1.5. État de la recherche

Cette cinquième sous-partie se consacre à l’analyse de la littérature critique traitant du problème de la réception du mythe dans la littérature de RDA. Nous avons choisi de classer les articles, les essais et les thèses publiés sur ce sujet par ordre chronologique, pour que puisse être dégagée une évolution dans l’appréhension de l’objet de la recherche. Les études globales, comme celle de Volker Riedel, ne seront évoquées que succinctement, car elles s’éloignent trop de la problématique que nous avons définie.

On peut d’ores et déjà proposer quelques remarques à propos du corpus étudié. On observe tout d’abord que la littérature critique n’échappe pas à un certain regard partisan, qu’elle soit est-allemande ou ouest-allemande. Wolfgang Emmerich écrit à ce propos : « Le défaut peut-être déterminant de la recherche sur la littérature de RDA tenait à sa politisation protéiforme et généralisée110 ». Bernhard Greiner remarque ainsi que la recherche passe outre aux nouvelles approches méthodologiques (comme la socio-littérature, les méthodes psychanalytique et structuraliste) et aux nouvelles réflexions théoriques (sur le concept de littérature, de fiction, d’herméneutique), ce qui bien sûr lui porte préjudice111. Greiner pense que les germanistes qui travaillent sur la littérature de RDA le font par affinité politique ou à cause de la fascination qu’exerce sur eux un système politique contraire à leurs propres convictions. Cette confusion entre l’intérêt pour l’expérience socialiste et l’intérêt pour la littérature a fait oublier que les textes, avant de refléter une situation politique et sociale, étaient avant tout des œuvres littéraires.

Ainsi, les universitaires est-allemands Dorothea Gelbrich et Rüdiger Bernhardt tombent à plusieurs reprises dans le même travers que la censure, qui est d’identifier le jugement politique et le jugement esthétique, comme nous allons le voir. De même, le critique ouest-allemand Heinz-Peter Preußer s’attache à démontrer la perversion idéologique du mythe chez certains auteurs de RDA, sans apprécier la valeur esthétique des textes. En règle générale, la littérature secondaire aborde l’utilisation du mythe sous un angle politique, idéologique, mais très rarement esthétique. Par ailleurs, les études traitent de la réception du mythe soit dans l’ensemble de la littérature de RDA, soit en choisissant les mythes les plus utilisés (Prométhée, Ulysse, Hercule, Cassandre), soit en étudiant quelques auteurs précis (entre autres Christa Wolf, Heiner Müller, Irmtraud Morgner). Seule la thèse de Karl Heinz Wüst se consacre uniquement au genre poétique, mais elle ne traite que partiellement de l’emploi du mythe par les poètes.

-Dorothea Gelbrich :

La thèse de Dorothea Gelbrich sur la réception de la mythologie dans la poésie de RDA112, publiée en 1974, nous intéresse au plus haut point, car il s’agit de la seule thèse est-allemande traitant ce sujet. Si son travail a le mérite d’affronter une question jusque-là pratiquement ignorée de la critique, il est néanmoins fortement orienté idéologiquement, ce qui explique que nous attachons moins d’importance aux analyses esthétiques de Gelbrich qu’à la façon dont elle les expose. Aussi, nous avons pris le parti de ne pas résumer ses travaux dans cette partie dédiée à l’état de la recherche : nous préférons évoquer son approche dans la partie suivante, lorsque nous discuterons la question de la position des instances officielles de la culture sur le sujet du mythe113.

-Franz Fühmann :

L’essai de Franz Fühmann intitulé « Das mythische Element in der Literatur114 », paru en 1975, ne traite pas de la réception du mythe dans la littérature de RDA, mais de la nature du mythe en général. Il faut cependant évoquer cette analyse, car elle est sans nul doute connue des poètes que nous évoquerons plus tard. En effet, Fühmann est une figure importante de la scène littéraire en RDA. Cet ancien soldat nazi, envoyé dans une école de dénazification après la guerre, s’installe en RDA en 1949. Dévoué au socialisme, il travaille plusieurs années comme fonctionnaire de la culture, avant de devenir écrivain. Peu à peu, il se fait critique vis-à-vis de l’État et devient le mentor de jeunes écrivains controversés, tels que Wolfgang Hilbig, Uwe Kolbe et Christa Moog.

