Conclusion

Notre recherche a pu présenter des résultats importants sur l’architecture royale, en Mésopotamie en particulier et en Proche-Orient en général, dans l’âge du bronze. En effet, d’après le titre de notre thèse, notre sujet parle spécialement des palais mésopotamiens datant de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. Pour cela, nous avons effectué une analyse architecturale de chacun des palais de cette époque, ainsi qu’une comparaison entre eux afin de mettre en évidence les analogies et les différences existant dans la construction de ces bâtiments. Ensuite, nous avons confronté ces bâtiments avec ceux, plus anciens, des dynasties archaïques, avec les plus récents (deuxième moitié du second millénaire) de la même région et avec les autres palais de l’âge du bronze hors Mésopotamie. L’objectif de ces comparaisons était de mettre au jour une image du palais oriental de l’âge du bronze au travers des palais les plus majestueux, des ressemblances et des différences entre les bâtiments d’une époque de l’âge du bronze et ceux appartenant à une autre époque du même âge en Mésopotamie, d’une part, et entre les palais mésopotamiens s’étendant de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne et les autres palais orientaux de l’âge du bronze d’autre part. Une autre comparaison a été faite entre les palais mésopotamiens qu’on a analysés dans les deux premières parties et les grandes maisons privées qui appartiennent à la même région.

Nous avons indiqué dans l’introduction qu’une problématique peut être posée quant à la date de certains monuments et travaux des palais mésopotamiens traités dans notre recherche. Il y avait ainsi débat entre les chercheurs sur la date de la construction de l’ancien palais d’Assur ; d’après notre thèse, ce palais n’a pas été édifié à l’époque akkadienne mais à l’époque de Samsi-Addu (époque paléo-babylonienne). Tandis que les archéologues du palais amorrite de Tell Asmar estiment que le temple de Shu-Sin a été reconstruit et sécularisé à l’époque de Nurahum, notre recherche, s’appuyant sur le sondage stratigraphique, a conclu que ces modifications ont été réalisées à l’époque de Kirikiri. En ce qui concerne la chapelle du même édifice, elle a été sécularisée à l’époque de Nurahum pour des raisons politiques. Les archéologues du palais de Tell Asmar et plusieurs autres chercheurs ont attribué la construction de la deuxième phase à Nurahum, et de la quatrième phase aux trois rois (d’Isharramashu, d’Azuzum et Urninmar). Notre étude laisse penser que la deuxième phase date de l’époque de Nurahum de Kirikiri mais le palais de la quatrième phase ne fut construit que par Azuzum. En ce qui concerne le grand palais de Mari, nous avons conclu que les appartements royaux de l’étage, les travaux principaux du bloc officiel, le secteur des esclaves de la maison du roi du palais royal de Mari, appartiennent à l’époque de Samsi-Addu.

La plupart des palais mésopotamiens que nous avons étudiés dans les deux premières parties se situaient soit au cœur de la cité, soit près du centre de la ville. Ces édifices étaient construits dans des zones proches des quartiers religieux, ceux-ci se trouvant également au centre de la ville. Deux des palais secondaires (palais oriental de Mari et palais de Qarni-Lim) étaient édifiés à un emplacement très éloigné du centre parce que ces deux bâtiments n’avaient pas autant d’importance que les palais royaux principaux. Contrairement à une grande partie des palais mésopotamiens datant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne, qui se trouvaient, à l’exception des certains bâtiments, au centre de la ville, la plupart des autres palais mésopotamiens appartenant aux autres périodes de l’âge du bronze occupaient un emplacement très éloigné du centre de la ville. D’après l’étude comparative que nous avons faite entre les palais mésopotamiens et les autres palais, datant de l’âge du bronze et appartenant aux diverses villes (Ebla, Alalakh, Qatna, Ougarit et Ras Ibn Hani et Emar) du Proche-Orient, nous avons remarqué que la caractéristique de la position du palais au centre de la ville ne se répétait que pour une partie des palais orientaux hors Mésopotamie, comme, par exemple, les palais d’Ebla et de Qatna. Les palais d’Alalakh et d’Ougarit ne se trouvent pas au même emplacement que les précédents mais à proximité de la porte de la cité. Les palais de Ras Ibn Hani étaient également construits dans des situations éloignées du centre de la ville.

