Les restes architecturaux de plusieurs palais mésopotamiens nous permettent d’identifier des cuisines, des magasins, des salles de bain et des toilettes. Nous allons essayer de situer l’emplacement de ces installations dans les palais orientaux et de définir leurs relations avec les secteurs voisins en mettant en évidence les analogies et les différences entre les divers cas.
Selon l’architecture royale du Proche-Orient, les fours et les tannours sont les principaux indices permettant d’identifier les cuisines. Une grande partie des autres palais orientaux ne possède pas ce type d’installations, ce qui pose problème pour les connaître. Malgré cela, une partie de ces palais livre d’autres éléments, qui permettent de reconnaître les cuisines (cendre, os d’animaux et céramiques). En comparant les grands bâtiments civils orientaux, nous remarquons que les cuisines ne peuvent être identifiées que dans une partie seulement de ces palais (deux palais de Mari, palais A de Tuttul, deux palais de Tell Leilan, phase 3 du palais de Tell Asmar, palais septentrional d’Ebla, palais nord d’Ibn Hani).
Nous avons déjà indiqué que le secteur des services alimentaires de la phase 2 du palais de Samsi-Addu à Tell Leilan et celui du grand palais royal de Mari avait une relation étroite avec la salle du trône. L’objectif de cet aménagement est d’apporter rapidement les mets préparés à la salle du trône où l’on donnait les banquets royaux. Si notre hypothèse sur les fours du secteur de l’ancien temple du palais de Bilalama est bonne1410, nous pouvons dire que ce palais possédait la même caractéristique. D’après certains éléments retrouvés dans le palais septentrional d’Ebla datant du bronze moyen II (1800-1600 av. J.-C.), il semble qu’un secteur de service ait été aménagé dans cet édifice : l’aile nord se composait en effet d’une série de pièces, depuis la salle L.4006 à l’Est, jusqu’à la salle L.4114 à l’Ouest1411. En comparant ce palais et les trois derniers palais mésopotamiens, on peut remarquer que son secteur des services n’occupait pas un emplacement similaire à celui des palais, car il se trouve à l’extrémité du palais et était trop éloigné de la salle du trône. La salle LVI du palais nord d’Ibn Hani a également servi de cuisine1412. De façon identique aux cuisines du palais septentrional d’Ebla et différant des trois palais mésopotamiens, la salle LVI du palais nord d’Ibn Hani se situe dans un emplacement trop éloigné de la salle du trône, à l’extrémité du palais. Le grand palais de Mari se distingue des autres palais orientaux par l’aménagement d’une cuisine dans un secteur qui n’était pas destiné aux services : une cuisine a été retrouvée dans le quartier de l’intendant, dans la salle 167. La fonction de cette installation diffère de celles utilisées pour préparer le repas royal. Elle était en effet destinée à la préparation des mets pour les personnes d’autres villes, voyageurs et courriers, qui se rendaient au palais1413.
Lorsque nous avons identifié le palais oriental comme centre politique d’Etat, nous avons noté que le secteur officiel du palais d’Ougarit se composait de la salle du trône et de la salle des banquets. L’existence d’une salle de banquets à cet endroit laisse penser que l’édifice pouvait comporter des cuisines afin de préparer les repas royaux de la salle des banquets. Malheureusement aucune trace de cuisine n’a été repérée dans le palais royal d’Ougarit1414, et il est donc difficile de connaître les cuisines de ce palais.
Nous avons déjà établi qu’un grand nombre de palais mésopotamiens comportaient des magasins destinés à stocker le matériel utilisé dans le palais (grain, vin, huile etc.). En analysant les autres palais orientaux, nous remarquons qu’il est possible d’identifier le secteur des magasins avec facilité dans certains bâtiments, alors que c’est plus difficile pour d’autres édifices. Comme les palais mésopotamiens, les palais G d’Ebla et VII d’Alalakh comportaient des réserves, mais elles n’occupaient pas le même emplacement dans le palais. Au Nord du portail monumental du palais royal G d’Ebla (fig. 165), se trouvent les pièces de stockage du palais (partie Ouest), destinées au broyage des céréales1415. La présence de réserves à proximité de la porte principale permettait peut-être d’apporter le matériel à stocker au palais avec facilité puisqu’on n’avait pas à faire un long chemin à l’intérieur du palais. Ce cas nous rappelle les deux magasins (L et M) du palais A de Tuttul (phase 4) qui se trouvent également à proximité de l’entrée principale. Une différence peut cependant être définie entre les deux cas : alors que le magasin L était percé d’une porte vers l’extérieur du palais et il n’était pas donc nécessaire d’emprunter l’accès principal pour l’atteindre, les magasins du palais G d’Ebla étaient vraisemblablement accessibles par la porte principale. Le secteur économique du palais de Bilalama se situait au contraire dans un emplacement trop éloigné de l’entrée principale. Toutefois, de façon identique aux deux derniers palais, il était possible d’y entrer sans pénétrer trop en avant à l’intérieur du palais, car ce secteur possédait une porte spéciale le mettant en liaison avec l’extérieur du palais. La réserve générale (secteur R) du grand palais de Mari occupe également une position à l’extrémité du palais, permettant ainsi aux personnes qui voulaient y accéder d’entrer immédiatement, sans emprunter un autre passage. L’existence de cette porte n’est pas certaine et il n’est pas sûr que l’on entrait dans ce dernier secteur par un accès spécial, car la réserve générale du palais de Mari n’est pas bien conservée. Le magasin 35 du palais IV d’Alalakh se trouvait à l’extrémité du palais, dans un emplacement très éloigné de la porte principale. Au contraire du secteur économique du palais de Bilalama, ce magasin ne disposait pas d’un accès principal : pour l’atteindre, il fallait d’abord accéder au palais par la porte principale et traverser certains secteurs.
