1.2.6.1. La vitesse de traitement de l’information dans la déficience intellectuelle

Les études sur le lien entre le retard mental et la vitesse de traitement de l’information sont relativement anciennes avec notamment de nombreux paramètres ou biais méthodologiques non pris en considération car ignorés de ces chercheurs. Les premières recherches étaient réalisées à partir du paradigme de temps de réaction. Ainsi, Nettelbeck & Brewer (1976) ou encore Vernon (1981) démontrèrent des temps de réaction ralentis chez des adultes déficients, comparativement à des sujets contrôles de même âge mental. Cependant, Lally & Nettelbeck (1977) ne montrèrent pas de différence significative entre sujets déficients (Temps de Réaction moyen = 660 ms) et sujets non déficients (Temps de Réaction moyen = 628 ms) lors d’une tâche de temps de réaction. Plus tard, la tâche de temps d’inspection fut préférée pour démontrer ce ralentissement chez les sujets déficients intellectuels et éviter les nombreux biais méthodologiques inhérents aux épreuves de temps de réaction. Lally & Nettelbeck (1977) montrèrent une différence significative entre le temps d’inspection visuelle des sujets déficients (Temps d’Inspection moyen = 207 ms) et celui des sujets non déficients (Temps d’Inspection moyen = 90 ms environ). Les corrélations générales entre le QI et le temps d’inspection sont autour de - 0.80 dans cette étude. Nettelbeck & Kirby (1983) cités par Lubin & Fernandez (1986) ont montré que les corrélations entre le Temps d’Inspection et le QI sont plus élevées pour les sujets dont le QI est bas comparativement aux sujets dont l’intelligence se situe dans la norme. Ces mêmes résultats furent confirmés par l’ensemble des études sur la vitesse de traitement dans le champ de la déficience. Par exemple, Nettelbeck, Hirons & Wilson (1984) montrèrent des différences de plus de 130 ms entre sujets contrôles (Temps d’Inspection moyen = 117 ms) et sujets déficients intellectuels (Temps d’Inspection moyen = 256 ms). De même Kirby & McConaghy (1986) ont montré une vitesse ralentie pour des sujets à « faible » QI (Temps d’Inspection moyen = 178 ms) et des sujets à fort QI (Temps d’Inspection moyen = 89 ms). Nettelbeck & Lally (1979) démontrèrent que l’augmentation du temps d’inspection chez les sujets déficients intellectuels n’était pas due à un retard de maturation du système perceptif visuel. Pour arriver à cette conclusion, ces auteurs ont comparé les performances à une tâche de temps d’inspection visuelle de sujets déficients et de sujets sains adultes et enfants de même âge mental. Si la maturation du système visuel était en jeux, alors, les temps d’inspection des sujets déficients adultes devraient être inférieurs à ceux des enfants non déficients. Dans cette étude, les Temps d’Inspection des sujets sains sont similaires quel que soit l’âge (Temps d’Inspection moyen adultes = 130 ms, Temps d’Inspection moyen enfants = 141 ms) et sont significativement supérieurs à ceux des sujets déficients (Temps d’Inspection moyen = 236 ms). Ainsi, pour Nettelbeck & McLean (1984) et Nettelbeck, Robson, Walwin, Downing & Jones (1986), le déficit de la vitesse de traitement de l’information dans la déficience intellectuelle est général et se comporte comme une donnée centrale de cette pathologie et n’est pas la conséquence d’une atteinte périphérique (immaturité des systèmes visuels par exemple ou de la mémoire sensorielle).

L’ensemble de ces études a montré un ralentissement de la vitesse de traitement des sujets déficients intellectuels qui n’est contesté par personne. Cependant, on peut remarquer que plusieurs biais existent. Tout d’abord, il faut rappeler l’absence de différenciation syndromique et même l’absence d’identification étiologique des populations. En effet, aucune étude n’a cherché à mettre en évidence des dissociations entre certains syndromes génétiques malgré les dissociations cognitives reconnues. Si de telles dissociations existent, cela peut avoir un effet sur les résultats. D’autre part, les critères de sélection des sujets déficients sont très discutables. Par exemple, dans l’étude d’Anderson & Miller (1998), celle de Nettelbeck & Lally (1979) ou encore celle de Lally & Nettelbeck (1977), les QI peuvent s’étaler de 50 à 81 englobant donc dans les analyses des sujets déficients (QI < 70) et des sujets non déficients mais à faible QI (70-81).