Les palais mésopotamiens qui appartiennent à l’époque de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne étaient entourés d’une enceinte. Cette enceinte était percée d’une ou de plusieurs portes vouées à différentes tâches et appartenant aux deux modèles principaux (porte en tenaille et porte en chicane). D’après l’étude comparative, que nous avons effectuée, des palais de l’âge du bronze, nous avons conclu que la plupart des autres palais (dynasties archaïques et époque akkadienne) étaient entourés d’une enceinte qui différait, sur quelques points, de celle dont disposaient les palais s’étendant depuis la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. En ce qui concerne les modèles des portes, nous avons remarqué que les palais des dynasties archaïques et de l’époque akkadienne possédaient des portes appartenant aux deux modèles que nous avons indiqués plus haut.

À l’exception de certains cas, les autres palais orientaux ne présentaient pas les mêmes modèles que ceux des palais mésopotamiens. Si le complexe palatial d’Ougarit possédait une porte en tenaille – qui est l’un des deux modèles utilisés dans les palais mésopotamiens –, on aménagea, dans d’autres édifices, des portes très différentes de celles des derniers palais. Les entrées des palais d’Alalakh IV et d’Ebla occidental étaient pourvues de colonnes ; il s’agit d’une caractéristique qu’on ne retrouve pas dans les palais mésopotamiens. Dans la plupart des palais orientaux, on pouvait entrer, depuis la porte principale, dans un vestibule et, de là, on continuait vers l’intérieur du bâtiment. Le palais G d’Ebla ne connaissait pas cette organisation : son accès était équipé d’un escalier de pierre de 22,50 m permettant d’accéder aux quartiers supérieurs du palais, au sommet de l’acropole.

En ce qui concerne les matériaux employés pour construire les palais mésopotamiens que nous avons analysés dans les deux premières parties, la brique était le matériau principal car la Mésopotamie était riche en terre et argile, matières premières employées pour la confection de briques. On utilisait la brique (crue et cuite) pour construire les murs (fondation, soubassement et élévation), les sols de diverses pièces, les bassins et les banquettes.C’est le même cas que nous voyons à l’œuvre dans les palais d’Ebla, d’Alalakh et de Qatna. Au contraire, le matériau principal qu’on employait dans les palais de la côte syrienne était la pierre (construction des murs et des sols). L’utilisation de ce dernier matériau était très rare dans les palais mésopotamiens car cette région n’était pas riche de ce matériau. En effet, le bois était utilisé par tous les palais du Proche-Orient (escaliers, poutres, portes et chaînages) mais il y avait une différence quant au moyen de l’obtenir. Tandis qu’Ougarit et Qatna obtenaient ce matériau avec facilité des montagnes voisines, la Mésopotamie l’obtenait grâce au commerce et à la guerre, parce qu’elle ne le possédait pas en quantité suffisante.

Nous avons discuté, dans notre recherche, le problème de l’éclairage et nous avons conclu que les palais datant de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne disposaient de quatre modes principaux d’éclairage. Le premier mode est lié aux grandes cours principales qui se trouvent, dans la plupart des cas, au centre du palais. Les petites cours, qui occupaient le centre des diverses unités, sont considérées comme la seconde source de la lumière des palais, jouant le même rôle que les grandes cours centrales (communications et éclairage). Les palais mésopotamiens comportaient, avec ces dernières cours, de grandes salles allongées possédant des fenêtres au sommet des murs, sous le toit ; ces fenêtres permettaient à l’éclairage de pénétrer pour éclairer la salle elle-même et les salles qui l’entouraient. Le dernier mode d’éclairage concerne les couloirs intérieurs (palais royal de Mari) et extérieurs (palais d’Uruk).

Le problème de l’étage était l’une des questions posées dans notre recherche. Plusieurs éléments architecturaux et archéologiques permettent d’affirmer que le rez-de-chaussée des palais mésopotamiens qui appartiennent à la période de la troisième dynastie d’Ur et l’époque paléo-babylonienne était surmonté d’un étage. Certains murs des palais présentent des preuves convaincantes de la présence d’un étage car les murs épais au-dessus de fondations profondes et très larges, avaient pour objectif d’assurer une base solide au soutien d’un étage. De plus, étaient aménagées, dans plusieurs murs du palais de Mari, des canalisations en céramique servant à évacuer les eaux usées de l'étage. On a découvert, dans plusieurs secteurs de rez-de-chaussée des palais mésopotamiens, des objets concernant l’étage. Les escaliers du bois et des briques qui conduisaient vers l’étage sont une preuve architecturale importante de l’existence de cet étage.

