Des remarques qui précèdent découle la problématique que nous avons choisi de suivre : il s’agira donc de définir la place et la valeur du mythe dans une littérature socialiste, et d’étudier les mécanismes en jeu dans son utilisation par les poètes de l’Allemagne de l’Est11. La présentation de la problématique, qui se veut pour l’instant globale, fait l’objet d’un approfondissement dans la première partie de ce travail dédiée aux cadrages méthodologiques, qui explicite d’une part le concept d’intertextualité, et, d’autre part, les rapports entre mythe et langage poétique à partir des théories exposées par Julia Kristeva dans son ouvrage La révolution du langage poétique 12.Comme nous l’avons vu plus haut, le point de départ de notre problématique est le constat de l’ampleur du phénomène de la réception des mythes antiques et bibliques dans la littérature de RDA.
Dans notre étude, nous souhaitons nous pencher sur la question de l’interpénétration de la politique culturelle, que nous qualifierons de doxa, entendue comme l’opinion émanant d’une hiérarchie, instituée en dogme et véhiculée par une partie de l’intelligentsia du pays, avec une littérature critique, voire d’opposition. Cette interpénétration se manifeste notamment au travers de l’emploi des mythes, dont nous avons déjà souligné le caractère problématique dans un État qui dit se fonder sur les préceptes du marxisme-léninisme. Notre démarche vise donc à aborder la question de la réception du mythe à deux niveaux qui interagissent : celui de la sphère littéraire officielle et celui de la littérature critique. Précisons ici que nous sommes bien évidemment consciente du fait que la littérature de RDA ne peut être réduite à un antagonisme simpliste entre une littérature progouvernementale, que nous qualifierons d’affirmative, et une littérature d’opposants. Non seulement il existe différents degrés dans toute démarche d’engagement quelle qu’elle soit, mais en plus cet antagonisme repose uniquement sur des critères politiques, qui ne sont pas valables d’un point de vue scientifique tant qu’ils ne sont pas mis en relation avec d’autres critères. Ainsi, notre choix de privilégier la littérature d’opposition à une littérature plus consensuelle n’est pas motivé par des raisons politiques ou idéologiques, mais du fait des qualités esthétiques et réflexives que présente la première par rapport à la seconde. Nous nous appuyons en cela sur l'idée défendue par le professeur et critique Hans Mayer, qui a vécu quelques années en RDA, que la culture n'est créative que si elle est en désaccord avec la doxa :
‘Les créations et les influences les plus productives de la culture allemande sont l'œuvre de personnes qui ont dit non, de marginaux, assurément d'enfants issus de milieux très modestes.13 ’Si cette position peut paraître quelque peu caricaturale, il est vrai qu’en ce qui concerne la poésie de RDA, force est de constater que la littérature critique ou la littérature d’opposition est souvent de plus grande qualité que la littérature affirmative. Que le lecteur nous permette d’insister sur ce point, nous n’avons pas choisi d’étudier certains auteurs plutôt que d’autres du fait de leurs prises de position politiques, mais il se trouve que les auteurs les plus intéressants pour notre sujet sont ceux qui ont pris leurs distances avec le régime en place.
Après ces quelques observations qui nous semblent d’importance, nous allons détailler les deux niveaux d’analyse que nous avons retenus, celui, générique, de la doxa, que nous qualifierons également de discours thétique14,et celui, individuel, de la réponse d’un auteur, d’une personnalité particulière, à cette doxa. Dans un premier temps, nous souhaitons déterminer comment les mythes sont perçus d’un point de vue théorique par les instances officielles de la culture en RDA, dont font partie le Ministère de la culture, fondé en 1954, l’Académie des Beaux-arts et la Fédération des écrivains. Soulignons d’emblée que les travaux de recherche menés à l’heure actuelle en France partent souvent du postulat d’une perception négative, alors qu’en Allemagne cette thèse est sujette à caution. Par conséquent, notre propos est d’étudier cette question en adoptant une démarche scientifique et d’étayer notre raisonnement par différents types de documents (articles, dictionnaires, discours…). Nous avons tout d’abord procédé à une lecture systématique des deux revues littéraires est-allemandes les plus importantes de l’époque, Sinn und Form et Neue deutsche Literatur, l’organe de la Fédération des écrivains. Nous avons ensuite consulté les écrits de Marx abordant la mythologie, afin de déterminer si la politique culturelle menée en RDA était en accord avec les écrits du philosophe ou si elle était le produit des communistes au pouvoir. Les conclusions de ces réflexions font l’objet de la deuxième partie du présent mémoire.
