D’après l’analyse architecturale des palais orientaux, nous pouvons dire qu’il y a des différences dans leur organisation architecturale. Nous avons déjà indiqué que le secteur des services alimentaires du palais royal de Mari se composait d’une cour centrale, entourée d’une couronne de pièces. Deux fours étaient aménagés dans cette cour et un système de couverture légère permettait de protéger les personnes qui travaillaient à la cuisson du pain tout en laissant aux fumées la possibilité d’être évacuées. Il s’agit d’une caractéristique qu’on ne retrouve pas ailleurs, car tous les fours identifiés dans certains palais orientaux n’étaient pas installés dans un espace central. Ils étaient situés, soit dans des salles s’ouvrant sur un espace central (salles M et N de la phase 2 du palais A de Tuttul, pièces de services du palais de Qarni-Lim), soit dans des salles appartenant au logement du roi (salle XXXIII du petit palais oriental de Mari et salle LVI du palais nord de Ras Ibn Hani), soit dans des salles de la zone publique qui ne donnaient pas sur un espace central (pièces 12, 13/14 et 17 du palais de Samsi-Addu à Tell Leilan). Le palais Q d’Ebla présente une organisation différente de celle des secteurs précédents : l’aile nord se compose en effet d’une série de pièces longitudinales et parallèles, depuis la salle L.4006 à l’Est jusqu’à la salle L.4114 à l’Ouest1420.
Bien que toutes les installations de services de ces derniers palais orientaux ne se trouvent pas dans des espaces à ciel ouvert permettant d’évacuer les fumées avec facilité, elles étaient certainement équipées des cheminées permettant de les évacuer. Le secteur des services alimentaires du grand palais de Mari présente d’autres caractéristiques qui ne se répètent pas dans les autres palais orientaux, puisqu’il comporte des salles du bain. Nous avons déjà indiqué la raison de l’aménagement de ce type de salles dans ce secteur : soit les artisans de cette zone étaient soumis à des règles d’hygiène strictes, soit les personnes chargées des tâches culinaires habitaient à côté de leur lieu de travail.
L’organisation architecturale de la cuisine 167 du grand palais de Mari diffère de celle du secteur des services du même palais et des autres pièces de service appartenant aux autres palais orientaux. Au contre des secteurs de service, cette cuisine ne comporte pas de fours, mais des installations de briques crues, aménagées contre le mur ouest. Nous avons déjà souligné qu’il s’agit de cinq foyers, disposés côte à côte et destiné à recevoir les récipients et les aliments à cuire1421. La cuisine 167 ressemble à celle de la phase 3 du palais de Samsi-Addu, parce que, dans les deux cas, elle était pourvue de systèmes d’évacuation des eaux usées1422.
En ce qui concerne l’organisation architecturale des magasins, nous avons déjà établi que ces magasins étaient tracés selon une forme allongée et très étroite. Nous avons aussi déterminé que l’organisation architecturale de ces magasins n’était pas partout la même, car des salles étaient équipée de banquettes aménagées pour caler les jarres, alors que d’autres ne possédaient aucune banquette. Comme nous l’avons indiqué plus haut, les réserves peuvent être identifiées dans d’autres palais orientaux (palais G et septentrional d’Ebla et palais d’Alalakh VII et de Qatna). Certains magasins de ces édifices ressemblent à ceux des palais mésopotamiens (Uruk et Mari royal) : la salle L.3914 du palais G et les salles L.4043 et L.4031 du palais septentrional d’Ebla étaient tracées suivant le même plan que les magasins des palais mésopotamiens (salle étroite et allongée). L’aménagement de banquettes en argile dans trois pièces (L.3926, L.3932 et L.3936) (fig. 166) du palais G d’Ebla était similaire, par certains aspects, à celui d’une partie des magasins du grand palais royal de Mari. Contrairement aux banquettes du grand palais de Mari, qui étaient creusées ou non et destinées à caler des jarres de stockage, sur les banquettes du palais d’Ebla étaient posées des meules basaltiques, souvent avec leur broyeur, et, à leur pied, se trouvaient des cuves en argile où était recueilli le produit du meulage1423. L’existence de ces aménagements dans ces pièces conduit P. Matthiae à penser qu’ils étaient destinés au broyage des céréales1424. Il est difficile d’attribuer une telle fonction (broyage des céréales) dans les magasins qu’on a identifiés dans d’autres palais orientaux. Si ce secteur de la réserve du palais G d’ Ebla présente certaines analogies dans son organisation avec ceux des palais mésopotamiens (Uruk et palais royal de Mari), en particulier en ce qui concerne la forme de certaines pièces et de certaines installations, l’autre secteur de stockage des céréales du palais G, comprenant les pièces situées au Nord de la partie sud du bâtiment,1425 ne connaît pas les caractéristiques principales des magasins retrouvés dans les palais mésopotamiens (banquettes et forme étroite et allongées).