Si une partie des palais orientaux comportait des réserves dans lesquelles on pouvait entrer immédiatement par l’entrée principale ou par un autre accès secondaire, les magasins de certains palais occupaient un emplacement au cœur de l’édifice (magasins du secteur officiel d’Alalakh VII1416, salle 116 et salles de stockage entourant la salle du trône du palais royal de Mari) ou un autre emplacement éloigné des portes du palais (salles 24, 25 et secteur F des magasins du palais royal de Mari). Bien que le palais royal de Alalakh VII et le palais royal de Mari possèdent des magasins au cœur de l’édifice, dans le secteur officiel, l’emplacement des réserves dans le secteur officiel n’était pas le même. Tandis que le palais royal de Mari comportait quatre magasins (81, 82, 80, 79) au Sud de la salle du trône, qui s’ouvraient sur elle, les magasins du palais d’Alalakh VII (pièces 11, 12 et 13) ne dépendaient pas de la salle du trône, mais, au contraire, formaient des dépendances de la cour centrale 9. Le magasin 116 du palais de Mari, qui donne sur la cour 106, est considéré comme l’une de ses dépendances. Cela ressemble aux réserves 11, 12 et 13 du palais d’Alalakh VII, qui étaient aussi des dépendances de la cour centrale 9 de l’édifice. Un magasin (pièce G) a été retrouvé dans le palais de Qatna1417. Sa situation dans le palais diffère de celle des derniers cas : il se trouve à un emplacement proche des grandes pièces officielles, mais ne comporte pas de porte permettant d’accéder immédiatement à l’une de trois grandes pièces officielles.
D’autres installations domestiques, des salles du bain et des toilettes, peuvent être identifiées dans les palais orientaux (Ur, palais royal et oriental de Mari, Alalakh VII, Uruk, Tell al-Rimah et palais nord de Ras Ibn Hani). Si l’on compare les palais orientaux entre eux, on remarque que le grand palais de Mari disposait de la plus grande quantité de ces aménagements. Si les salles du bain ou les installation à ablution de ce palais étaient aménagées dans la zone publique (secteur d’entrée, quartier de l’intendant et secteur administratif) et la zone privée (maison des femmes et secteur des services alimentaires), une partie des palais orientaux ne livrent de telles installations que dans une seule zone de l’édifice, comme le palais oriental de Mari et les palais d’Ur, VII d’Alalakh, et nord de Ras Ibn Hani. Dans ces derniers bâtiments, la fonction des secteurs dans lesquels on a retrouvé des toilettes ou des salles du bain diffère d’un cas à l’autre. La salle 9 du palais d’Ur qui servait de toilettes se trouve dans le logement du roi (d’après l’hypothèse de l’archéologue), de manière similaire à la salle XX (salle du bain et toilettes) du petit palais oriental de Mari, située également au même emplacement. La localisation de ces aménagements, dans le cas d’Alalakh VII et du palais nord de Ras Ibn Hani, n’est pas la même qu’à Ur et dans le palais oriental de Mari. On a retrouvé, dans la salle 15 du palais d’Alalakh, un système d’évacuation des eaux usées. C.L. Woolley suppose que cette pièce était une salle de bain1418. Elle se trouve dans le secteur des esclaves du palais. La pièce XXIV du palais nord de Ras Ibn Hani, située dans la zone publique, servait de salle d’eau et était équipée d’un siège d’aisance1419. Bien que cette dernière salle se trouve dans la zone publique du palais, on ne peut pas dire qu’elle occupait la même situation que celles du palais de Tell al-Rimah et du palais royal de Mari. Une installation à ablution était aménagée à proximité de l’entrée, dans chacun de ces deux derniers palais, pour faire des ablutions avant de voir le roi. Au contraire, la salle XXIV se trouvait dans une position éloignée de la porte, à proximité de la salle du trône.
Cf. Ci-dessus, p. 55-56.
Matthiae P., 2002-2003, p. 136.
Lagarce J et E., 1995, p. 146.
Parrot A., 1958a, p. 20.
Margueron J.-C., 2008, p. 50.
Matthiae P., 1987, p. 143.
Woolley C. L., 1955, p. 93.
Novak M., Pfälzner P., 2002, p. 84.
Woolley C. L., 1955, p. 95.
Bounni A., Lagarce E et J., 1998, p. 13.