Deuxième partie : Des objets statistiques aux objets d’enseignement de la statistique en milieu scolaire

1. Introduction de la deuxième partie

Par cette deuxième partie, revenons à notre problématique de départ qui était, rappelons-le, de traiter de l’éducation statistique et de la formation de l’esprit statistique à l’école primaire en France par une étude exploratoire de quelques caractéristiques de situations inductrices d’un enseignement de la statistique au cycle III. Pour prolonger notre recherche, l’exploration des différents aspects du fait statistique, accompagné de la pensée et de l’esprit statistiques, nous oblige maintenant à reconnaître l’idée d’un objet statistique perçu en tant que fait statistique scolaire. Nous approfondirons donc ici, ce dernier en portant notre analyse sur la mise en œuvre effective de son enseignement à l’école élémentaire. Pour cela, il sera nécessaire de centrer auparavant notre étude sur un état des lieux parcourant plusieurs étapes successives.

Dans un premier temps, nous reviendrons sur l’évolution des demandes institutionnelles, au travers des attentes des évaluations PISA, du contenu des programmes de l’école primaire, pour ensuite la confronter à la réalité des pratiques en cours : premières investigations menées concernant les contenus des manuels scolaires (COUTANSON, 1999), portant sur le collège (44 ouvrages ), le lycée (75 ouvrages) et l’école élémentaire (9 manuels de CE1 et de CM2) et se référant également aux programmes du collège.

Dans un deuxième temps, nous examinerons les représentations des acteurs : celles des étudiants de Sciences de l’Éducation de Lyon2 qui se destinent en grande partie à des métiers d’enseignement par le biais de deux études : d’une part (COUTANSON, 1995), ceux qui assistaient au cours de licence lors de l’enquête et d’autre part (REGNIER, 2006), ceux qui ont suivi un enseignement à distance, celles des enseignants de l’école primaire au travers de leurs perceptions de la statistique, de la possibilité de l’enseigner à l’école (COUTANSON, 2004) et enfin celles des élèves : sondage et essais déjà conduits en classe portant sur des situations impliquant un esprit statistique (COUTANSON, 1996,1998a, 1998b).

Enfin, dans un troisième temps, nous ferons le point des recherches didactiques engagées dans ce sens. Remarquons que l’intérêt de cette deuxième partie dépasse un simple état des lieux des pratiques de la statistique en tant qu’objet actuellement traité à l’école élémentaire. Elle se propose d’établir une première explication en réponse au paradoxe patent entre, d’une part, la nécessité d’un enseignement de la statistique qui entre dans le fait scolaire, censé répondre à la présence d’un fait statistique, et de l’autre la faiblesse évidente de cet enseignement à l’école primaire. De plus, cette étape s’imposait à nous, comme passage indispensable à l’organisation d’une formation personnelle à la recherche dans ce domaine, et aux illustrations didactiques d’un enseignement de la statistique. Quels sont les éléments essentiels d’une situation proposée aux élèves, que l’on peut ranger sous la dénomination statistique ? Quelles seraient les compétences indispensables à attendre des élèves du primaire, sorte de Savoir Minimum Statistique (SMS), compétences qui devraient être installées durant l’apprentissage des élèves à l’école élémentaire ; ceci dans l’idée d’aménager un lien cohérent avec les programmes du collège et pour permettre enfin, de structurer la partie 3 de cette étude, qui étudie les manuels scolaires des élèves du cycle III de l’école élémentaire (COUTANSON, 2004, 2006) ainsi que ceux de la préparation au Concours de Recrutement des Professeurs des Écoles (COUTANSON, 2008).