Nous avons traité, dans notre recherche, des fonctions principales des palais mésopotamiens que nous avons étudiés en détail dans les deux premières parties. Selon cette étude, nous avons conclu que des sanctuaires existaient seulement dans le palais de Tell Asmar et dans le palais royal de Mari. Le premier édifice abritait une chapelle tracée selon le type babylonien : une cour centrale était bordée d’une couronne de pièces. Dans les deux premières phases, ce dernier palais était contigu à un temple destiné au culte royal. À l’intérieur du palais de Mari, un temple et une chapelle (salle 132) ont été construits. Le temple se composait de plusieurs pièces, comme celui du palais de Tell Asmar, mais la chapelle n’était pas composée d’une seule pièce, à la différence de celle du palais de Tell Asmar qui comprenait, elle, de nombreuses pièces. Tandis qu’on adorait, dans le temple du palais de Tell Asmar, les rois divins (Shu-Sin et Ilushuila) et dans la chapelle les deux déesses étrangères (Belat-teraban et Belat-suhnir), la déesse Ishtar était adorée dans la chapelle du palais de Mari et peut-être dans le temple de cet édifice.

Bien que les archéologues d’autres palais orientaux hors Mésopotamie n’évoquent pas de présence d’un secteur religieux, une partie de ces édifices jouait un rôle religieux, comme, par exemple, dans les palais septentrional et occidental d’Ebla. Dans le premier édifice se déroulaient les activités religieuses liées à la déesse Ishtar et au roi, mais le second a livré des éléments concernant une vie religieuse, ce qui lui confère une vocation religieuse. C’est aussi le cas des palais de Crète minoenne, car ces palais ne comportaient pas de secteurs sacrés mais des signes muraux rattachés aux thèmes religieux.

Notre recherche a mis en évidence que la plupart des palais construits dans la période s’étendant de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne comportaient un secteur officiel. Toutefois, un petit nombre de palais mésopotamiens datant d’autres époques de l’âge du bronze (époque des dynasties archaïques, époque akkadienne et de la deuxième moitié du second millénaire) connaissait un tel secteur. Le secteur officiel était plus important que d’autres secteurs puisque le roi y recevait son entourage, les ambassadeurs et les rois d’autres villes. Ce secteur servait à manifester la majesté royale. Le secteur officiel occupait le cœur de la plupart des palais mésopotamiens et était tracé selon le schéma suivant : une cour carrée entourée sur trois côtés de pièces peu profondes et, sur le quatrième, d’une grande salle rectangulaire et allongée qui occupait toute sa longueur ; il s’agissait de la salle de réception du bloc officiel. De celle-ci, on pouvait accéder à une autre grande salle (salle du trône), de même forme que la précédente, par des pièces intermédiaires dans certains palais ou immédiatement dans les autres palais. Ses portes étaient plus larges que les autres issues de l’édifice, ce qui leur donnait une caractéristique solennelle.

Nous avons identifié un schéma identique, avec certaines différences, dans le palais de Qatna, dont le secteur officiel était également formé de trois pièces (cour centrale, première et seconde grande salle) tracées selon les mêmes formes que celles du bloc officiel des palais mésopotamiens. Les dimensions de ces pièces étaient plus importantes que la plupart des pièces officielles des palais mésopotamiens. Par ailleurs, la cour centrale du palais de Qatna était pourvue de certaines colonnes pour soutenir la couverture partielle ; cette dernière caractéristique ne se répétait pas dans la cour centrale du bloc officiel des palais mésopotamiens. En effet, le secteur officiel du palais royal d’Ougarit était également formé de trois pièces (cour centrale, salle du trône et salle des banquets) mais sa position et la forme de ses pièces n’étaient pas les mêmes que celles du palais de Qatna et des palais mésopotamiens.

