1.2.1. Revue de littérature sur les théories de l’intelligence

L’Homme a depuis toujours voulu se classer par rapport à son voisin : par la force physique, la richesse ou encore par ses capacités intellectuelles. L’intelligence fut donc un des premiers domaines de recherche en psychologie. Il ne semble pas essentiel à la compréhension de nos hypothèses d’exposer les nombreuses oppositions théoriques sur la nature de l’intelligence qui ont jalonné le XXème siècle. De ce fait, une définition unique et consensuelle apparaît comme relativement peu aisée à extraire de ces débats. Cependant, celle acceptée par cinquante deux psychologues (Gottfredson, 1997) semble bien refléter ce qu’actuellement les professionnels sous-entendent par « intelligence » : « l’intelligence est une capacité mentale très générale qui, parmi d’autres choses, implique l’habileté à raisonner, planifier, résoudre des problèmes, penser arbitrairement, comprendre des idées complexes, apprendre rapidement et à partir de l’expérience ». Deux grands courants se sont opposés et s’opposent encore parfois : les partisans d’un facteur unique et les partisans d’une intelligence multiple. Il semble toutefois que les disparités soient principalement le fait de la conduite des analyses factorielles qui se firent selon des principes différents mais qui, finalement, montrent la même chose (Huteau & Lautrey, 1999). Ainsi, le modèle le plus consensuel aujourd’hui est celui issu des travaux de Carroll (1993) qui mena une méta-analyse sur les données de 460 études. Ce modèle est composé de trois strates (figure I-2) dont la première comprend une trentaine de facteurs primaires, la seconde comprend six facteurs dits de second ordre dont l’intelligence fluide (elle est innée) et l’intelligence cristallisée (elle est acquise et basée sur l’expérience) et la troisième strate, qui fut longtemps le cœur du débat, correspond au facteur général d’intelligence initialement décrit par Spearman (1904).

Figure I-2 : représentation schématique du modèle de Caroll (1993)

A l’opposé de ces théories hiérarchiques qui supposent l’existence d’un facteur général d’intelligence, on retrouve notamment la théorie des intelligences multiples de Gardner (1983). Cette vision pluraliste de l’intelligence isole sept formes principales d’intelligence qui sont indépendantes mais qui peuvent interagir. Gardner s’est basé sur l’existence d’individus qui présentent des traits géniaux dans un domaine bien spécifique et pas dans les autres, et surtout sur les sujets qui présentent des déficiences intellectuelles mais qui ont des dons dans un domaine tels que les autistes ou les calculateurs prodiges. Si on y regarde bien, ces formes d’intelligence correspondent à peu près à certains des facteurs des modèles hiérarchiques. Cette théorie de Gardner est très critiquée car ce que, lui, appelle formes d’intelligence ne correspond finalement qu’à certaines composantes cognitives (exemple les capacités musicales, les capacités kinesthésiques…).