C’est à partir de 1965 que Franz Fühmann se tourne vers le matériau mythologique, ce qui lui permet à la fois de se libérer d’une conception dualiste et déterministe du monde et d’introduire l’univers du rêve, de l’imaginaire dans ses écrits, dès lors plus réussis d’un point de vue esthétique. König Ödipus, publié en 1966, est la première œuvre qui témoigne de ce revirement politique et esthétique. Dans son essai « Das mythische Element in der Literatur », l’écrivain montre que le mythe est proche de la vie, car il en conserve les contradictions, contrairement au conte, fondé sur un système moral de dichotomies, où s’opposent le bien et le mal, la laideur et la beauté...115 Le mythe se réfère toujours à la réalité, tout en ne racontant que des choses irréelles : il possède une fonction pragmatique pour l’homme. En effet, l’individu connaît des expériences subjectives, qu’il ne peut toutefois comprendre que grâce à des comparaisons. De même, ces expériences ne peuvent être partagées avec une autre personne qu’à la condition d’être objectivées dans une comparaison. Or, les comparaisons les plus simples, qui s’imposent d’emblée à l’esprit, sont fournies par les mythes, leurs images très anciennes, lourdes d’expérience. En permettant l’objectivation des expériences individuelles, le mythe constitue le trait d’union entre l’individu et la communauté humaine, entre la vie psychique intérieure et la vie sociale extérieure116.

À première vue, Franz Fühmann ne développe pas une théorie nouvelle du mythe, puisqu’il reprend les réflexions théoriques de C. G. Jung. Cependant, cet essai est d’une grande importance en ce qui concerne la réception du mythe en RDA. En effet, Fühmann est l’un des premiers écrivains à lancer le débat sur l’utilisation du mythe dans les années soixante-dix. Il remet ainsi en question le concept d’« héritage culturel » défendu par la politique culturelle socialiste, selon lequel les auteurs doivent perpétuer dans leurs écrits la tradition du classicisme de Weimar ou celle de la littérature soviétique, et dédaigner les mouvements jugés décadents, formalistes, comme le Romantisme. De plus, en reliant les mythes à la psychologie des profondeurs, au concept d’inconscient collectif, Fühmann a le mérite d’introduire dans le débat littéraire des notions qui sont loin d’être courantes en RDA, même si elles sont déjà présentes, de manière non théorisées, dans les œuvres des poètes que nous allons étudier. L’essai que nous évoquons montre que la réception du mythe en RDA ne va pas de soi, ce qui tend d’ores et déjà à renforcer l’hypothèse d’une méfiance des autorités face à la matière mythologique.

-Rüdiger Bernhardt :

Signalons tout d’abord que les textes principaux auxquels nous faisons référence dans les pages suivantes sont cités en annexe. En 1983 paraît l’ouvrage de Rüdiger Bernhardt intitulé Odysseus’ Tod – Prometheus’ Leben: Antike Mythen in der Literatur der DDR 117. Bernhardt se donne pour objet d’étudier les mythes les plus utilisés dans la littérature de RDA, c’est-à-dire ceux d’Ulysse, de Prométhée, d’Hercule, et, dans une moindre mesure, celui de Sisyphe. Il prend surtout en compte la poésie et le théâtre. Bernhardt souhaite d’une part démontrer par ses analyses qu’il y a un processus de distanciation et de rejet progressifs des figures d’Ulysse et de Prométhée. La réception des figures mythologiques, positive au départ, évolue vers une approche très critique, puis vers le rejet du héros. Cette évolution ne concerne ni Hercule, l’allégorie constante du travailleur dans toute sa gloire, ni Sisyphe, qui n’apparaît que dans les années soixante-dix et avec lequel le sujet poétique s’identifie facilement, selon lui. D’autre part, Bernhardt défend l’idée qu’il existe une logique dans la succession des figures mythologiques. Le personnage d’Ulysse, tombé définitivement en disgrâce chez les poètes à la fin des années soixante118, est remplacé par Prométhée119, qui subit un sort semblable avant de céder la place à Hercule120 et à Sisyphe.

