1.4.5.3 Expérience de conduite et risque d’accident

En matière de conduite automobile, de nombreuses études - basées sur des données d’accidentologie comme sur des expérimentations sur simulateur - ont montré que le manque d’expérience était un facteur important d’accident au volant (par exemple: Sagberg, 1998 ; Drummond, 2000 ; Mayhew Simpson et Pak, 2003).

Concernant les motocyclistes, l’absence de simulateur moto véritablement fiable et réaliste (ceux-ci font encore en effet l’objet de recherche aujourd’hui) explique que la plupart des résultats publiés concernant les effets de l'inexpérience sur le risque d’accident à moto reposent sur des travaux d’enquête.

L’une des recherches la plus poussée dans ce domaine a été réalisée par Sexton et al. (2004), qui se sont intéressé aux caractéristiques démographiques des motocyclistes accidentés. Dans cette étude, les auteurs ont montré que la probabilité d’être responsable dans les accidents de moto baissait significativement avec l'augmentation de l'expérience (l'expérience était évaluée ici par le nombre d'années de conduite à moto au gré d’une pratique régulière). D’après cette étude, il apparaît (p. 13) également que le taux d'implication dans les accidents passe de 0,5 pour un motard inexpérimenté à 0,35 au cours de la première année, puis à 0,15 après deux ans et demi de pratique. Cette étude montre également que les comportements risqués, comme les manœuvres « acrobatiques » (« Stunt »), semblent être un facteur prédictif d'accidents, surtout lorsqu’ils sont pratiqués par de jeunes motards inexpérimentés, car cela atteste alors d’une tendance de leur part à prendre délibérément des risques au guidon.

Une étude plus ancienne, réalisée en Nouvelle-Zélande par Hull (1981), avait pour sa part montré que le taux d’accident pour les motocyclistes ayant moins de 6 mois de permis était significativement supérieur à celui des motards ayant de 6 à 11 mois d’expérience. Mullin, Jackson, Langley and Norton (1998) ont également montré que les motocyclistes ayant réalisé plus de 10 000 kilomètres à moto avaient un risque d’accident de 48 % inférieur à celui des motards moins expérimentés.

Plus récemment, une étude de Lin (1998) réalisée auprès 4729 motocyclistes a montré que le manque d’expérience était corrélé à la probabilité d’avoir un accident à moto. Des résultats comparables ont été également été mis en évidence par Chesham et al. (1993), ou bien encore par Harrison et Christie (2005).

Pour Haworth et al. (2006, p. 19-20), cela s’explique par le fait que « la perception du danger à moto requiert à la fois des connaissances portant sur les pièges de la chaussée, ainsi que sur la capacité à interpréter et comprendre les comportements des autres usagers ». Selon cet auteur, l’acquisition de telles compétences nécessite une expérience pratique de conduite supérieure à ce que requiert la conduite d’une automobile, expérience qui fait souvent défaut au jeune motocycliste novice ou inexpérimenté, l’exposant ainsi à des réactions trop tardives en cas de survenue d’un événement critique.

A partir d’une expérimentation réalisée sur simulateur de conduite (à notre connaissance, comme à celle des auteurs, il s’agit là d’une des toute première recherche publiée basée sur des données expérimentales), des chercheurs australiens (Liu et al., 2009) ont mis en évidence que les motards expérimentés s'accidentent moins souvent que les motards inexpérimentés et qu'ils donnent de meilleurs évaluations du risque que ces derniers. Au regard de ces résultats, les auteurs concluent que « si les motards expérimentés (comparativement aux motards inexpérimentés ou novices) ont moins d’accidents, c’est parce qu’ils évalueraient mieux le risque, détecteraient mieux le danger, et s’en approcheraient avec une vitesse plus appropriée » (Liu et al., 2009 ; p. 9).

Dans un autre article, issu de la même expérimentation mais dont les données ont fait l’objet d’autres analyses, Hosking et al. (2010) montrent également que les motards non expérimentés sont effectivement plus lents pour détecter le danger, comparés aux motards expérimentés, et que cela pourrait expliquer leur implication plus élevée dans les accidents de la route.

Dans cette Thèse, nous nous intéresserons en profondeur à cette question de la « conscience cognitive du risque » en fonction du niveau d’expérience de conduite des motocycliste, en nous appuyant sur un protocole développé dans cet objectif spécifique, et reposant sur la présentation de séquences vidéo de scènes routières (CRITIC).