaient tracées selon un plan carré, ou presque, une partie des palais orientaux possédaient une forme rectangulaire et allongée, similaire à celle des grandes salles du secteur officiel des palais mésopotamiens. La cour 9 palais d’Alalakh VII (fig. 154), la cour 4 du palais IV (fig. 155) du même site, ainsi que les cours centrales des palais minoens (Knossos, Phaistos et Malia) (fig. 156, 157 et 158) étaient tracées selon ce même schéma. Ce qui attire l’attention dans la cour 9 est la circulation : dans la phase ancienne de l’histoire de l’édifice, l’entrée principale était percée dans le mur sud-ouest de la cour, mais dans la dernière phase, cette porte était bloquée et un nouvel accès était aménagé dans le mur sud-ouest de la salle 71343 qui donne accès immédiat à la salle du trône. De façon identique aux palais mésopotamiens, la cour principale jouait un rôle majeur de circulation, puisque la personne qui venait de l’extérieur devait, d’abord, entrer par la cour 9 pour atteindre d’autres secteurs du palais. Toutefois, dans la dernière phase, il fallait accéder à la salle 7 (entrée principale) qui donne accès à la salle 5a. De là, on pouvait pénétrer dans la cour centrale par la salle 8. En raison des modifications de circulation de la dernière phase, il était possible d’entrer dans la salle du trône 5 par la pièce 5a sans emprunter le chemin de la cour 9. Cette nouvelle image trouble le schéma habituel des palais mésopotamiens, car on remarque que la salle du trône, dans les palais fouillés ou dans les palais encore bien conservés, était accessible à partir de la cour centrale dans laquelle on entrait par la porte principale. Un brasero était installé à l’Est de cette la cour 41344. Il s’agit là d’une caractéristique que l’on ne retrouve pas dans les autres cours centrales des palais orientaux. La cour centrale des palais crétois possède des caractéristiques que l’on ne retrouve pas au Proche-Orient dans l’âge du bronze. La cour centrale du palais de Malia était bordée sur deux de ses côtés par des portiques : un portique nord à colonnes de bois rondes sur bases de marbre et un portique est avec alternance de piliers carrés et de colonnes de bois rondes1345.
Au centre du palais de Qatna, un espace (hall C) (fig. 159) de forme carrée était aménagé. Au centre de cet espace, quatre colonnes. Selon un certain archéologue, la présence des quatre colonnes permettrait d’y voir un mégaron (salle du trône) qui existait dans les palais de Crète. Nous ne pouvons pas adopter l’hypothèse de cet archéologue pour les raisons suivantes : d’une part, le hall C était tracé suivant un schéma de forme carré, alors que la forme du mégaron était rectangulaire et allongée. D’autre part, si on suppose que le hall C servait de mégaron au palais, nous remarquons que ce dernier ne possédait pas de cour centrale assurant les communications entre les pièces du palais et l’éclairage des salles voisines. Chaque palais crétois possèdait un mégaron doté d’une cour centrale, pourquoi n’était-ce pas le cas à Qatna ? Nous pouvons dire que cet espace connaît des caractéristiques provenant de plusieurs civilisations. La forme carrée et son emplacement au centre du palais nous rappellent les espaces du bloc officiel des palais mésopotamiens (cour 106 du palais de Mari). De plus, l’aménagement des colonnes en son centre permet d’affirmer qu’il y a une similitude avec l’architecture royale du bassin égéen : le mégaron était occupé par deux rangés de colonnes permettant de soutenir la couverture. Comme pour la cour principale des palais mésopotamiens, le hall C jouait un rôle majeur au niveau de la circulation. Ce hall était accessible par l’entrée principale à l’Ouest en traversant la pièce BH donnant accès à une salle intermédiaire. De cette pièce, on pouvait accéder à la salle AS permettant de pénétrer dans le hall C1346. À partir de là, on pouvait atteindre tous les secteurs du palais par les portes du hall C. En ce qui concerne les colonnes retrouvées en son centre, nous pensons qu’elles servaient à soutenir une couverture partielle et non complète. En effet, l’existence de ce dernier genre de couverture empêche (couverture complète) d’entrer la lumière dans le hall C afin d’en éclairer les salles environnantes.
Margueron J.-C., 1987, p. 146.
Woolley C. L., 1955, p. 92.
Calvet V., 1990, p. 36.
Pelon O., 2006, p. 69.
Pfälzner P., 2007, p. 44.