Les critiques Theo Mechtenberg, Michael von Engelhardt et Michael Rohrwasser, dont nous allons parler plus tard, arrivent aux mêmes conclusions que Rüdiger Bernhardt concernant l’évolution de la réception des mythes d’Ulysse et de Prométhée. En résumé, les poètes exilés sous le IIIe Reich, parmi eux Becher, Fürnberg, Huchel et Brecht s’identifient à Ulysse. Le personnage mythique symbolise à merveille la douleur de l’exil, mais aussi le rôle marginal de l’intellectuel, qui a le courage de quitter sa patrie pour ses idéaux. Puis, dans les premières années de construction de la RDA, les poètes recourent au personnage d’Ulysse comme aventurier, héros curieux tourné vers l’inconnu. Le poème d’Erich Arendt « Ulysse’s weite Fahrt » (1950) illustre parfaitement cette supplantation du héros de Homère, intelligent et avide de retrouver son foyer, par celui de Dante121. Au cours des années soixante, on remarque effectivement une critique progressive d’Ulysse, très marquée dans la pièce Philoktet de Heiner Müller mais aussi dans le poème de Karl Mickel « Odysseus in Ithaka » (1966).

On remarque le même processus de détachement progressif envers le mythe de Prométhée. Ce dernier, victorieux des dieux, est une « figure révolutionnaire idéale122 ». Sa lutte contre les divinités devient le symbole de la lutte du prolétariat contre les exploiteurs. Par exemple, dans le poème « Prometheus » (1940) de Johannes R. Becher, le Titan représente la force soviétique délivrant l’humanité de l’emprise des anciens dieux (nazisme, capitalisme). C’est l’ambivalence de la symbolique du feu, à la fois force révolutionnaire de la masse, force de production contrôlée, mais aussi instrument de destruction, qui va permettre l’évolution critique de la réception du mythe au cours des années soixante. Dans son poème « Prometheus » publié en 1970 dans le recueil Wir und nicht sie, Volker Braun insiste sur le caractère dangereux du feu, mais croit encore dans la domestication du feu socialiste comme moteur de progrès. En revanche, dans le poème « Schwester des Prometheus’ », publié en 1979 dans le recueil Training des aufrechten Gangs, Braun fait ses adieux au mythe, en dénonçant à travers Prométhée l’immobilisme d’un État de fonctionnaires qui pratiquent l’autosatisfaction.

Cependant, la thèse de Bernhardt de la succession chronologique des mythes entre eux, parfaitement huilée, paraît critiquable. En effet, l’universitaire est-allemand affirme que le mythe d’Ulysse n’est plus utilisable, au début des années soixante, pour exprimer la situation de la RDA, ce qui ouvrirait la voie à Prométhée123. Il cite à titre d’exemple le poème d’Arendt « Odysseus’ Heimkehr » de 1962, sorte de contrepoint pessimiste au texte de 1950. Or, selon lui, le statut de modèle de Prométhée est remis en cause dès le poème « Prometheus » (1964) de Georg Maurer, processus radicalisé par Braun ensuite. Le mythe de Prométhée aurait donc connu la grandeur et la décadence en deux ans ? Que faire des poèmes sur Prométhée très positifs, élégiaques, de Becher, Fürnberg, Huchel, parus dans les années quarante et cinquante ? Comment classer par ailleurs les poèmes de Günter Kunert « Nausikaa I » et « Nausikaa II », publiés en 1970 dans le recueil Warnung vor Spiegeln, qui ne critiquent pas Ulysse, mais lui donnent un sens nouveau ? Dans ces textes, le je poétique s’identifie à Ulysse, qui célèbre la sensualité et la sexualité, et se livre entièrement aux plaisirs du moment, tout en étant conscient de la vanité de tout espoir, de l’échec de l’utopie :

‘Nackt kommt dem Ankömmling
das andere Geschlecht entgegen:
phallisches Blühen,
gefördert von der Hitze
des Mittags.
[...]
Leben ist und Tod ist
ganz einfach: ein zahnloses Dahocken
zum Schluß, den Blick
aufs reglose Meer, den Rücken
am rissigen Fels, kein Erwarten mehr,
kein Hoffen [...].124

D’autres poèmes ne cadrent pas avec le schéma proposé par Rüdiger Bernhardt, comme le poème d’Uwe Berger « Prometheus » (1968), qui idéalise la figure de Prométhée et que le critique rejette tout simplement comme inadapté à son temps. Au regard de ces discordances, il nous semble plus conséquent de parler avec Wolfgang Emmerich d’un changement de paradigme dans la réception des héros mythologiques au cours des années soixante-dix. Les figures de la lumière et du plaisir telles qu’Apollon et Aphrodite (fréquents dans la poésie de Georg Maurer) et les fondateurs de la civilisation, Prométhée et Hercule, cèdent la place aux personnages ambigus, problématiques que sont Sisyphe, Ulysse125, Icare, Dédale et Cassandre, ainsi qu’Orphée et Marsyas, les représentants de l’art au destin tragique126. Bien sûr, il ne s’agit que d’une évolution sommairement esquissée, mais qui nous paraît plus conforme à la réalité des textes poétiques. Nous reviendrons plus en détail sur une approche chronologique de la réception des motifs mythologiques dans la poésie est-allemande au point 2.2.4. de notre deuxième partie.

