15.9 Discours sur les images

Les termes décrivant les images sont souvent forts : « impressionnantes, de mauvaise qualité, effrayantes, horribles ». « Des images terribles et parfois difficiles à supporter»817, « le plus marquant, le plus choquant même ce sont ces images que nous avons reçues en pleine figure depuis plusieurs jours de la mort instantanée de plusieurs milliers de personnes à chaque fois au même endroit au même moment»818. La dramatisation s’exprime ici dans la violence associée à la réception des images (« reçues en pleine figure »). Le journaliste Michel Scott parle du pouvoir des images face à celui des mots (« plus marquant, plus choquant »). Ce pouvoir des images, comme le caractère inattendu de l’événement, sont soulignés dès le premier jour, dans le premier sujet diffusé. Celui-ci commence avec quelques images filmées en Inde (Tamil Nadu). C’est au bout de quelques secondes qu’intervient le commentaire du journaliste Nicolas Escoulan. Son intervention est d’autant plus intéressante qu’elle semble s’inscrire dans la continuité de ce que montrent les images. Il commence, en effet, en disant : « Et ce n’est qu’une réplique du raz de marée […] », comme si les images avaient déjà parlé d’elles-mêmes et qu’il ne faisait que poursuivre le tragique constat. D’ailleurs, les discours sur les images concernent bien souvent la question de leur impact sur le public, en particulier les enfants : «Mais ils ont reçu de plein fouet les images de la catastrophe et une semaine plus tard, elles sont toujours là », « Les plus jeunes se sont aussi montrés très sensibilisés face à ce drame. En vacances la semaine dernière, ils ont pu voir à la télévision les terribles images de ces raz de marée»819, « Cette parole là il faut qu'ils nous la restituent et, nous devons à partir de cette parole, dialoguer, rétablir des vérités, donner des explications»820.

Figure 175
Figure 175

20:04:40:55

Figure 176
Figure 176

20:04:44:94

Il y a une forme de « mise en abyme »821avec d’un côté un discours sur les images et de l’autre côté de nombreux plans sur lesquels on observe les gens en train de regarder la télévision où défilent des images du tsunami. L’exemple des deux plans précédents (figures 175 et 176) diffusés le 16 janvier 2005 montre une famille, notamment des enfants, réunis devant la télévision, les yeux fixés sur l’écran. Sur le second plan, sept membres d’une famille regardent les informations sur le tsunami. Elles sont toutes debout (sauf une petite fille assise à droite de l’écran), le regard dirigé sur la télévision. Cette position debout peut sembler inattendue puisque, le plus souvent, on regarde la télévision assis. On est ici dans une logique d’élaboration d’un métalangage avec une réflexion sur le rôle de la télévision dans le contexte de catastrophe, ce qui va dans le sens des analyses que nous avons pu formuler au cours de cette thèse (enmettant en lumière les autoréférences faites par TF1). Umberto Eco le souligne par ailleurs : « La caractéristique principale de la néotélévision, c’est le fait qu’elle parle de moins en moins du monde extérieur (ce que la paléotélévision faisait ou feignait de faire). Elle parle d’elle-même et du contact qu’elle est en train d’établir avec son public »822.

Notes
817.

Lancement sujet n°3 du 1er janvier 2005, par Laurence FERRARI.

818.

Duplex de Michel SCOTT depuis Tissamahamara (Sri Lanka) diffusé le 2 janvier 2005.

819.

Lancement du sujet n°19 de Bénédicte DELFAUT diffusé le 4 janvier 2005.

820.

Discours d'Anne SCHEINERT, directrice de l'école Louise Michel à la Courneuve, dans le cadre du sujet n°19 de Bénédicte DELFAUT, diffusé le 4 janvier 2005.

821.

Au sens de Gide.

822.

ECO (1989), p.197