Université Lumière Lyon 2
Ecole Doctorale : Lettres, Langues, Linguistique et Arts
Centre de recherche en Langues et Cultures Européennes
Les motifs mythologiques antiques et bibliques dans la poésie de RDA
Günter KUNERT, Sarah KIRSCH et Uwe KOLBE
Thèse de Doctorat en Étude germaniques
Sous la direction de Jean-Charles MARGOTTON
Présentée et soutenue publiquement le 13 décembre 2010
Membres du jury :
Christian KLEIN, Professeur des universités, Université Paris 10
Ralf ZSCHACHLITZ, Professeur des universités, Université Lyon 2
Marie-Hélène QUEVAL-SCHUMM, Professeur des universités, Université du Maine
Jean-Charles MARGOTTON, Professeur émérite

Contrat de diffusion

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[Remerciements]

Ce travail n’aurait sans doute jamais vu le jour sans le soutien précieux de ma famille, de mes amis et de mes collègues des Universités de Saint-Etienne et de Lyon 2, qui n’ont eu de cesse de me prodiguer encouragements et conseils tout au long de ces années. Je tiens à remercier tout particulièrement le professeur Jean-Charles Margotton pour son encadrement si motivant, attentif et chaleureux, qui m’a permis de surmonter les nombreux obstacles propres à l’écriture de la thèse.

Les journées d’études et séminaires organisés par les groupes de recherche de l’Université Lumière Lyon 2 « Mythe et littérature » et « Recherche sur l’Allemagne contemporaine » sous la direction des professeurs Jean-Charles Margotton, Jacques Poumet et Ralf Zschachlitz, ainsi que les séances de travail au sein du GRECA de l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne ont été l’occasion pour moi de confronter mon travail aux remarques et critiques bienveillantes des participants et de l’enrichir ainsi constamment. Que mesdames Blandine Chapuis, Patricia Desroches-Viallet, Sandrine Dubosson-Meldener et Laurence Guillon soient particulièrement remerciées pour leur relecture attentive et leurs encouragements.

Enfin, mes pensées vont à mes grands-parents qui m’ont accueillie tant de fois lors de séjours de recherche à Berlin et qui ont été, d’une certaine manière, à l’origine de ces travaux de thèse, sans oublier mon compagnon Frédéric, qui, par son soutien moral et logistique de tous les instants, m’a permis de mener à bien cet ouvrage.

[Epigraphe]

Für meine Großeltern Ingeborg und Herbert aus Potsdam und für Tante Ilse

Les motifs mythologiques antiques et bibliques dans la poésie de RDA : Günter Kunert, Sarah Kirsch et Uwe Kolbe

Mots-clés : mythologie, mythème, poésie de RDA, Günter Kunert, Sarah Kirsch, Uwe Kolbe, réalisme socialiste, postmodernité, sémiotique, thétique.

Ce travail explore les modalités de l’intégration de motifs mythologiques antiques et bibliques dans la poésie de RDA. Dans un premier temps sont explicitées les notions de mythe, de mythème et d’« héritage culturel » socialiste. Ensuite sont étudiées les théories de Marx sur le rapport à la culture des siècles passés, qui mettent en valeur une pensée dialectique d’intégration puis de dépassement de l’héritage culturel, sans en rechercher la pure abolition. En témoignant un mépris certain envers les mythes, les autorités culturelles est-allemandes procèdent donc à une surinterprétation des positions de Marx. Si la politique culturelle fait montre d’une attitude schizophrène en instrumentalisant les mythes pour consolider le pouvoir, tout en les dépréciant du fait de leur caractère non rationnel, dans les faits on observe un succès considérable de la matière mythologique dans la littérature de RDA, et en premier lieu dans la poésie. L’étude des motifs mythologiques dans les œuvres de Günter Kunert, Sarah Kirsch et Uwe Kolbe permet de souligner que le recours à cette tradition ouvre la voie, en poésie, à la modernité, puis à la postmodernité. L’emploi des mythes s’articule autour des notions de liberté et de contrainte, que nous mettons en relation avec les concepts du sémiotique et du thétique de Julia Kristeva, afin de montrer que, lorsqu’elle utilise les mythes, la poésie est-allemande développe une esthétique de résistance à la doxa sous toutes ses formes. La reprise de mythes dans la poésie de RDA situe souvent cette dernière dans l’esthétique postmoderne, mais il s’agit d’une postmodernité contrainte, négative, car elle atteste à la fois la difficulté de comprendre le monde contemporain, soumis à l’éclatement du sens, et l’absurdité autodestructrice du régime est-allemand. Finalement, la quasi-disparition des mythes dans la poésie des années quatre-vingt peut se lire comme l’échec de l’idée utopique d’un monde amendable.

Antique and biblical mythological motives in GDR poetry: Günter Kunert, Sarah Kirsch and Uwe Kolbe

Keywords: mythology, mytheme, GDR poetry, Günter Kunert, Sarah Kirsch, Uwe Kolbe, socialist realism, postmodernism, semiotic, thetic.

This work explores how antique and biblical mythological motives are integrated into GDR poetry. First, the notions of myth, mytheme and socialist “cultural heritage” are clarified. After that are studied Marx’s theories on how we relate to the culture of the past centuries. The latter focuses on how to integrate dialectically and then surpass the cultural heritage, but with no intention to abolish it. By showing outward contempt for the myths, the East German cultural authorities overinterpret Marx’s positions. If the cultural policy shows a schizophrenic attitude by manipulating the myths to consolidate the power, while depreciating them because of their non rational nature, in fact one can observe the great success of the mythological material in GDR literature, especially in poetry. The study of the mythological motives in the work of Günter Kunert, Sarah Kirsch and Uwe Kolbe highlights the fact that resorting to this tradition in poetry has paved the way for modernity, then for postmodernism. The reference to myths implies the notions of liberty and restraint, that we relate to Julia Kristeva’s concepts of semiotic and thetic. Indeed, the aim is to show that, when referring to the myths, GDR poetry develops an aesthetics of resistance to doxa in every way. The recourse to myths in GDR poetry places it in a postmodern aesthetics, but a constrained, negative one, for it attests both the difficulty to understand the contemporary world, exposed to the splitting of sense, and the self-destroying absurdity of the East German regime. Finally, the fact that myths in GDR poetry from the eighties have almost disappeared can be read as the failure of the utopian idea of an improvable world.