Par ailleurs, Rüdiger Bernhardt porte un regard souvent partial sur les textes. Ainsi, on cite souvent sa critique agressive et injustifiée de la pièce de Stefan Schütz Odysseus’ Heimkehr, qu’il qualifie d’inutile :

‘Quand en plus on utilise sur cette île recouverte d’escarres, agonisante, un vocabulaire qui ne correspond pas aux groupes sociaux antagonistes mis en scène, mais qui renvoie clairement à notre présent, la comparaison historique établie par cette pièce d’inutile devient destructrice, ce que l’on ne saurait accepter.127

De même, son analyse de la réception du mythe de Sisyphe est sujette à caution. Ce mythe renvoie généralement à l’idée que tout travail, tout effort est dénué de sens. Or, on sait l’importance de l’apologie du travail en RDA, ce qui explique l’irrecevabilité du mythe pour la critique littéraire. Bernhardt tente d’intégrer le mythe dans la littérature socialiste en s’appuyant sur les poèmes « Sisyphos » de Hans Brinkmann (1981) et « Lob des Sisyphus » (1980) de Heinz Kahlau. Il voit dans ces textes l’apparition d’un sens nouveau donné au mythe ; Sisyphe devient le symbole du travailleur qui retrouve le sens de sa tâche, un sens qu’elle n’avait perdu qu’en apparence du fait de sa répétition inlassable :

‘La jeune génération de poètes trouva en Sisyphe un symbole qui permettait de montrer comment, dans une activité dénuée de sens en apparence, se projettent en réalité la durée et la continuité d’un processus historique qui nous dépasse par ses dimensions.128

Au regard des textes eux-mêmes, cette analyse nous paraît témoigner de l’effort dérisoire auquel se livre l’universitaire de concilier des textes qu’il apprécie sans nul doute avec l’exégèse idéologique que lui impose son statut. Remarquons pour conclure que si Bernhardt ne s’attache pas à étudier la valeur esthétique des textes qu’il cite et s’en tient souvent à une analyse du contexte, il a cependant le grand mérite de travailler sur un corpus conséquent et d’être un des pionniers de la recherche sur la réception du mythe dans la littérature de RDA.

-Volker Riedel :

Citons rapidement l’ouvrage de Volker Riedel Antikerezeption in der Literatur der DDR 129 paru en 1984, qui propose un catalogue très détaillé des mythes utilisés dans la littérature de RDA. Riedel s’applique à replacer les œuvres traitant de motifs mythologiques dans leur contexte historique et social et à travailler dans une perspective comparative sur des thématiques larges, comme la guerre de Troie. Étant donné l’ampleur de son domaine de recherche, il ne peut qu’avoir une approche globale des textes qu’il cite. Son travail se révèle donc utile pour une vue d’ensemble de la réception du mythe et pour retrouver les occurrences d’un mythe précis, grâce à un index des noms propres très complet. Il faut noter également la parution d’un recueil intéressant en 1996130, qui rassemble divers articles et conférences de Riedel sur la réception des mythes en Allemagne de l’Est. Outre des analyses inédites sur les figures féminines privilégiées par cette réception, sur l’héritage de Winckelmann dans les recueils de photographies que publie Erich Arendt sur le monde méditerranéen, ou encore sur la place des mythes dans la poésie de Becher, Riedel pose les jalons d’une approche heuristique de la réception des mythes, à partir du constat de la diversité des disciplines concernées, notamment la philologie, la sociologie, l’histoire et bien sûr la littérature131.

