1/ Situation du Sujet

1.1. Déficience intellectuelle et dyspraxie verbale : Descriptions cliniques

1.1.1. La déficience intellectuelle

Parmi les thématiques d’étude de la neuropsychologie de l’enfant, les troubles spécifiques développementaux et des apprentissages sont largement dominants en nombre et qualité depuis quelques années. Dans une moindre mesure, la déficience intellectuelle est présente dans la littérature scientifique notamment depuis l’essor de la génétique et la mise en évidence de syndromes. Les premières descriptions du retard mental remontent à environ 1500 avant J.C. à Thèbes (Sheerenberger, 1983). Durant l’histoire des civilisations occidentales, les individus déficients subirent l’esclavagisme, la torture, servirent pour l’entraînement guerrier des chevaliers ou furent brûlés par les religieux voyant en ces personnes de mauvais augures. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle que la société semble vouloir prendre sa part de responsabilités dans ces pathologies. Les patients sont ainsi mieux respectés, même si ce n’est qu’au XXème siècle qu’apparaissent les premiers foyers pour adultes déficients.

Avant de définir et d’approfondir la déficience intellectuelle, un point terminologique semble s’imposer. En effet, actuellement, il est très mal vu, à juste titre, de parler de « débilité mentale » ou d’ « arriération mentale » lorsqu’on évoque la déficience intellectuelle. Ces deux noms sont très chargés affectivement et socialement et ont un écho négatif dans la population générale tout comme le terme de « mongoliens » pour les patients porteurs d’une Trisomie 21. Les termes choisis dans la littérature scientifique sont « retard mental » ou « déficience intellectuelle ». Le corps médical parle également volontiers de « retard psychomoteur » pour le très jeune enfant ou de « retard global des acquisitions ». Le terme de retard mental est celui retenu par les anglophones (mental retardation), mais il peut avoir une connotation positive dans l’esprit des familles à qui le diagnostic est annoncé car l’idée même d’un retard est que l’on doit pouvoir le combler d’une manière ou d’une autre. Or, ce trouble, quand il est avéré, ne se guérit pas malgré les progrès manifestes de l’individu. Il semble plus judicieux de parler de déficience intellectuelle car le cœur du problème de ces patients est bien un déficit du concept d’intelligence. Toutefois, dans ce manuscrit nous parlerons indifféremment de déficience intellectuelle et de retard mental pour éviter les répétitions d’un même terme qui, nécessairement, reviendra très fréquemment.