Le magasin G du palais de Qatna et les trois magasins 11, 12 et 13 du palais VII d’Alalakh étaient tracés selon une forme rectangulaire, mais son plan n’a pas la même forme (salle étroite et allongée) que celle des magasins du palais de Mari, d’Uruk, de certains magasins du palais G d’Ebla et du palais septentrional du même site. Le long côté des magasins des palais mésopotamiens est trois ou quatre fois plus grand que le petit côté, comme, par exemple, dans les magasins 122 (10,40 m x 3,80 m) et 217 (11,70 m x 2,13 m) du grand palais royal de Mari1426. Au contraire, le long côté des magasins du palais VII d’Alalakh et le magasin G du palais de Qatna est à peu près deux fois plus grand que le petit côté. Par ailleurs, de façon identique aux magasins du palais d’Uruk, à certains magasins du palais royal de Mari et du palais G d’Ebla, ces magasins ne disposaient pas des banquettes.
Si le schéma originel du magasin (salle étroite et allongée) ne se répète pas dans plusieurs palais orientaux, ce schéma apparaît dans des palais hors du Proche-Orient. Les ailes occidentales des palais de Cnossos et de Malia, en Crète, possédaient la même forme que celle des pièces de stockage des palais mésopotamiens (salles étroites et allongées). Comme dans le grand palais de Mari, ces pièces jouaient, outre leur rôle de réserve, le rôle de soutien de l’étage1427.
Les salles de bain et de toilettes étaient des installations indispensables dans les palais orientaux dont l’organisation architecturale était différente. Nous avons déjà souligné que la première unité de la maison des femmes du palais royal de Mari disposait d’un grand nombre de salles d’eau. On a retrouvé dans ces salles des aménagements permettant d’affirmer que la salle d’eau servait à la fois de salle de bain et de toilettes. En effet, d’autres palais orientaux (petit palais de Mari, palais d’Uruk et palais d’Alalakh VII1428) livrent des installations sanitaires, mais l’état de conservation de ces installations ne permet pas de déterminer s’il s’agit de salle de bain ou de toilettes. Une analogie existe entre la première unité de la maison des femmes du palais royal de Mari et le groupe de l’espace 23 du palais d’Uruk : chaque salle d’eau était, dans les deux cas, associée à une salle voisine, formant ainsi un appartement. La même caractéristique se répète dans le palais d’Ur : la salle 9, qui servait de toilettes, est associée à la salle 8. Il est probable que les deux formaient un appartement.
Si certaines salles d’eau du palais royal de Mari comportaient dans la même pièce des aménagements de salles de bain et de toilettes, le palais nord d’Ougarit présente une salle de bain (11) et des toilettes (5 bis) séparés. Les deux pièces étaient en effet voisines et séparées par un mur. On a retrouvé dans la salle 5 bis du palais nord d’Ougarit des latrines faites en pierre, tandis que le matériau principal de construction des toilettes du palais de Mari était la brique. A Ougarit, ces installations communiquaient par une descente verticale débouchant sur un puisard1429. La pièce 11, qui servait de salle de bain, était équipée d’un aménagement permettant de poser et de faire chauffer une bassine d’eau1430. Ces aménagements sont similaires à ceux retrouvés dans le palais royal de Mari (salles 7 et 45) et dans le palais Tell al-Rimah (salle VI), puisque ces dernières pièces livraient également une installation permettant de réchauffer l'eau du bain. La présence d’une telle installation dans ces pièces ne signifie pas qu’il n’y avait pas de différences entre elles. A l’exception de l’aménagement du chauffe-eau retrouvé dans les salles 7 et 45 du palais royal de Mari, ces deux pièces ont livré des éléments d’un raffinement qu’on ne retrouve pas dans les autres palais orientaux : deux grandes cuves servaient en effet de baignoires pour les eaux froide et chaude.
Matthiae P., 2002,-2003, p. 136.
Parrot A., 1958a, p. 24-25.
Idem, p. 26.
Matthiae P., 1987, p. 143.
Idem, p. 143.
Idem, p. 143.
Parrot A., 1958a, p. 286, 290.
Margueron J.-C., 1982b, p. 338.
Woolley C. L., 1955, p. 95.
Lagarce E et J., 1973, p. 301.
Idem, p. 302.