-Theo Mechtenberg :

Deux articles importants, publiés en 1985 dans les revues ouest-allemandes L80 et Deutschland Archiv, suivent l’ouvrage de Rüdiger Bernhardt. Il s’agit des travaux de Theo Mechtenberg, Michael von Engelhardt et Michael Rohrwasser, déjà évoqués précédemment. L’article de Theo Mechtenberg132 reprend en grande partie les thèmes abordés par Rüdiger Bernhardt. Ainsi, son article se divise en quatre parties, qui décrivent l’évolution de la réception des mythes d’Ulysse, de Prométhée, d’Icare et de Sisyphe dans la poésie de RDA. À la différence de Bernhardt, Mechtenberg ne traite pas du mythe d’Hercule, qu’il considère à raison comme peu représenté dans la poésie, et le remplace par Icare. La problématique posée par l’article rejoint celle de Bernhardt, dans la mesure où Mechtenberg se demande si la réception des mythes dans la poésie correspond à un processus de détachement. Comme nous l’avons vu, il arrive aux mêmes conclusions que le critique est-allemand sur Ulysse et sur Prométhée. En ce qui concerne Sisyphe, qui apparaît en poésie dans les années soixante-dix, son analyse diffère de celle de Bernhardt : Sisyphe n’est pas le travailleur qui retrouve le sens caché de sa tâche et de sa vie au moment où il amène le rocher en haut de la montagne. Il voit au contraire en Sisyphe le héros mythologique idéal dans lequel peuvent se retrouver les jeunes poètes comme Uwe Kolbe, qui se sentent perdus dans une société qu’ils n’ont pas choisie.

L’intérêt de l’article de Theo Mechtenberg réside avant tout dans sa réflexion sur la réception du mythe en général dans un État socialiste. Il souligne l’aspect fondamentalement paradoxal de cette réception. D’un côté, la Révolution d’Octobre est vue par les communistes comme la victoire sur le mythe et la croyance, sur l’antiquité et le christianisme, les fondements traditionnels de l’Occident. D’un autre côté, on assiste à une refondation mythique de l’Histoire du socialisme, qui se traduit en poésie par le culte des héros socialistes. Lorsque ces héros sont comparés aux héros mythologiques, le paradoxe atteint son apogée. Dans les années cinquante, on observe une réception positive des mythes par les poètes est-allemands, notamment chez Johannes R. Becher et Louis Fürnberg, qui s’oppose à celle de Brecht, beaucoup plus critique. Mechtenberg expose ensuite la position brechtienne sur la question de l’héritage culturel, qui plaide pour une rupture dialectique d’avec la tradition.

-Michael von Engelhardt et Michael Rohrwasser :

L’article de Michael von Engelhardt et Michael Rohrwasser133 propose plus une réflexion théorique sur les mythes et leur réception qu’une analyse précise de textes. Les auteurs constatent tout d’abord le succès considérable de la matière mythologique, représentée dans tous les genres littéraires. Cette observation entre en contradiction avec le jugement de la politique culturelle, qui dénonce le mythe comme étant anhistorique, apolitique et opposé aux idéaux de l’Aufklärung. Les deux universitaires soutiennent la thèse inverse de la nature politique du mythe : il est « l’arsenal de la politique » et « participe aux controverses visant une légitimation politique »134. Plus loin, ils remarquent que fixer le sens d’un mythe, c’est le condamner. C’est ainsi qu’ils expliquent la destitution de Prométhée par Cassandre, le premier ayant peu à peu été réduit au rôle de défenseur acharné de l’Aufklärung et donc de la raison, de laquelle la société industrielle se réclame135.

-Karl Heinz Wüst :

La thèse de Karl Heinz Wüst Sklavensprache: Subversive Schreibweisen in der Lyrik der DDR 1961-1976 136, publiée en 1989, aborde en partie notre sujet. Dans une première partie, Wüst expose les débats qui ont marqué l’évolution du genre poétique et les replace dans le contexte de la politique culturelle officielle. Ensuite, dans une deuxième partie, il étudie le double langage de la « poésie critique137 » et les procédés qu’elle utilise pour élaborer une critique de l’État, malgré la surveillance constante des instances de censure. Selon lui, la société de la RDA, caractérisée par un haut degré de politisation et par l’omniprésence d’une politique culturelle qui vise à répandre la culture dans tous les domaines de la société, constitue un sol fécond pour le développement et le fonctionnement des allusions critiques, qui, par ailleurs, ne peuvent atteindre leur but si l’auteur et le récepteur ne partagent pas un savoir commun138.

