En analysant le secteur officiel des palais mésopotamiens, nous avons remarqué que certains palais mésopotamiens ne présentent pas d’aménagement significatif à cause de la destruction du monument ou de l’inachèvement des travaux de fouille. Seule une petite partie des palais mésopotamiens datant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne livre plusieurs aménagements (podiums du trône, décoration, banquettes, tombes royales, reste du dais du trône), ce qui nous permet de nous faire une image du secteur officiel des palais mésopotamiens.
Certains secteurs officiels des palais orientaux hors Mésopotamie livrent des installations similaires à celles retrouvées en Mésopotamie. Ce qui attire l’attention dans la salle du trône (L.4038) du palais septentrional d’Ebla, c’est le podium installé sur le petit côté est. Cette installation servait probablement de base au trône du souverain. La salle O du palais de Tuttul (podium en briques) et la salle 65 (base du trône de pierre) du palais royal de Mari présentent un aménagement similaire qui occupait soit le même emplacement que dans le cas précédent (petit côté oriental de la salle O de Tuttul), soit le côté opposé (côté ouest de la salle 65 du palais de Mari)1364. On n’a pas découvert, dans les autres palais orientaux qu’on étudie dans ce chapitre, d’installation identique. Les palais crétois ne livrent pas non plus de restes du trône mais, malgré cela, Evans a reconstitué un siège de bois, dans la partie principale du hall des doubles haches du palais de Knossos, qui permettait d’y installer le roi1365. Si cette hypothèse est la bonne, nous pouvons dire qu’il y a une différence avec celui utilisé dans l’époque d’Ur III. Il s’agit en effet d’un tabouret couvert par un textile particulier. Nous avons déjà indiqué que les restes architecturaux des salles du trône du palais royal et du palais oriental de Mari nous permettent de supposer que le trône était dominé par une espèce de dais. D’après J.-C. Margueron1366, il est probable que cette caractéristique se répète dans la salle du trône du palais royal d’Ougarit. Cet archéologue suppose que le trône se situait au milieu du mur méridional et que cet aménagement était surmonté d’un dais, indiquant que « L’emplacement du trône, légèrement surélevé et sous un dais, paraît hautement probable d’après l’observation des traces d’incendies sur cette paroi, qui montrent l’existence d’un dispositif de montants verticaux. »1367
Les banquettes étaient un des aménagements de la salle O du palais A de Tuttul. Des banquettes sont disposées contre les longs côtés des murs de cette salle du palais1368 ; ce type d’installation se retrouve peut-être dans la salle du trône du palais royal d’Ougarit (banquettes le long des longs côtés). En effet, le roi, installé sur son trône au milieu du mur méridional, voyait arriver vers lui les personnes admises en sa présence depuis la cour I. A droite et à gauche de cette salle du trône pouvaient se trouver des banquettes sur lesquelles ces personnes pouvaient s’asseoir1369.
Certaines salles du trône des palais orientaux étaient, quant à elles, pourvues d’un portique à deux colonnes (salle L.3038 du palais occidental d’Ebla) ou à quatre colonnes (salle 5 du palais VII d’Alalakh), ce qui n’était pas le cas dans les palais mésopotamiens. Cette organisation, qui confère une certaine majesté aux salles du trône, apparaît dans les salles du trône des palais crétois, avec certaines différences, mais les salles du trône des palais mésopotamiens et d’autres palais orientaux (comme le palais de Qatna, le palais royal d’Ougarit, le palais de Ras Ibn Hani et le palais septentrional d’Ebla) ne la connaissaient pas. En effet, si le secteur officiel du palais de Qatna, du palais royal d’Ougarit et du palais de Ras Ibn Hani Nord disposait des colonnes, celles-ci étaient placées dans des positions différentes de celles des salles du trône des palais d’Ebla et d’Alalakh VII. Ces installations ont été aménagées dans les entrées : l’accès de la salle du trône XII du palais de Ras Ibn Hani nord, qui la mettait en liaison avec la cour centrale, était équipé de deux colonnes. De même, l’accès qui était aménagé entre la cour I du palais royal d’Ougarit et la salle 72 était aussi pourvu de deux colonnes mais, cette fois, ce passage ne conduisait pas immédiatement à la salle du trône mais dans le vestibule permettant d’entrer à la salle du trône. Dans la salle L.3038 du palais occidental d’Ebla et la salle 5 du palais VII d’Alalakh ne se trouvait qu’une seule rangée de colonnes alors que deux rangées de colonnes étaient aménagées à l’intérieur du mégaron (salle du trône des palais crétois), destinées à soutenir sa couverture.