Ce premier niveau entre donc en interaction avec celui des auteurs pris individuellement. En utilisant des motifs issus de la mythologie, ceux-ci se raccrochent à une tradition a priori dévalorisée par les communistes dogmatiques, comme nous allons le voir plus tard. La culture pouvant être conçue comme une réponse à une attente formulée très clairement en RDA par le cadre officiel, on peut se demander quelles sont les conséquences de la continuité d’une certaine tradition, à travers la reprise d'éléments mythologiques, dans une société qui se veut nouvelle et éclairée. Rappelons que c’est à partir de la Renaissance que l'emploi de motifs mythologiques dans la littérature et l'art en général est devenu courant. En ce sens, les écrivains est-allemands n’ont pas fait preuve, à première vue, d’une grande originalité en puisant dans le réservoir des mythes. Ce qui nous intéresse alors, c’est de déterminer les spécificités de leur utilisation du mythe dans le cadre d’un système précis, celui de la RDA. Ainsi, le fait d’avoir recours aux mythes au XXe siècle n'a assurément pas la même signification qu'à l'époque baroque par exemple, où c'était pour le poète un moyen de faire preuve d'érudition.
Les troisième, quatrième et cinquième parties, dédiées à l’étude des motifs mythologiques dans des œuvres poétiques individuelles, celles de Günter Kunert, Sarah Kirsch et Uwe Kolbe, constituent le deuxième axe majeur de ce travail. Il est à noter que le traitement du mythe induit des questionnements qui dépassent largement le cadre de la politique culturelle. En effet, nous nous sommes rapidement aperçue du fait que le mythe permet aux auteurs de réfléchir aux notions de contrainte et de liberté, que ce soit sous un angle politique, historique, social, philosophique, religieux, enfin esthétique. Les motifs mythologiques semblent cristalliser l’ensemble des tensions qui naissent dans la confrontation entre les structures thétiques, autoritaires d’une civilisation et les pulsions sémiotiques, libératrices des individus vivant en communauté. Les concepts de « thétique » et de « sémiotique », essentiels à notre analyse, seront définis plus précisément dans la partie suivante, qui se consacre à la définition des notions méthodologiques utilisées dans ce travail. Toutefois, nous pouvons d’ores et déjà en donner une définition partielle : la sphère du thétique renvoie aux structures-cadres de la civilisation, notamment aux lois juridiques, au langage, aux règles morales et aux discours dogmatiques, dont font partie le discours religieux ou idéologique. Le sémiotique quant à lui désigne tout ce qui se rattache au corps, à la sphère pré-langagière, à l’inconscient, aux pulsions instinctives.
Il s’agit en somme de relier deux perspectives d’approche des textes poétiques, l’une fondée sur des critères esthétiques, l’autre sur des critères socio-historiques, dans la mesure où nous souhaitons montrer que les écrivains de RDA questionnent sans cesse le monde dans lequel ils écrivent, avec un sérieux qui les distingue sans doute de leurs collègues de RFA :
‘On peut se demander également si l’on a jamais parlé avec autant de sérieux du passé et de l’avenir dans notre République Fédérale [que ne l’a fait Bobrowski ; C. F.]. Plus on s’aventure dans l’esprit de ces poèmes, plus on est conforté dans l’idée qu’il est de notre devoir [à nous, les Allemands de l’Ouest ; C. F.], dans notre propre intérêt, de nous mesurer à eux, si nous ne voulons pas sombrer dans un optimisme superficiel ni nous contenter d’une existence insouciante […].15 ’Peut-être a-t-on eu tendance par le passé à exagérer ce lien de dépendance entre la littérature et le contexte sociopolitique, mais il est sans nul doute plus fort dans l'ex-bloc de l'Est qu'à l'Ouest16. Notre problématique repose en partie sur le postulat que la poésie de RDA a valeur de document historique. Si l’on peut penser que toute œuvre littéraire apporte un témoignage sur l’époque dans laquelle elle a vu le jour, c’est particulièrement vrai pour la littérature est-allemande, étant donné qu'il n'existe pas, en RDA, de liberté de la presse et que les professeurs, journalistes, critiques et chercheurs universitaires ne sont pas libres de publier ce qu'ils souhaitent. Le champ littéraire devient dès lors ersatz de l’espace public (Ersatzöffentlichkeit), un espace où peut s’épanouir une relative liberté d’expression. C’est en ce sens que l’on est en droit de considérer les œuvres littéraires de RDA comme des sources historiques, de véritables archives, des témoignages à valeur historique sur la réalité de la vie en Allemagne de l’Est :
‘La signification de la littérature de RDA comme ersatz d’espace public fait l’objet aujourd’hui d’un consensus. Au cours des vingt-cinq dernières années de la RDA, la partie critique de la littérature a pris progressivement la fonction d’un forum alternatif, qui abordait un grand nombre des problèmes tus par la presse, ces derniers devenant ainsi objets d’un débat public.17 ’À cela s’ajoute le fait que la production littéraire ayant largement dépendu du système politique, elle s’est trouvée en quelque sorte protégée des lois exogènes de l’institution du marché, ce qui justifie également la prise en compte de la littérature de RDA sous un angle socio-historique18.