Dans la suite de son travail, Wüst analyse dans l’ordre les formes paraboliques (comparaisons, paraboles, fables et allégories), les allusions (littéraires, historiques et mythologiques), les styles déviants de la norme imposée (Arendt, Huchel) et les microstructures (les métaphores, les ellipses, la polysémie et les dédicaces) comme autant de procédés d’écriture subversifs. Il décrit enfin les thèmes généraux appréciés par la poésie critique : le rapport de l’homme à la nature, le rejet du concept d’harmonie véhiculé par la poésie de la nature socialiste, la critique de la technologie, une nouvelle conception du travail, la position de l’individu dans le collectif socialiste...

En ce qui concerne la réception du mythe en RDA, Karl Heinz Wüst partage l’avis de Michael von Engelhardt et de Michael Rohrwasser, selon lequel le mythe était vu avec méfiance par les fonctionnaires de la culture. Le problème principal de cette assertion réside dans le fait qu’elle n’est jamais prouvée, seulement pressentie par ces auteurs.

L’analyse proprement dite des allusions mythologiques et de leur portée subversive est plutôt réduite. Wüst ne fait qu’évoquer brièvement les héros Ulysse, Prométhée et Sisyphe à partir de quelques textes poétiques : il cite Erich Arendt et Karl Mickel pour Ulysse, Volker Braun et Mickel pour Prométhée et Günter Kunert, Uwe Kolbe et Christa Alten pour Sisyphe. Il montre en outre que l’utilisation des mythes sert souvent une conception pessimiste de l’Histoire, et il s’en tient pour le reste à la critique des analyses de Rüdiger Bernhardt ou de Hans Koch, qu’il soupçonne avec raison de manque d’objectivité. Certes, étant donné l’ampleur des procédés que Wüst analyse, on ne peut lui reprocher de passer rapidement sur les allusions mythologiques. Cependant, il ne propose pas vraiment de réflexion sur les modes d’intégration du mythe dans le poème et surtout sur les éléments qui permettent de voir dans le mythe un discours subversif.

-Heinz-Peter Preußer :

À l’instar de Michael von Engelhardt et de Michael Rohrwasser, Heinz-Peter Preußer souligne la nature politique du mythe dans son ouvrage Mythos als Sinnkonstruktion: Die Antikenprojekte von Christa Wolf, Heiner Müller, Stefan Schütz und Volker Braun 139. En revanche, il considère le mythe comme un moyen privilégié pour construire une idéologie. Il met en exergue deux caractéristiques du mythe : sa propension à produire du sens et à unifier, uniformiser, ainsi que la terreur, la violence latentes qu’il recèle dans sa capacité à produire un discours idéologique140. Ces deux aspects favorisent l’appropriation idéologique du mythe, son instrumentalisation. Cette position rappelle bien sûr la méfiance que le mythe entraîne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans son travail, Preußer ne s’intéresse pas à retracer l’historique de l’évolution des thèmes et motifs mythologiques. Il souhaite montrer, chez les quatre auteurs qu’il a choisis, les mécanismes de sélection qui jouent dans leur réception de l’antiquité et la construction idéologique qui en découle141. Certes, cet ouvrage ne concerne pas directement notre sujet, car il s’appuie sur l’étude d’œuvres romanesques et théâtrales. Mais Heinz-Peter Preußer ne s’en tient pas à une analyse de textes, il propose aussi une approche théorique du mythe et de son utilisation par les auteurs socialistes.

Depuis la Wende, Preußer a toujours soutenu la thèse que le discours d’une critique de la civilisation qui se développe en RDA à partir des années soixante-dix contient des éléments idéologiques douteux. Dans son article écrit en collaboration avec Richard Herzinger, il affirme que :

‘la critique de la civilisation dans la littérature renforce un discours de légitimation qui tente de sauver le noyau de l’utopie socialiste, menacé par la banqueroute du socialisme réellement existant, et elle développe de plus une argumentation qui justifie la perpétuation de l’État socialiste, que son idéologie officielle n’est plus capable de fournir.142

Herzinger et Preußer soulignent notamment les affinités entre les discours de Heiner Müller, de Christa Wolf d’une part et d’Oswald Spengler, d’Adam Müller d’autre part. Selon eux, le discours critique sur la civilisation reprend des modèles de pensée conservateurs, comme l’idée de la décadence de la civilisation occidentale, la dichotomie entre culture et civilisation et le ressentiment à l’égard d’une société libérale, fondée sur le phénomène de masse et de la commercialisation à tout va143. Il nous semble que les auteurs sur-interprètent ce qu’ils appellent les dérives romantiques régressives et irrationnelles du discours critique sur la civilisation et sur la technologie que développe la littérature de RDA. Le reproche qu’ils font aux écrivains de RDA d’avoir soutenu et stabilisé l’État socialiste par leur discours critique nous paraît exagéré. On peut difficilement nier qu’ils aient, pour certains, attaqué avec virulence le système du socialisme réellement existant et on ne saurait par exemple remettre en cause la sincérité de la critique engagée par les poètes Günter Kunert ou Heinz Czechowski. Nous aurons l’occasion de débattre à nouveau de la question de l’aspect régressif du recours aux motifs mythologiques lors de l’étude consacrée à l’œuvre de Günter Kunert et d’Uwe Kolbe.