Un certain nombre des palais orientaux (palais d’Alalakh VII et palais septentrional et occidental d’Ebla) comportait un secteur officiel se composant, à l’inverse, de deux grands espaces principaux (cour centrale et salle du trône). Le schéma de ce dernier cas était similaire à celui des palais crétois, qui comporte une seule grande salle (salle du trône). Ce schéma livre aussi une cour centrale mais de manière différente des palais orientaux : elleétait plus éloignée de la salle du trône qui était accessible, depuis l’extérieur du palais, par un accès spécial. La salle du trône du palais d’Alalakh VII, du palais occidental d’Ebla et des palais crétois disposaient, à l’intérieur, de colonnes divisant la salle en deux parties et soutenant la couverture. Il s’agit d’une organisation qu’on ne retrouve pas dans les palais mésopotamiens et les autres palais orientaux.

Le secteur administratif a été identifié dans la plupart des palais mésopotamiens datant de l’époque de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. Ce secteur était construit selon le schéma suivant : un espace central allongé autour duquel quelques pièces étaient organisées. En effet, les tablettes étaient parmi les éléments importants qui nous permettent de voir un secteur administratif, mais celles-ci n’ont pas été retrouvées dans tous les secteurs auxquels on a consacré cette fonction. Dans ce cas, nous avons insisté sur d’autres indications : la forme oblongue de l’espace central, l’existence d’un étage sur le secteur administratif du rez-de-chaussée et certains aménagements (base du trône).

On a identifié plusieurs différences entre les unités administratives des palais mésopotamiens (au niveau de leur taille et de leurs espaces centraux) et le nombre de leurs dépendances, puisqu’il semble que cette unité tende à s’agrandir dans les cas où les palais sont les plus majestueux (Larsa, Uruk et Assur). Dans deux cas concernant des palais mésopotamiens (palais royal de Mari et palais d’Ur), on a retrouvé des bases du trône et dans un seul cas (palais d’Uruk), des banquettes ont été mises au jour. D’après cette organisation, nous avons conclu que le roi présidait ici certaines séances. D’autres salles du secteur administratif ne comportent pas ce genre d’aménagements.

Nous avons conclu, dans notre recherche, que la plupart des palais mésopotamiens abritaient des secteurs spéciaux de stockage ou des magasins liés à des secteurs de fonction différente que celle des magasins (secteur officiel ou d’habitation). On stockait, dans les secteurs spéciaux, les divers matériels avant de les transporter aux magasins rattachés aux secteurs où l’on consommait. Cette opération pouvait être répétée selon les besoins de la population qui s’installait dans ces secteurs. La dernière opération était courante dans les bâtiments qui comportaient un secteur spécial de stockage et certaines réserves aménagées dans les secteurs de l’édifice, comme, par exemple, le grand palais de Mari. Ces magasins étaient destinés à stocker les denrées consacrées à la consommation à un court terme.

Trois schémas principaux du secteur des magasins ont pu être déterminés dans les palais mésopotamiens s’étendant de la période de la IIIe dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. Le premier schéma présente des pièces allongées et étroites, placées perpendiculairement à l’espace central sur deux de ses côtés. Le second schéma était identique au précédent en ce qui concerne la forme des pièces, mais il ne possédait pas d’espace central assurant les communications entre les pièces et y distribuant de la lumière.Ce schéma a été identifié dans le palais akkadien de Tell Brak qui disposait également de secteurs de réserves puisque trois de ses espaces étaient entourés de pièces allongées et étroites destinées au stockage. Le dernier schéma est différent du premier et du second : on y trouvait une cour centrale s’ouvrant immédiatement vers l’extérieur ; cette cour permettait d’accéder à un secteur composé de plusieurs unités. Le centre de chaque unité était occupé par un espace central.

Un tel secteur a été identifié dans les autres palais hors Mésopotamie (Proche-Orient et Crète). Ce secteur n’occupait pas le même emplacement dans tous les palais ; il se trouvait soit à proximité de la porte principale, soit à l’intérieur du palais, soit à son extrémité et on y entrait par une porte spéciale La plupart des réserves des palais mésopotamiens étaient allongées et étroites ; certaines réserves du palais G et du palais septentrional d’Ebla étaient organisées de la même manière. Les ailes occidentales des palais de Cnossos et de Malia, en Crète, comportaient des pièces de stockage dont la forme était similaire à celle des magasins des palais mésopotamiens (salles étroites et allongées).

