Quand nous avons étudié la possibilité d’un étage dans les palais mésopotamiens, nous avons identifié plusieurs indices de son existence. L’épaisseur des murs et la solidité de leurs fondations sont un indice important. Ils devaient servir à soutenir ce niveau. De plus, dans certains murs, des installations permettaient d’évacuer les eaux usées de l’étage. Par ailleurs, le matériel retrouvé dans les décombres du rez-de-chaussée (restes de peinture murale, baignoire, plâtre utilisé à la construction du sol de l’étage, briques du dallage et éléments métalliques employés dans les portes) présentent des preuves de la présence d’un étage, puisque la position stratigraphique de ce matériel permet d’affirmer qu’il est tombé d’un étage.
Nous allons maintenant essayer de présenter les différents indices de la présence d’un étage dans les maisons mésopotamiennes et de les comparer avec ceux des palais. Les maisons ne peuvent présenter qu’une partie seulement des indices présents dans les palais. Ce qui attire l’attention dans les grandes maisons mésopotamiennes, est la taille des fondations et des murs. Y. Calvet souligne que les fondations de la maison B 59 de Larsa, dont la hauteur est de 1,70 m en moyenne, sont plus épaisses que les murs eux-mêmes. D’après cet archéologue, ces fondations jouaient de nombreux rôles dont celui de soutenir l’étage1553. L’architecture royale présente des fondations plus profondes que celles de l’architecture domestique : le sondage stratigraphique réalisé sous la salle du trône du palais de Larsa a révélé la présence de fondations s’enfonçant à plus de 3,50 m de profondeur. En ce qui concerne l’épaisseur des murs, deux modèles principaux peuvent être présentés dans les deux maisons de Larsa, B 27 et B 59 : il mesure de 0,90 m à 1 m, et de 1,10 m à 1,20 d’épaisseur1554. Les murs des maisons d’Ur sont moins épais que ceux des maisons de Larsa. Ils varient entre 0,6 m et 0,95 m1555. Les maisons de Nippur présentent des murs plus épais que les maisons d’Ur, mais moins épais que les maisons de Larsa : la largeur du mur le moins épais est de 0,9 m, alors que le mur le plus épais atteint 1,4 m de largeur1556. Nous ne pouvons pas définir l’épaisseur minimum d’un mur nécessaire pour supporter un étage, mais les murs qui sont inférieurs à un mètre sont peut-être trop faibles et ne peuvent pas soutenir un étage, ou en tous cas un étage très lourd. En comparant ces valeurs avec celles de certains murs des palais mésopotamiens qui étaient destinés à supporter un étage, nous pouvons observer que les murs des palais étaient plus épais que ceux des maisons. Dans notre étude de l’étage des palais mésopotamiens, nous avons souligné des valeurs importantes, puisque les murs s’étendent de 1,40 m à 3,5 m. Les murs et les fondations des palais étaient plus épais que celui des maisons, sans doute parce que l’étage devaient être plus important car il s’agissait d’un bâtiment royal nécessitant une certaine majesté dans la construction.
Les chercheurs parlent d’un autre indice concernant l’existence d’un étage dans les maisons qui apparaît également dans les palais, les escaliers. Dans les grandes maisons de Larsa B 27 et B 59, on n’a pas retrouvé d’indices sur la présence d’escaliers, mais Y. Calvet1557 propose une hypothèse selon laquelle un escalier à deux volées conduisait vers l’étage dans les ensembles 11-13 et 14-18 de la maison B 27 (1,50 m de largeur) et dans l’ensemble 4, 7 et 8 de B 59. La fouille n’a pas permis de retrouver d’éléments provenant de la construction des escaliers. Malgré cela, l’archéologue1558 estime que le bois était le principal matériau de construction des marches et du palier intermédiaire. Nous ne pouvons pas adopter cette hypothèse avec certitude à cause de l’absence d’indices concrets de la présence d’escaliers. Toutefois, si l’on suppose la présence d’escaliers dans les deux ensembles, on peut les comparer avec celui de la salle 81 du grand palais de Mari. Si les escaliers des deux ensembles étaient construits en bois, celui de la salle 81 était fait de briques à l’aide de bois. Une autre différence peut être définie : l’escalier de la pièce 81 comporte une volée tandis que ceux de B 27 et B59 étaient faits de deux volées.
