A4.2. Cas N° 2 : Chiara

Chiara est adressée à l’âge de 10 ans 4 mois en consultation neuropsychologique. Elle est scolarisée en CLIS après un CP et un redoublement de la Grande Section de Maternelle. Il est rapporté un retard du développement psychomoteur (marche à 18 mois) qui s’apparente actuellement à un Trouble d’Acquisition de la Coordination avec des élements de dyspraxie développementale. Le langage fut également tardif. Actuellement, un diagnostic de dysphasie a été porté par son orthophoniste. Chiara est suivie en rééducation orthophonique et en psychomotricité.

Le premier test psychométrique (10 ans 4 mois) montre les résultats notifiés au tableau A4.3.

Quotient Intellectuel Global Non calculé
Indice de Compréhension Verbale 55
Indice de Raisonnement Perceptif 75
Indice de Mémoire de Travail 64
Indice de Vitesse de Traitement  62
Tableau A4.3 : Résultats globaux et détaillés du 1ertest de QI
EPREUVES Note Standard / 19
Similitudes 1
Vocabulaire 3
Compréhension 4
Cubes 5
Identification de concept 5
Matrices 8
Mémoire des Chiffres 4
Séquences lettres-chiffres 4
Code 1
Symboles 4

Les capacités intellectuelles de Chiara sont faibles et si on s’en tient aux seuls scores des indices, cela va dans le sens d’un déficit intellectuel. Cependant, le détail des scores aux subtests montre que Chiara possède des capacités de raisonnement analogique dans la moyenne attendue pour son âge (NS = 8/19 pour Matrice). Cela n’est pas compatible avec un diagnostic de retard mental. Cette analyse est confirmée par le second test psychométrique réalisé à l’âge de 12 ans 7 mois (tableau A4.4).

Quotient Intellectuel Global Non calculé
Indice de Compréhension Verbale 76
Indice de Raisonnement Perceptif 81
Indice de Mémoire de Travail 56
Indice de Vitesse de Traitement  50
Tableau A4.4 : Résultats globaux et détaillés du 2nde test de QI
EPREUVES Note Standard / 19
Similitudes 7
Vocabulaire 5
Compréhension 5
 
Cubes 5
Identification de concept 7
Matrices 9
 
Mémoire des Chiffres 3
Séquences lettres-chiffres 1
 
Code 1
Symboles 1

Ce second bilan psychométrique écarte le diagnostic de déficience intellectuelle pour Chiara malgré la faiblesse des indices. Les capacités de raisonnement analogique visuel seront également évaluées à l’aide des Matrices Progressives Standard de Raven où Chiara obtient un score correspondant à la moyenne des élèves de 3ème soit au dessus de son âge chronologique et de son niveau scolaire. La dysphasie est également mise en évidence lors de ce test psychométrique tout comme la dyspraxie. La mémoire à long-terme de Chiara est altérée dans les deux modalités visuelle et verbale. Chiara présente également un trouble de la mémoire à court-terme auditivo-verbale qui a des répercussions sur sa mémoire de travail (empan de chiffres endroit = 3 et empan de chiffres envers = 2). La mémoire à court-terme visuo-spatiale est meilleure (empan endroit Bloc de Corsi = 6) tout comme la mémoire de travail dans sa composante visuo-spatiale (empan envers Bloc de Corsi = 6).

Le temps d’inspection visuelle estimé pour Chiara est de 51 ms. On peut donc conclure que ce temps est faible et que cela correspondrait à une vitesse de traitement relativement correcte même si nous n’avons pas de normes.

Conclusion 

Le cas de Chiara est intéressant car il montre bien que chez une jeune fille présentant des difficultés cognitives assez globales tant sur le plan langagier que praxique, l’intelligence fluide peut être préservée. Il est également très important, pour confronter les modèles de l’intelligence, de noter que, tout comme dans le cas précédent, l’Indice de Vitesse de Traitement du WISC IV est très faible et pourtant les capacités de raisonnement logique sont préservés. Nous arrivons aux mêmes conclusions que précédemment, à savoir le caractère impur des épreuves de l’Indice Vitesse de traitement pour évaluer la vitesse de traitement de l’information. De plus, notre mesure de la vitesse de traitement chez Chiara semble correcte ou du moins non déficitaire d’après ce que l’on peut observer chez les sujets déficients intellectuels. Le modèle d’Anderson ne peut donc être remis en question avec le cas de Chiara pour les mêmes raisons que pour le cas de Marie. La mémoire à court-terme et la mémoire de travail auditivo-verbales sont très faibles chez Chiara. Malgré cela, on remarque l’indépendance de l’intelligence fluide (qui est préservée) par rapport à ces processus (déficitaires). Ainsi, une atteinte de la mémoire à court-terme verbale ne génère pas nécessairement un trouble de l’intelligence.