Nous avons identifié, dans notre recherche, que les palais mésopotamiens étudiés dans les deux premières parties et plusieurs autres palais orientaux (palais d’Alalakh VII, palais royal d’Ougarit, palais Q d’Ebla et palais nord de Ras Ibn Hani) comportaient des zones consacrées à l’habitation. Ce qui attire l’attention est la zone que la famille royale habitait : il s’agit des appartements royaux. En effet, le rez-de-chaussée de ces bâtiments a livré des éléments domestiques permettant d’affirmer que les appartements royaux se trouvaient dans ce dernier niveau. Toutefois, d’après l’étude que nous avons faite pour la fonction d’habitation, la résidence de la famille royale ne se situait pas toujours au rez-de-chaussée du palais mais à un étage, puisque nous avons défini qu’il existait, dans la plupart des palais orientaux, des éléments attestant la présence de ce niveau. Les appartements royaux du palais royal de Mari et du palais VII d’Alalakh comportaient une grande salle dont les murs étaient décorés. Les appartements royaux étaient occupés soit par le roi et sa famille (palais royal de Mari, palais d’Alalakh VII et palais royal d’Ougarit), soit par un membre de la famille royale, comme le prince héritier (palais Q d’Ebla), le beau-frère du roi (petit palais oriental de Mari) ou la reine (palais nord de Ras Ibn Hani).

Les palais mésopotamiens et hors Mésopotamie construisaient des cuisines situées aux divers emplacements dans les palais. Les cuisines des palais étaient associées, dans certains cas (palais royal de Mari, palais de Samsi-Addu de Tell Leilan et phase 3 du palais de Tell Asmar), au bloc officiel pour préparer le repas royal qu’on apportait à la salle du trône. Les cuisines d’autres palais (palais nord d’Ibn Hani et palais septentrional d’Ebla) se trouvaient à l’extrémité du palais et étaient trop éloignées de la salle du trône.

L’eau était indispensable dans les palais orientaux. Pour cela, on aménageait des puits fournissant aux palais de l’eau pour les diverses utilisations. Le palais royal de Mari et le palais royal d’Ougarit ont présenté de bons exemples de cet aménagement. D’autres installations hydrauliques existaient dans les palais orientaux. Celles qui nous intéressent, les bassins, étaient construits de briques (palais mésopotamiens) ou de pierres (palais royal d’Ougarit). La présence de bassins d’eau dans les palais était signe de l’existence de jardins à l’intérieur des palais. D’après notre recherche, seul le palais royal possédait un jardin ; peut-être le palais royal de Mari en disposait-il également dans la cour 106, mais seulement à l’époque la plus ancienne de son histoire.

Les palais orientaux connaissaient plusieurs sortes de décorations. Les peintures murales étaient les plus répandues au Proche-Orient (Alalakh VII, Qatna, Megiddo VIII et Ougarit royal). Notre recherche a identifié d’autres genres de décoration dans les palais orientaux, comme celle concernant les podiums (salle 64 du palais royal de Mari) et les trônes (salle du trône du palais septentrional d’Ebla).

Des tombes souterraines étaient aménagées pour les rois dans certains palais orientaux (petit palais oriental de Mari, palais de Tuttul, palais Q d’Ebla, palais VII d’Alalakh, palais royal d’Ougarit), permettant ainsi d’affirmer que des pratiques funéraires s’y déroulaient. D’après notre étude de ces tombes, dans la deuxième partie de notre thèse, il semble qu’il y ait des différences selon les cas. Ces installations ne se trouvent pas au même emplacement : elles étaient aménagées soit dans l’une des deux grandes salles du bloc officiel (Mari et Tuttul), soit dans un secteur près du secteur officiel (Qatna), soit dans une position très éloignée du secteur officiel (Ougarit et Tell Asmar), soit dans une zone d’habitation (Alalakh).

Notre recherche a fait une comparaison entre les palais analysés dans les premières parties et les grandes maisons s’étendant de la IIIe dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. En général, la superficie des palais était plus importante que celle des maisons. Toutefois, il existait certains palais (palais de Qarni-Lim) dont la surface était moins importante que celle des grandes maisons (B 49 de Larsa).

