3.4.11 - Les tombes du roi

Nous avons déjà signalé que certains palais mésopotamiens comportaient des tombes de rois sous de nombreuses pièces. Un grand nombre de ces pièces était destiné à une fonction officielle, ce qui laisse penser qu’elles jouaient une double fonction, à la fois officielle et funéraire. D’autres tombes étaient situées dans d’autres parties du palais, mais il est difficile de déterminer si elles jouaient un rôle complémentaire de leur rôle funéraire.

Des aménagements semblables ont été réalisés dans les autres palais orientaux. Dans l’architecture royale d’Ebla par exemple, des tombes sont creusées dans la roche, sous le palais occidental de cette ville1472. A côté de la salle du trône du palais de Qatna, se trouve un long couloir s’enfonçant à 8 m dans le sol. Ce couloir conduit à un puits ouvrant sur un complexe funéraire. Dans le palais d'Alalakh (niveau VII), une chambre accessible par un escalier abritait un coffre en bois contenant des restes de squelettes humains1473. Le palais royal d’Ougarit a également livré de telles installations : sous les pièces 28 et 29 de l’aile sud du palais étaient construits de nombreux espaces à fonction funéraire et consacrés au culte royal des ancêtres1474.

Si l’on compare tous les palais orientaux, il apparaît que, à l’exception du palais de Qatna, nous ne possédons qu’une image imparfaite des éléments funéraires des tombes des palais orientaux. Ces tombes devaient certainement comporter des sarcophages en bois avec placage de feuilles d’or, des bijoux en pierres semi-précieuses, en or, en électrum et en argent, des vases en albâtre et en céramique1475. En effet, quelques objets ont été retrouvés dans le petit palais oriental de Mari et dans les palais de Tell Asmar amorite, d’Alalakh et d’Ebal (bijoux de facture raffinée1476). Toutefois, ces éléments ne nous permettent pas d’avoir une connaissance approfondie du mobilier funéraire. Au contraire, le palais de Qatna donne un magnifique exemple de mobilier funéraire royal, de la Syrie du IIème millénaire en particulier et du Proche-Orient en général. On a retrouvé dans ces tombes des sarcophages en bois et en pierre dont certains abritent des restes humains, des bijoux en or et en pierres semi-précieuses, de la vaisselle de luxe et deux statues en pierre de rois divinisés1477.

En outre, il y a une différence entre les palais quant à la situation des tombes. Si l’une des tombes du palais oriental de Mari et la tombe du palais A de Tuttul se trouvent sous les grandes pièces du bloc officiel (salle du trône du palais oriental de Mari et hall Q du palais A de Tuttul), les caveaux funéraires du palais royal d’Ougarit se situent dans un emplacement trop éloigné des deux grandes salles du secteur officiel (salle du trône et salle des banquets). Le caveau funéraire du palais de Qatna ne se trouve pas non plus sous l’une des grandes pièces du secteur officiel, ce caveau a été installé, contrairement au palais d’Ougarit, à côté de la salle du trône. D’autres caveaux, qui appartiennent à d’autres palais orientaux (Ebla, Tell Asmar amorite et Alalakh VII) n’avaient pas non plus de relation avec la salle du trône, mais étaient installés dans un autre emplacement. D’après les archéologues du palais A de Tuttul, la tombe du palais d’Alalakh VII se stitaut dans la zone risédentiel du palais1478.

Comme nous avons déjà indiqué, l’existence de tombes à l’intérieur du bâtiment palatial est une indication très importante sur la fête du kispum. Cette hypothèse peut être renforcée par les banquettes et les nombreux vases en céramiques découverts dans l’hypogée de Qatna1479.

Au contraire de plusieurs palais orientaux qui jouaient un rôle politique, le palais occidental d’Ebla avait un autre objectif, recevoir les rois morts pour les enterrer sous son sol. Ce qui montre l’importance des pratiques funéraires est que celles-ci étaient dirigées par un prince héritier qui habitait dans le palais. Il avait l’importante responsabilité d’assurer le succès des funérailles du roi défunt1480. Nous ne pouvons pas dire que les autres palais qui comportaient des tombes de roi étaient spécialement construits pour une destination funéraire, parce que les restes archéologiques et architecturaux ainsi que les sources écrites laissent penser qu’ils jouaient d’autres rôles plus importants que funéraires uniquement.

Notes
1472.

Matthiae, 1989, p. 175.

1473.

Woolley C. L., 1955, p. 95.

1474.

Marchegay S., 2008, p. 82.

1475.

Ce mobilier funéraire a été défini par S. Marchegay, idem, p. 83.

1476.

Matthiae P., 1982, p. 48.

1477.

Marchegay S., 2008, p. 83.

1478.

Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 75.

1479.

Marchegay S., 2008, p. 83.

1480.

Matthiae P., 2002-2003, p. 134.