Nous avons dit que notre approche des textes serait double, à la fois socio-historique et esthétique, ce qui, il faut le signaler, reste une démarche originale dans la recherche actuelle sur la littérature de RDA, du moins celle menée en Allemagne. En effet, la germanistique allemande privilégie souvent, depuis la réunification, une approche politique, voire idéologique. Si l’aspect de la contribution des œuvres à une critique sociale ne sera pas absent de notre travail, nous nous attacherons cependant à souligner les qualités esthétiques de la poésie est-allemande, souvent négligées, parfois même non reconnues. Il s’agit au-delà de poser la question de la qualité esthétique de la littérature engagée. Le mythe offre en cela une perspective intéressante, puisqu’il permet d’étudier le choc qui se produit au sein du texte poétique entre une tradition symbolique millénaire et une écriture à la fois moderne dans son style (éclatement, distorsion, ellipse, ruptures grammaticales) et au niveau des pensées (écologie, libération du corps, rejet de l’idéologie), comme nous le verrons plus tard.
Comme nous l’avons évoqué précédemment, la qualité esthétique de la littérature est-allemande fait l’objet de nombreuses polémiques depuis la réunification. L’une d’elle oppose notamment les chercheurs qui voient dans la littérature de RDA une littérature à part entière, comparable à celle de la RFA ou de l'Autriche, à ceux qui souhaitent à tout prix l'intégrer dans l'ensemble plus vaste de la littérature de langue allemande d'après 194519. La question sous-jacente dans ce débat est bien sûr d’ordre politique, ce qui explique l’ampleur qu’il a pu prendre. Reconnaître la littérature de RDA comme une littérature autonome et pas seulement comme une sous-catégorie de la littérature allemande, c’est reconnaître que la RDA a été plus qu’une simple étape éphémère dans l’Histoire de la RFA, un État d’égale valeur. En fait, il apparaît très vite que la majorité des débats sur la littérature est-allemande qui ont eu lieu ces vingt dernières années est liée à des considérations politiques. Depuis la Wende, le consensus sur le niveau élevé de la littérature de RDA a été levé. Nombreux sont ceux qui la dénigrent et la réduisent au rôle d'esclave de la politique culturelle officielle et donc du SED : « ‘Esthétique d'opinion’, et même : ‘kitsch d'opinion’, ‘littérature du statu quo’ et littérature comme ‘sédatif’ sont par exemple les mots clés de ces attaques20 ». Il paraît clair que certains critiques et chercheurs laissent leurs opinions politiques prendre le pas sur une méthode d'analyse scientifique et objective. Un jugement tel que celui de Karl Robert Mandelkow, selon lequel la littérature est-allemande est « une littérature de système clos, écrite par des citoyens de la RDA pour des citoyens de la RDA21 » nous paraît symptomatique de cette attitude partiale. Près de vingt ans se sont écoulés depuis la chute du Mur, il est donc plus que temps de revenir à une attitude de distance critique par rapport à l'objet étudié et de définir des critères précis pour l'évaluation de ses qualités esthétiques. Il serait par ailleurs souhaitable de remettre en question les préjugés qui font d'une poésie politique une poésie forcément mauvaise. D'une part, la poésie de RDA ne saurait être réduite à une poésie politique au sens de poésie affirmative, d'autre part, la poésie politique n'exclut pas nécessairement, selon nous, la réflexion poétologique, le jeu avec les mots et les formes.