Nous avons déjà souligné qu’un grand nombre de palais mésopotamiens datant de la IIIe dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne étaient percés de nombreuses portes jouant des rôles différents : il s’agissait d’assurer les communications avec le secteur officiel (entrée principale) et avec les secteurs économique et sacré (portes secondaires). De même, certaines maisons (Ur et Larsa) possédaient deux ou trois accès mais la plupart des édifices n’étaient percés que d’une unique porte. En ce qui concerne les modèles des entrées, l’étude comparative que nous avons faite nous a conduit à conclure que les maisons ont bâti des accès identiques aux deux modèles identifiés dans les palais mésopotamiens : des portes en tenailles (maisons B 36, B 56 et B 54 de Larsa) et des portes en chicane (maisons B 59 et B 27 de Larsa).

En examinant le plan des deux genres de bâtiments (palais et maisons), nous avons remarqué que tous les palais et une partie des maisons étaient occupés par un espace central (de forme carrée ou rectangulaire) assurant les communications entre les divers secteurs de l’édifice et fournissant de l’éclairage aux pièces environnantes. L’autre partie des maisons présente un schéma qui ne ressemble pas à celui des palais car il ne dispose d’aucun espace central.

Notre étude du secteur officiel des palais mésopotamiens a permis d’affirmer que chaque secteur officiel comportait deux grandes salles rectangulaires et allongées, installées parallèlement l’une à l’autre. Le secteur de réception était également aménagé dans les grandes maisons privées mais celles-ci n’avaient pas toujours construit deux salles de réception: une partie seulement disposait de deux salles. Dans ce cas, à l’exception d’une partie des salles de réception des maisons d’Ur, qui étaient construites perpendiculairement, toutes les autres salles de réception des dernières maisons ont suivi le même schéma que celui des salles de réception des palais : la première salle était située parallèlement à l’autre. Le reste des grandes maisons privées n’utilisait qu’une seule salle de réception. Il existait, dans les salles de réception des maisons, des matériels différents de ceux des palais mais, en même temps, des installations identiques à celles des palais ont été mises au jour.

Seuls deux palais mésopotamiens (palais royal de Mari et phase I du palais de Tell Asmar) comprenaient des sanctuaires, tandis qu’un plus grand nombre était aménagé spécialement dans les maisons d’Ur. Chacun de ces deux derniers palais mésopotamiens comportait une unique chapelle ; c’est une organisation similaire à celle de certaines maisons d’Ur qui contenaient également une seule chapelle. D’autres maisons d’Ur disposaient, quant à elles, de deux chapelles.

Le secteur des réserves a été identifié avec certitude dans plusieurs palais mésopotamiens. Un tel secteur a pu également être identifié dans les maisons mésopotamiennes. Les banquettes, creusées ou non creusées, retrouvées dans nombre de magasins des palais, étaient destinées à caler les jarres de stockage et ne sont pas apparues dans les grandes maisons privées de la Mésopotamie. En étudiant les magasins des palais, nous avons remarqué qu’une partie d’entre eux contenait des jarres de stockage alors que ces objets n’ont été qu’occasionnellement identifiés dans les maisons mésopotamiennes.

Les tombes ne sont pas présentes seulement dans certains palais mésopotamiens mais aussi dans les maisons mésopotamiennes puisqu’un nombre important de ces derniers monuments possédait des caveaux funéraires afin de recevoir les morts de la famille. Les tombes royales étaient installées sous l’une des deux grandes salles officielles ou sous des pièces destinées seulement aux pratiques funéraires. En effet, une partie des tombes des maisons était aménagée sous les salles de réception, de manière identique à certaines tombes des palais, mais l’autre partie était placée dans un emplacement différent : sous les toilettes.

L’étage était parmi les points que nous avons étudiés dans notre comparaison entre les palais et les grandes maisons privées. L’architecture domestique de Larsa et de Nippur a livré des éléments qui témoignent de l’existence d’un étage : il s’agit de murs épais et de fondations très profondes, destinés à soutenir l’étage. Une autre preuve architecturale de la présence d’un étage peut être présentée par certaines maisons: il existe, dans les débris de ces maisons, des restes d’escaliers en briques mettant en liaison le rez-de-chaussée avec l’étage. L’étage de la maison était consacré à l’habitation, comme celui des palais. Toutefois, l’étage des palais jouait un autre rôle, différent de celui des maisons, puisqu’il abritait aussi les bureaux d’archivage.