La plupart des palais mésopotamiens livrent des installations domestiques au rez-de-chaussée, permettant ainsi de penser qu’il y avait des appartements royaux. En même temps, plusieurs indices de la présence d’un étage ont été identifiés dans les palais mésopotamiens. Cela permet de présenter une autre hypothèse sur l’emplacement des appartements royaux, qui pourrait être situé à l’étage. A une époque de l’histoire du grand palais de Mari, les appartements royaux se situent au rez-de-chaussée, mais, à une époque plus récente, ces derniers ont été remplacés par d’autres appartements, situés à l’étage. Au contraire, l’appartement royal du petit palais oriental de Mari n’était disposé qu’au rez-de-chaussée.
Les chercheurs supposent que d’autres palais orientaux possédaient une zone résidentielle, car, comme nous l’avons indiqué plus haut, plusieurs indices permettent d’en identifier. Toutefois, le problème est de savoir à quel niveau (rez-de-chaussée ou étage) ce secteur a été construit. Ebla était riche en bâtiments palatiaux. D’après l’archéologue, une partie de ces palais comportait un secteur d’habitation, comme, par exemple, le palais E1384. En effet, on a retrouvé au rez-de-chaussée de ce palais, une installation domestique, mais il ne peut pas être prouvé que l’appartement royal se trouvait à ce niveau. Dans le grand palais de Mari, bien qu’on ait retrouvé au rez-de-chaussée des installations similaires, les appartements royaux se trouvaient à l’étage dans la dernière époque de vie du palais. De plus, le palais E d’Ebla n’a pas été entièrement fouillé, ce qui pose un autre problème pour définir la situation de l’appartement royal dans le palais et mettre en évidence ses caractéristiques. Cette situation est similaire à celle des palais de Samsi-Addu de Tell Leilan et de Tell al-Rimah, puisque les aménagements domestiques étaient disposés au rez-de-chaussée des deux, mais que les travaux de fouille sont restés inachevés. Il est donc difficile de connaître la position de l’appartement royal avec certitude. Un autre bâtiment d’Ebla a été identifié par l’archéologue comme étant une résidence royale, il s’agit du palais Q1385. La présence de la zone résidentielle du souverain dans une grande partie des palais orientaux (Mari, Tuttul, Tell Leilan, Tell al-Rimah, Alalakh VII, Ras Ibn Hani et Ougarit et certain palais d’Ebla) ne signifie pas que son existence était systématique dans tous les palais orientaux. Le palais septentrional d’Ebla est un bon exemple de ces palais sans résidence. Bien que cet édifice comporte des services et des magasins qui laissent penser qu’il y a avait un quartier à fonction résidentielle, il est difficile d’y identifier un tel quartier1386. L’archéologue suggère qu’une zone résidentielle temporaire du souverain se situait au centre de l’aile méridional de l’édifice, en face de la petite cour permettant au roi d’entrer directement à la salle du trône1387. Cette hypothèse n’est pas appuyée par des preuves archéologiques et architecturales, mais si on l’admet, il y aurait une analogie avec le palais de Tell Asmar (phase I). Il existe dans ce dernier palais un petit appartement royal composé de trois pièces (M31:8, 20, 19), auquel on pouvait accéder par un petit vestibule. La présence d’un petit appartement ici donne l’impression que le roi l’utilisait temporairement, car l’appartement royal où le roi habitait toujours doit être plus grand et formé d’un grand nombre de pièces.
De façon identique au grand palais de Mari, le palais VII d’Alalakh possède des zones d’habitation au rez-de-chaussée et à l’étage. Les zones d’habitation du rez-de-chaussée du grand palais de Mari, dans l’époque finale de son occupation, étaient destinées aux femmes du roi et aux esclaves du palais. La zone résidentielle de l’étage de ce dernier palais servait aux appartements royaux. La même caractéristique se répète dans le palais VII d’Alalakh avec certaines différences. D’après l’archéologue qui a étudié ce dernier bâtiment, la zone résidentielle du rez-de-chaussée était réservée aux esclaves du palais et il n’y a pas de maisons des femmes. En ce qui concerne la famille royale, elle habitait dans les appartements royaux de l’étage1388.