Au contraire de Larsa, l’architecture domestique d’Ur présente plusieurs indications de la présence d’escaliers. L’escalier se présente sous plusieurs formes1559. Celui de la salle 81, qui peut être à une ou deux volées, est similaire aux escaliers proposés dans les deux ensembles, 11-13 et 14-18, de la maison B 27 de Larsa. D’après les débris des escaliers des maisons d’Ur, il semble qu’ils soient construits en briques1560, de manière identique aux escaliers trouvés dans les palais de Tell Asmar amorite (phase I) et de Tuttul, et contrairement aux escaliers de B 27 à Larsa. Si les palais et une partie des maisons mésopotamiennes présentent des escaliers composés d’une ou deux volées, la maison K de Nippur comporte un escalier formé de trois volées au moins1561. Cet escalier était également constitué de briques, comme les escaliers des maisons d’Ur et de certains palais mésopotamiens (Tell Asmar et Tuttul).
Dans sa restitution des deux maisons (B 27 et B 59) de Larsa, Y. Calvet1562 propose plusieurs hypothèses concernant l’étage des deux monuments. La première hypothèse suppose qu’une partie du rez-de-chaussée de chaque bâtiment était surmonté d’un étage. Le reste ne supportait pas d’étage et l’espace central était à l’aire libre. Dans la seconde hypothèse, l’archéologue suppose que, à l’exception de l’espace central à ciel ouvert qui fournissait à l’édifice son éclairage, un étage était aménagé sur tout le bâtiment. La troisième hypothèse est similaire à la précédente, avec une seule différence : un étage sur tout le bâtiment, avec un espace central couvert de lanterneaux, permettait d’éclairer les pièces environnantes. Cette dernière hypothèse, restituant un étage sur l’ensemble de l’édifice, y compris sur l’espace central, pose des problèmes pour ce qui est de l’éclairage.
On ne peut pas admettre la troisième et la quatrième hypothèse, parce que l’existence d’un espace central couvert dans chacun des deux bâtiments pose un problème d’éclairage. Nous avons déjà souligné ce problème lors de l’étude de l’espace central. Il reste les deux premières hypothèses, mais il est difficile de déterminer, sauf pour l’espace central, si une partie du bâtiment ou tout le bâtiment était surmonté d’un étage. En effet les maisons ne comportent pas d’indices aussi précis que le palais permettant de définir la partie occupée par un étage. L’indication principale présentée par les deux maisons de Larsa, est l’épaisseur importante des murs et la solidité des fondations, vouées peut-être à soutenir l’étage. En effet, bien que cet indice soit l’un des plus importants, il faut apporter d’autres renseignements pour avérer la présence d’un étage. Il est donc difficile de savoir si un étage occupait l’ensemble de l’édifice ou une partie seulement. Toutefois, si l’on suppose qu’il était aménagé sur une seule partie, les deux grandes maisons de Larsa sont alors similaires au palais, puisque, selon notre étude de l’étage des palais mésopotamiens, ce niveau n’est identifié que sur une partie de l’édifice seulement. Si ce niveau était construit sur tout le bâtiment, à l’exception de l’espace central, nous pouvons dire qu’il y avait alors une différence par rapport aux palais. D’autres maisons, à Ur et à Nippur, comportent des murs d’épaisseur importante ou faible. Il est donc probable que l’étage n’occupait pas toute la surface de la maison, parce que les parois faibles ne pouvaient pas soutenir un étage.
La fonction de l’étage dans les maisons est similaire à l’une de ses fonctions dans les palais. Dans notre étude des fonctions principales des palais mésopotamiens, nous avons conclu que l’étage était destiné à l’habitation et aux bureaux des archives. Il est certain que l’étage des maisons ne jouait pas de rôle administratif, parce que ce monument n’était pas public. En revanche, il est sûr qu’une grande partie de la vie domestique s’y déroulait1563. Dans notre étude des appartements royaux de l’étage, nous avons défini les fonctions de certaines pièces. Il est difficile d’attribuer des fonctions particulières aux pièces de l’étage des maisons. Toutefois, d’après Y. Calvet1564 qui a étudié les grandes maisons de Larsa, un rôle particulier était peut-être dévolu à la pièce qui surmontait la salle de réception. Nous pouvons adopter l’hypothèse de cet archéologue si cette pièce de l’étage était tracée selon le même le plan que celle du rez-de-chaussée, mais il n’est pas certain que cette salle de l’étage était organisée de même manière que celle de rez-de-chaussée. L’organisation du rez-de-chaussée du palais royal de Mari ne se répétait pas dans les appartements royaux de l’étage, de même, peut-être, que dans les grandes maisons mésopotamiennes.
Calvet Y., 2003, p. 162.
Idem, p. 164.
Battini L., 1999, p. 167-169.
Idem, p. 292.
Calvet Y., 2003, p. 168, 175.
Idem, p. 169, 170, 176
Battini L., 1999, p. 202.
Idem, p. 201-202.
Idem, p. 290.
Calvet Y., 2003, p. 164-165.
Calvet Y., 2003, p. 187.
Idem, p. 187.