Les caractéristiques de la salle du trône (polyhyron, aussi appelée mégaron 1370 ) des palais crétois la distinguent de toute autre salle du palais. Elle présente une organisation exceptionnelle : elle est accessible par un vestibule et pourvue d’un puits de lumière. Deux de ses côtés s’ouvrent sur un portique, salle séparée par un système de baies à ouverture contrôlée1371. Elle est pourvue de deux rangées de colonnes à l’intérieur. En comparant cette organisation avec celle des palais orientaux, il apparaît qu’il y a une ressemblance avec la salle du trône d’Ougarit, dans laquelle on entrait par un vestibule (pièce 72). Malgré les différences dans les modes d’éclairage des salles du trône des palais mésopotamiens et des palais crétois, il existe entre eux une analogie : l’évitement d’un éclairage brutal. Comme nous l’avons indiqué, le mégaron s’ouvre par le Nord et l’Est sur un portique coudé contribuant à tamiser la lumière provenant de l’extérieur, surtout en été. Cela nous rappelle des fenêtres de la salle du trône du palais royal de Mari, percées au sommet de murs de 3,40 m et de 4,90 m d’épaisseur1372. Cette technique, similaire au portique coudé, permettait de ne pas faire accéder la lumière du soleil directement et, donc, évitait un éclairage trop brutal et trop ponctuel au profit d’une lumière plus diffuse tout au long de la journée.
En étudiant le secteur officiel des palais mésopotamiens, nous avons remarqué qu’à l’Est de la salle du trône du palais de Mari se trouve la tribune et que cette caractéristique ne se répète que dans le palais A de Tuttul : à l’Est du grand hall, se situe la pièce R dont le plan est identique à celui de la tribune 66. La largeur de la porte qui assurait les communications entre cette pièce et la grande salle, dans deux cas (salle 65 du palais de Mari et hall Q du palais A de Tuttul), était importante. Peut-être la salle des banquets VI du palais royal d’Ougarit connaissait-elle la même organisation1373. Au Sud de cette grande salle, se trouve la petite salle 78. L’analyse des restes du mur qui sépare les deux pièces met en évidence la possibilité d’une large baie en surélévation par rapport à la salle VI. À partir de ce moment, la salle 78 devient une sorte de tribune (identique à la tribune 66 du palais de Mari et à la pièce R du palais A de Tuttul), installée au milieu du côté sud de la salle VI (identique à la salle 65 du palais de Mari et au hall Q du palais A de Tuttul).
On a déjà identifié que certains palais mésopotamiens comportaient des escaliers, dans le secteur officiel, mettant en relation la salle du trône avec les appartements royaux situés à l’étage, ce qui permettait au roi de descendre de ses appartements à la salle du trône plus rapidement et avec facilité. L’architecture royale de la côte syrienne présente la même caractéristique : on a retrouvé un escalier, dans une salle voisine (I) de la salle du trône du palais nord de Ras Ibn Hani, conduisant vers l’étage1374. C’est le cas de la salle du trône du palais royal d’Ougarit car un escalier, menant aux appartements royaux de l’étage1375, a été installé dans une salle proche. Cette caractéristique apparaît encore dans le palais de Malia : une cage d’escalier a été retrouvée à proximité du mégaron,mettant en relation ce dernier avec les appartements royaux de l’étage1376.
La salle du trône du palais septentrional d’Ebla a livré d’importants éléments de mobilier qu’on ne retrouve pas dans les autres palais orientaux. Il s’agit de fragments de deux hauts tripodes en basalte, destinés à brûler des boules d’encens. L’une des deux installations devait être disposée sur une base calcaire1377.
Cf. ci-dessus, p. 296.
Pelon O., 2006, p. 69.
Margueron J.-C., 1995, p. 189.
Idem, p. 189.
Cf. ci-dessus, p. 167.
Margueron J.-C., 1995, p. 189.
Pelon O., 2006, p. 69.
Idem, p. 69.
Cf. ci-dessus, p. 252.
Margueron J.-C., 1995, p. 190.
Bounni A., Lagarce E. et J., 1998, p. 13.
Margueron J.-C., 1995, p. 189.
Pelon O., 2006, p. 70.
Matthiae P., 2002-2003, p. 136.