Il existe une ressemblance très importante entre les appartements royaux de ces deux palais : les appartements, dans les deux cas, étaient décorés d’une peinture murale. Nous avons déjà signalé que le mur méridional de la salle 220’ des appartements royaux de l’étage du grand palais de Mari, était orienté. Il s’agit du grand salon des appartements royaux du palais d’Alalakh. On a retrouvé au rez-de-chaussée de ce palais des fragments de peintures murales appartenant à ce grand salon. Il était installé au-dessus des magasins (11, 12, 13) : dans une pièce de 20 m de long sur 6 m de large, divisée en deux parties par des colonnes. Il s’agit du style reconnu de la salle du trône1389. La découverte des deux bases en basalte des colonnes1390 sur les décombres de la pièce 13 du rez-de-chaussée nous permet d’adopter l’hypothèse de l’archéologue : cette salle, à l’étage, était divisée en deux parties. Au contraire, la grande salle 220’ des appartements royaux du palais de Mari, n’était pas divisée en deux parties et aucune colonne n’y était aménagée. De manière identique au grand salon, cette dernière pièce était construite sur plusieurs magasins du rez-de-chaussée.
Les escaliers révèlent la présence d’un étage occupé par les appartements royaux. L’archéologue du palais d’Alalakh VII a pu en identifier. Ce qui nous intéresse est l’escalier de la salle 6. En effet, cet escalier se trouve dans une salle très proche de la salle du trône1391. Il s’agit d’une caractéristique de plusieurs secteurs officiels des palais orientaux dont l’objectif était de permettre au roi de descendre de ses appartements à la salle du trône plus rapidement et avec facilité.
Les appartements royaux du palais royal d’Ougarit se trouvent au même emplacement que ceux du grand palais royal de Mari et du palais d’Alalakh, c’est-à-dire à l’étage. De nombreux indices de la présence d’escaliers ont été retrouvés. L’un mettait en liaison le bloc officiel avec l’étage. Le palais occidental d’Ebla connaissait la même caractéristique, puisque plusieurs escaliers qui conduisaient à l’étage ont été retrouvés. Un de ces escaliers mettait aussi en relation la salle du trône et l’étage, ce qui permettait au seigneur du bâtiment d’atteindre rapidement la salle du trône1392.
Bien qu’on ait pu identifier les appartements royaux dans certains palais orientaux, au rez-de-chaussée ou à l’étage, nous ne pouvons pas dire que les aménagements de ces appartements sont similaires, car la présence de peintures murales, comme dans les palais d’Alalakh et de Mari, n’a pas été identifiée dans les autres palais.
Enfin, nous avons déjà déterminé que l’étage où se trouvaient les appartements royaux n’était pas destiné seulement à ces appartements, mais qu’il existait également des bureaux pour les archives. Nous avons abouti à ce résultat en raison de la découverte d’éléments écrits dans de nombreuses pièces du rez-de-chaussée et dont les aménagements ne correspondent pas à une fonction administrative, comme par exemple les salles de bain et les toilettes. Cette caractéristique se répète dans le palais royal d’Ougarit : on a retrouvé des tablettes dans la grande salle du bassin (cour V)1393, alors que la présence d’un bassin permettait d’affirmer qu’il ne s’agissait pas d’une salle à fonction administrative. Ces objets devaient donc être tombés d'un étage supérieur pendant l'incendie final.
Matthiae P., 2002-2003, p. 129.
Matthiae P., 2002, p. 558.
Matthiae P., 2002-2003, p. 135.
Idem, p. 136.
Woolley C. L, 1955, p. 92, 94.
Idem, p. 94.
Idem, p. 94.
Idem,p. 93.
Matthiae P., 2002-2003, p. 131.
Van Soldt W. H., 2003-2005, p. 260.