1.2.4. L’hypothèse de la mémoire de travail

1.2.4.1. Modèle théorique de la mémoire de travail

La mémoire de travail est le deuxième candidat le plus sérieux à l’interprétation cognitive du facteur g. La mémoire de travail est un concept clé des modèles cognitifs de la mémoire qui est apparu dans les années 70, notamment suite aux travaux d’Alan Baddeley dont le modèle a longtemps servi de référence théorique. La mémoire de travail se réfère à un système de mémoire spécialisé dans la mémorisation d’informations nécessaires à la réalisation d’une tâche complexe, dont la finalité principale n’est pas la mémorisation en soi de ces informations. Elle a pour fonction le maintien et le traitement d’informations relatives au bon déroulement d’une activité cognitive plus ou moins complexe (Gaonach’ & Larigaudière, 2000). Il existe plusieurs modèles de la mémoire de travail, mais nous ne nous réfèrerons qu’à celui de Baddeley (1986) car l’ensemble des études dans le retard mental s’en sert comme base de travail. Ce modèle postule l’existence de trois systèmes hiérarchisés (figure I-5) : un administrateur central et deux systèmes dits « esclaves », la boucle phonologique et le calepin-visuo-spatial.

La boucle phonologique est en charge du stockage à court terme des informations verbales uniquement. Elle est elle-même composée de deux éléments que sont la boucle articulatoire (processus actif de contrôle reposant sur le langage intérieur) et le registre phonologique (unité de stockage phonologique passive contenant les informations verbales). Les traces mnésiques contenues dans le registre phonologique s’effacent très rapidement (une à deux secondes) si elles ne sont pas rappelées ou rafraîchies. C’est le rôle de la boucle articulatoire que de rafraîchir ces traces et de renvoyer l’information dans l’unité de stockage via un processus de répétition subvocale. Son second rôle est de transcoder une information du langage écrit en code phonologique et de le stocker dans l’unité de stockage. La boucle articulatoire est mise en évidence par l’effet de suppression articulatoire (la répétition d’une syllabe altère la rétention des informations) et l’effet de longueur de mots (il est plus aisé de mémoriser une suite de mots courts que de mots longs). L’existence du registre phonologique est démontrée par l’effet de similarité phonologique (il est plus difficile de mémoriser des éléments phonologiquement proches que des éléments dissemblables), et par l’effet d’écoute inattentive (il est plus difficile de mémoriser une information dans un environnement empli de sons langagiers que dans un environnement silencieux).

Le calepin visuo-spatial assure le stockage de l’information visuo-spatiale. Son architecture fut copiée sur celle de la boucle phonologique avec un espace de stockage passif de l’information (« visual-cache ») et un processus de rafraîchissement de l’information (« inner-scribe »).

L’administrateur central est, pour Baddeley, un système amodal de contrôle disposant de ressources limitées et qui trouve son homologue dans le Système Attentionnel Superviseur (SAS) du modèle de Norman & Shallice (1986). Ce mécanisme possède la capacité de coordonner deux tâches (attention divisée), de prendre en compte sélectivement une cible en inhibant les distracteurs non pertinents (attention sélective), de rompre ou inhiber les automatismes, et de récupérer et manipuler les informations stockées en mémoire à long-terme.

Figure I-5 : Modèle de la mémoire de travail (Baddeley, 1986)