Certes, il ne faut pas non plus tomber dans l'excès inverse et prétendre que l'ensemble de la littérature de RDA est de grande qualité. Selon Joachim-Rüdiger Groth, la médiocrité de tout un pan de la littérature est-allemande s’explique justement par le fait qu’elle servait à alimenter le débat public :
‘Cet état de fait [la littérature comme ersatz d’espace public C. F.] peut être rapproché d’une « aide existentielle ». Le fait que, dans ces circonstances, ce n’étaient pas toujours des critères esthétiques qui constituaient un texte, tient aux prémisses et aux conditions spécifiques du marché littéraire. De nombreux auteurs écrivaient de la littérature utile au sens noble du terme et ils avaient ainsi une action d’une grande importance.22 ’Nous avons souligné auparavant qu’une littérature politique n’est pas nécessairement médiocre. Cela dit, nous sommes d’accord avec Joachim-Rüdiger Groth pour penser que, comme le domaine littéraire échappait relativement à la loi de la rentabilité, il est vrai qu’une œuvre médiocre, mais avec un message politique ou idéologique important, avait plus de chances d’être publiée en RDA qu’en RFA, d’où un certain nombre de publications que l’on peut qualifier de surprenantes. Dans le domaine de la poésie, étant donné la quantité importante de recueils publiés, il n'est pas étonnant de trouver par moments de la mauvaise poésie. Même des auteurs reconnus comme Karl Mickel ou Volker Braun ont pu écrire de « mauvais » poèmes à leurs débuts, des textes débordants de pathos révolutionnaire et ampoulés. Gregor Laschen constate ainsi que, chez ces auteurs nés entre 1933 et 1945, qui réclament avec enthousiasme l’avènement d’une nouvelle ère socialiste au début des années soixante :
‘le pathos du départ vers cette « terre nouvelle » est identique au pathos du vocabulaire, à une manière de s'exprimer très énergique et souvent emphatique.23 ’De manière générale, on observe que lorsque les auteurs suivent de trop près les directives données par les instances officielles de la culture, lorsqu’ils tentent de conformer leurs idées à des schémas de pensée préconstruits, le résultat est plutôt décevant. À titre d’exemple, voici un extrait d’un poème de Ruth Berlau, qui suit à la lettre le slogan proclamé lors de la première conférence de Bitterfeld en avril 1959, « Les poètes à la production ! » :
‘aber die Liebe muß gesondertCe texte, qui laisse songeur tout amateur de poésie, illustre à merveille les excès d’une poésie idéologique, qui s’épuise dans l’application de directives extérieures au champ littéraire.
Nous verrons plus loin que nous analyserons également le traitement des motifs mythologiques dans les textes poétiques que Günter Kunert et Sarah Kirsch ont composés après leur installation en Allemagne de l’Ouest, dans la mesure où nous considérons que les années passées à l’Est continuent d’influencer leur écriture même de l’autre côté de la frontière.
Julia Kristeva, La révolution du langage poétique. L’avant-garde à la fin du XIX e siècle : Lautréamont et Mallarmé, Paris, Éditions du Seuil, 1985.
Hans Mayer, « Kultur ist immer ein Werk der Neinsager », in : Die Zeit, le 04.01.80. « Die deutsche Kultur ist in ihren produktivsten Schöpfungen und Prägungen das Werk von Neinsagern gewesen, von Außenseitern, ganz gewiß von Kindern der kleinen Leute. »
Nous reprenons ce terme de l’ouvrage de Julia Kristeva cité à la note 12. Il sera explicité dans la première partie du mémoire, dédiée à la définition des notions méthodologiques (1.4.2.).
