1.3.1.2.2 La « prise de risque volontaire » : un concept parfois ambiguë

Les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à prendre volontairement des risques peuvent être multiples, et nous aurons l’occasion d’y revenir à plusieurs reprises dans la suite de ce chapitre. Mais une question nous paraît devoir être isolée ici, car elle permet de saisir toute la difficulté qu’il y a à définir de façon univoque la notion de « prise de risque » comme un comportement volontaire de l’individu.

Le point de départ de cette réflexion concerne la nature du risque auquel le sujet est exposé. A ce niveau, il convient en effet de distinguer, comme le propose Boy (2005), deux types de risques très différents: les « risques évènementiels », qui sont des risques indépendants de l'activité humaine et qui débouchent ainsi sur une forme de prise de risque involontaire (en dépit d’un acte volontaire initial du sujet qui fait qu’il se trouve confronté au risque), puisqu’ils sont par nature « non maîtrisés et inconnus » (l'auteur donne l'exemple du Tsunami qui a frappé l'Asie du sud-est en 2004), et les « risques intentionnels », connus cette fois-ci des sujets lorsqu’ils s’y exposent (et qui sont censés être maîtrisés), et qui débouchent alors sur une prise de risque délibérée des individus. Cependant, même pour cette seconde catégorie de risques, le caractère « volontaire » de cette prise délibérée de risque sera très différente selon qu’il s’agit d’une prise de risque individuelle à des fins de profit personnel (un gain de temps, par exemple), ou que cette prise de risque soit au contraire imposée par la fonction ou par le système dont dépendent l’individu (comme dans le cadre de certaines activités professionnelles « à risque », par exemple : le pompier, le policier, le vulcanologue ou le militaire au combat). Dans ce cas, la prise de risque est inhérente à la fonction et le caractère volontaire de la décision, du point de vu individuel tout au moins, n’est pas toujours facile à cerner de façon univoque.

Si on rapporte ce problème au cas particulier de la conduite d’un deux-roues, il renvoie à la question de « la prise de risque inhérente au simple fait de se déplacer à moto » (nous verrons plus tard que le risque d’accident à moto est infiniment supérieur à celui rencontré en voiture), mais cette forme de « prise de risque », bien que délibérée et volontaire, ne nous paraît pas être tout à fait de la même nature que celle d’un motard décidant de rouler à 200 km/h. sur l’autoroute, ou de se faufiler à vive allure entre des voitures sur le périphérique parisien. Dans le premier cas, on pourrait parler de prise de risque « subie », tandis que dans le second cas, on pourrait dire que le risque est « provoqué » (consciemment ou non, c’est une autre question), par l’attitude et/ou le comportement particulier de l’individu.