3.4.6 – La fonction cultuelle des palais orientaux

L’étude comparative et l’analyse structurale que nous avons déjà faites, ont montré que des secteurs à vocation religieuse ont été aménagés seulement dans le palais de Tell Asmar (phase 1) et dans le grand palais royal de Mari. A l’exception du palais de Qatna qui abrite peut-être une chapelle, les autres palais orientaux de l’âge du bronze (Ebla, Alalakh, Ougarit et Tilmen Hüyük) n’en comportent pas. Toutefois, l’absence de secteur religieux dans les palais orientaux n’empêche pas de réaliser certaines cérémonies.

Dans la ville basse d’Ebla, au Nord-Ouest, se trouve le palais septentrional, tout prés du temple public de la déesse Ishtar (fig. 164). L’existence de ce dernier monument à cet emplacement donne, selon le fouilleur, l’impression d’un vaste pavillon cérémoniel où se déroulaient de grandes cérémonies politico-religieuses liées au roi et à la grande déesse (Ishtar)1399. Nous avons déjà signalé qu’il y avait une relation forte entre les dieux et les rois, puisque ce sont les dieux qui donnent leur autorité aux rois. Il n’est donc pas étonnant que des cérémonies aient pu avoir lieu à cet endroit car cela permettait de renforcer la relation entre Ishtar et le roi.

Il est probable que le palais occidental d’Ebla (palais Q) jouait également un rôle religieux. L’archéologue ne parle pas d’un secteur religieux à l’intérieur du palais, mais certains éléments qui y ont été retrouvés permettent d’identifier cette fonction religieuse de l’édifice, comme, par exemple, la petite statue d’une prêtresse assise1400. De plus, cet édifice livre aussi des fragments d’un bassin rituel1401.

D’après le fouilleur du palais de Qatna, la salle F qui a été nommée le ‘haut – lieu’, servait de sanctuaire pour la déesse Ashera. Un trou dans la pièce a été interprété comme la fosse d'un arbre saint consacré à Ashera1402. Un bassin de chaux, circulaire (1,60 m de diam.), a été découvert dans cette pièce. Le fouilleur estime qu’il était aussi consacré à une fonction sacrée, l’ablution1403. Nous ne pouvons pas adopter cette hypothèse, parce qu’aucune preuve archéologique et écrite ne permet de penser que cette pièce était le lieu sacré de cette déesse. Nous supposons qu’il servait peut-être de salle du bain en raison de la découverte d’un bassin à cet endroit. La fosse d’un arbre saint était peut-être destinée à évacuer les eaux usées1404.Dans l’angle nord-est du hall C, une petite porte mène à la pièce P (saint des saints) qui peut être identifiée, d’après le fouilleur, comme une chapelle de palais pour la déesse Belet-Ekallim1405. En effet, cette chapelle ne livrait pas de statue de cette déesse permettant d’identifier cette fonction.

Nous avons déjà indiqué qu’on a retrouvé dans le grand palais royal de Mari et dans celui de Tell Asmar (phase 3) des figurines permettant d’affirmer que ce palais connaissait probablement des pratiques religieuses populaires. Le palais G d’Ebla qui date de l’époque des dynasties archaïques livrait aussi des figurines en argile caractéristiques de la production proto - syrienne du bronze ancien IVA1406. Ces objets fournissent une preuve de croyances populaires dans cet édifice. La découverte de ce type de figurines dans un emplacement à vocation économique s’oppose notre hypothèse. Toutefois, ces figurines pouvaient appartenir aux esclaves qui travaillaient dans ce secteur économique. On a retrouvé dans le palais de Qatna des figurines en terre cuite, qui étaient peut-être destinées à la même fonction. Le palais royal d’Ougarit a aussi livré des figurines, ce qui laisse à penser que ce palais connut aussi des croyances populaires.

Dans les civilisations voisines, le palais était un symbole sacré, comme par exemple celui de la Crète minoenne1407. Bien qu’il n’y ait pas été retrouvé de lieu de culte à proprement parler, de nombreux indices matériels concourent à prouver cette sacralité du palais. Citons par exemple, les signes muraux gravés sur des blocs de la construction et dont le sens est disputé, notamment les doubles cornes, les nœuds sacrés, les doubles haches, etc.1408. Quelques signes nous rappellent des peintures murales appartenant à plusieurs espaces du palais royal de Mari, puisque, tout comme celui de Crète, il présentait des thèmes religieux. Par ailleurs, certains symboles religieux des palais de Crète sont retrouvés en Mésopotamie (palais royal de Mari), surtout les dieux à cornes1409.

Notes
1399.

Matthiae P., 2002-2003, p. 138.

1400.

Matthiae P., 2002, p. 566.

1401.

Idem, p. 558.

1402.

Novak M., Pfälzner P., 2002, p. 85.

1403.

Idem, p. 85.

1404.

Idem, p. 85.

1405.

Pfälzner P., 2007, p. 45.

1406.

Matthiae P., 1987, p. 145.

1407.

Effenterre H. V., 1987, p. 177.

1408.

Idem, p. 177.

1409.

Cf. Ci-dessus, p. 315.