1.4.1. Hypothèses de travail sur la vitesse de traitement de l’information et la mémoire de travail

Comme le soulignent Deary & Stough (1996), l’ensemble des modèles de l’intelligence place le facteur général d’intelligence au sommet de la pyramide. Cependant, dans cette approche factorialiste, il n’est pas mentionné ce qu’est le facteur g en terme de processus cognitif. Pour Anderson (1986), « le déficit cognitif caractérisant le retard mental est dû à un déficit dans ce qui sous-tend les processus généraux du facteur g ». C’est donc dans ce courant de recherche que nous nous positionnons, pour cette première partie, en évaluant la vitesse de traitement de l’information. Il existe de nombreuses études sur les liens entre vitesse de traitement et intelligence au sein de la déficience intellectuelle, que ce soit au travers des paradigmes de temps de réaction ou de temps d’inspection. Mais il existe des biais méthodologiques dans ces études notamment dans celles faisant intervenir les Temps de Réactions, ou encore dans celles de temps d’inspection qui ont choisi un masque non adapté, ou encore des biais concernant le choix des sujets déficients (exemple : QI compris entre 51 et 82 pour le groupe RM dans l’étude de Kirby & Thomas, 1989). De plus, aucune étude n’a tenté de démontrer des ressemblances ou divergences entre les syndromes génétiques responsables de retard mental au niveau de la vitesse de traitement malgré les nombreuses données cliniques et expérimentales sur les dissociations inter-syndromiques pour tout ce qui touche au fonctionnement cognitif. Ainsi, nous supposons que si la réduction de la vitesse de traitement de l’information est réellement la cause du déficit intellectuel alors cela devrait être vrai et de manière identique quel que soit le syndrome (X-Fragile et Trisomie 21). Par contre, on ne devrait pas observer un tel déficit dans la dyspraxie verbale car l’atteinte ne se situerait pas au niveau de l’intelligence mais sur un module cognitif indépendant.

Pour cela, nous avons choisi une tâche de temps d’inspection visuelle en éliminant tous les biais méthodologiques connus. Le choix de tâches très simples comme celle-ci s’est imposé aux chercheurs pour éliminer le plus possible la contribution de processus de haut niveau qui pourraient alors être récupérés par le sujet dans son système cognitif et qui, nécessairement, seraient dépendants de l’environnement et de l’expérience du sujet (Fry et Hale, 2000). L’avantage de ce type de paradigme expérimental est l’absence d’influence de la connaissance, de la culture ou du statut socio-économique qui sont des facteurs qui entrent en jeu dans les tests de QI. La comparaison de deux groupes d’enfants normaux d’âges chronologiques différents a comme objectif de tester une des hypothèses clés du modèle d’Anderson à savoir la stabilité au cours du développement de la vitesse de traitement de l’information, ou sa variation selon le modèle de Fry & Hale (Figure I-6).

Figure I-6 : Evolution de la vitesse de traitement en fonction des âges pour le modèle d’Anderson et pour le modèle de Fry et Hale

Par ailleurs, comme le font remarquer Posthuma & de Geus (2008), il existe deux processus intéressants pour expliquer la nature même du facteur g : la vitesse de traitement de l’information et la mémoire de travail. Cela renvoie au modèle très intéressant de Fry et Hale qui n’a jamais été testé dans le cadre de pathologies du développement telle que la déficience intellectuelle ou la dyspraxie verbale. L’apport de la clinique aux modèles théoriques semble primordial pour confronter ces modèles. Si la cascade de développement des processus, telle qu’imaginée par Fry et Hale, est vraie elle devrait s’appliquer tant chez les sujets sains que chez les sujets présentant des troubles du neurodéveloppement.

De plus, les études testant le modèle en cascade ont, la plupart du temps, utilisé des épreuves telles que les Codes ou Symboles des échelles de Wechsler qui ne sont pas spécifiques de la vitesse de traitement de l’information selon nous et qui font intervenir d’autres facteurs comme la motricité, la mémoire à court-terme ou encore les capacités visuo-spatiales. Aucune étude, à notre connaissance, n’a testé ce modèle à l’aide d’une tâche de temps d’inspection visuelle.

L’étude de la mémoire de travail dans la dyspraxie verbale sera intéressante car cette pathologie est un sous-type de trouble spécifique du langage oral avec préservation des capacités intellectuelles (Rapin & Allen, 1983). Si la mémoire de travail est altérée dans les dyspraxies verbales comme cela a été démontré dans certaines dysphasies (Gathercole & Baddeley, 1993), le modèle en cascade de Fry et Hale serait contredit car une atteinte de la mémoire de travail devrait être associée à une atteinte des capacités de raisonnement.