Brigit Lermen, Matthias Loewen, Lyrik aus der DDR: Exemplarische Analysen, Paderborn, Ferdinand Schöningh Verlag, 1987, p. 432. « Es fragt sich auch, ob in der Bundesrepublik überhaupt je mit solchem Ernst von Vergangenheit und Zukunft gesprochen worden ist [wie Bobrowski es getan hat; C. F.]. Je mehr man in den Geist dieser Gedichte eindringt, desto mehr festigt sich der Gedanke, daß wir [die Westdeutschen; C. F.] uns um unser selbst willen mit ihnen beschäftigen müssen, wenn wir nicht einem flachen Optimismus und gedankenlosem Dahinleben verfallen wollen […]. »
Voir à ce propos Wolfgang Emmerich, op. cit., p. 18-19. L'exagération du lien de dépendance entre la littérature de la RDA d'un côté et le cadre sociopolitique, les exigences des instances officielles de la culture d’un autre côté, a mené, selon Emmerich, à des impasses dans la recherche en germanistique. Ainsi, certains chercheurs ont voulu démontrer qu'il existait un lien de causalité entre la proclamation de normes esthétiques par le Ministère de la culture et l'écriture des œuvres littéraires, – en vain. Uwe Wittstock affirme même que les décisions officielles ne perturbaient pas l'évolution de la littérature de RDA, uniquement l’histoire des publications. Les auteurs sûrs de leur art écrivaient leurs œuvres comme bon leur semblait, les laissant simplement plusieurs années de côté avant de pouvoir les publier. Si cette position de Wittstock nous semble exagérée, il a raison de souligner le décalage existant entre les proclamations culturelles officielles et la date de parution des ouvrages. Les idées véhiculées dans les œuvres étaient effectivement souvent dépassées au moment de leur parution. Uwe Wittstock, Von der Stalinallee zum Prenzlauer Berg: Wege der DDR-Literatur 1949-1989,München, Piper, 1989, p. 15. Une trop grande attention portée à la chronologie de la politique culturelle peut dès lors fausser l'observation de l'évolution des choix esthétiques des écrivains et de leurs préoccupations majeures. C’est pour cette raison que nous ne retracerons l’évolution du concept d’« héritage culturel » que dans ses grandes lignes dans notre première partie, sans nous attarder sur des détails qui apparaîtraient à terme comme insignifiants.
Joachim-Rüdiger Groth, Widersprüche: Literatur und Politik in der DDR 1949-1989. Zusammenhänge, Werke, Dokumente, Frankfurt am Main, Lang Verlag, 1994, p. 204. « Die Bedeutung der DDR-Literatur als Ersatzöffentlichkeit ist heute unbestritten. In den letzten fünfundzwanzig Jahren der DDR gewann sie in ihrem kritischen Teil zunehmend die Funktion eines alternativen Forums, das viele der von den Medien verschwiegenen Probleme aufgriff und damit zu einer öffentlichen Angelegenheit machte. » On peut tout de même s’interroger sur le degré d’autonomie de ce forum alternatif, étant donné que le marché de l’édition était sous le contrôle exclusif de l’État jusqu’à la fin des années soixante-dix. Nous pensons que l’ersatz d’espace public était moins un contre-pouvoir qu’une soupape de sécurité tolérée par l’État, qui permettait de surveiller les opposants potentiels et d’ôter aux citoyens toute velléité de confrontation directe, en leur donnant l’illusion d’une relative liberté d’expression.
Ulrich Schmidt, « Abschied von der ‘Literaturgesellschaft’? Anmerkungen zu einem Begriff », in : Literatur in der DDR: Rückblicke. Text + Kritik, Heinz Ludwig Arnold (éd.), München, 1991, p. 50.
Wolfgang Emmerich, op.cit., p. 24-26. Emmerich expose très clairement les tenants et aboutissants de cette polémique. Lui-même s'oppose à une intégration pure et simple de la littérature de RDA dans celle de RFA ou dans l'ensemble plus vaste de la littérature de langue allemande, faisant remarquer à juste titre que la distinction entre les deux littératures allemandes, largement acceptée avant 1989, ne saurait être remise en question du fait de la disparition du régime politique est-allemand.
Id., p. 13. « ‘Gesinnungsästhetik’, ja: ‘Gesinnungskitsch’, ‘Stillhalteliteratur’ und Literatur als ‘Sedativ’ hießen z. B. die Stichwörter der Anklage. »
Cité par Emmerich, op. cit., p. 26 : « eine Literatur des geschlossenen Regelkreises, geschrieben von Bürgern der DDR für Bürger der DDR ».
Joachim-Rüdiger Groth, op. cit., p. 204.« ‘Lebenshilfe’ trifft den Sachverhalt. Dass unter diesen Umständen nicht immer ästhetische Kriterien einen Text konstituierten, hängt mit den spezifischen Prämissen und Bedingungen des Literaturbetriebs zusammen. Viele Autoren schrieben im besten Sinne Gebrauchsliteratur, und sie bewirkten damit sehr viel. »
Gregor Laschen, Lyrik in der DDR: Anmerkungen zur Sprachverfassung des modernen Gedichts, Frankfurt am Main, Athenäum Verlag, 1971, p. 101. « Das Pathos des Aufbruchs in dieses ‘Neuland’ ist identisch mit der Pathetik des Vokabulars, der forschen, oft überzogenen Sprachgeste. »
Ruth Berlau, « Liebe ist eine Produktion », in : Liebesgedichte, Gisela Steineckert, Ost-Berlin o. J., 1961, p. 23. Cité par Gregor Laschen, op. cit., p. 111.