Cette parenthèse nous semblait nécessaire pour comprendre l’ouvrage de Heinz-Peter Preußer sur la réception de l’antiquité chez Christa Wolf, Müller, Schütz et Braun. Il faut encore préciser que Preußer ne résume pas le mythe à la représentation de la terreur et de la violence du monde pré-moderne dans lequel il a surgi. En effet, le mythe est également porteur de rationalisation, dans la mesure où il peut construire du sens144. Mais il diffuse de la peur et il préserve cette peur mythique, originelle, dans notre époque éclairée en la transposant en littérature. C’est cette peur esthétisée, qui découle de la tension entre la terreur contenue dans le mythe et la rationalisation entreprise dans l’acte de transposition littéraire, qui est fonctionnalisée. Preußer affirme que :

‘même quand le mythe rationalise, il travaille sous le diktat de la totalité, sous la contrainte de la ressemblance et de la création volontaire, voire arbitraire, d’identités de substances.145

Plus simplement, le mythe lui apparaît comme un instrument idéologique, car il établit des comparaisons arbitraires entre deux éléments qui n’ont rien en commun, qu’il les relie dans une identité créée de toutes pièces, constituant ainsi un système sémantique fondé sur des prémisses fausses. Heinz-Peter Preußer met en évidence, sans doute à juste titre, le danger que représente la manipulation du mythe et la réduction de sa polysémie. Cependant, on peut lui reprocher de ne pas aborder le mythe sous l’angle du jeu et du plaisir, de l’imaginaire, des dimensions qui ont sans nul doute leur place dans les œuvres qu’il analyse. Nous pensons qu’il tombe à plusieurs reprises dans le travers de la dénonciation catégorique, oubliant de cultiver l’ambiguïté propre au mythe.

-Marie-Elisabeth Lüdde :

Dans sa thèse soutenue en 1990 et parue en 1993146, Marie-Elisabeth Lüdde aborde la réception des motifs mythologiques bibliques dans la littérature de RDA sous l’angle original de la théologie. Au cours des trois premiers chapitres théoriques, elle constate avec raison que les mythes bibliques sont employés par les auteurs comme toute autre matière mythologique, et que la dimension de la foi et du culte est occultée dans cette approche. Elle remarque également que les théologiens ont considéré, à tort, que le mythe était « liquidé147 » depuis la Seconde Guerre mondiale et qu’il fallait débarrasser l’Évangile de ses aspects mythologiques pour en retrouver le vrai sens, qui pourrait alors être accepté par l’homme moderne, rationnel. Cette vision entre en contradiction, selon elle, avec le regain d’intérêt pour le mythe que l’on observe à la fin des années quatre-vingt, qu’elle explique par l’insatisfaction qu’entraîne l’explication du monde par la science. Si ces remarques ont un intérêt indéniable, on peut reprocher plusieurs points au travail de Lüdde. D’abord, les chapitres théoriques proposent avant tout une compilation de citations, certes fort intéressantes, mais qu’elle met rarement en perspective par sa propre réflexion. Par exemple, lorsqu’elle cite le théologien Pannenberg, qui interprète le recours actuel aux mythes dans la littérature comme la recherche nostalgique et anachronique d’une compensation à la conscience moderne sécularisée, elle ne discute pas cette assertion148. De la même manière, lorsqu’elle s’attache à étudier la réception des motifs bibliques chez Fühmann, Hacks et Hermlin, puis à travers les thèmes du paradis, de Babel et de la croix, elle s’en tient souvent à une description de contenu, sans développer d’outils méthodologiques pour approfondir son étude. Ainsi, elle n’aborde pas la question de la transformation des motifs, qu’annonce pourtant le titre de son travail. Enfin, on remarque qu’il manque une mise en contexte de sa problématique : elle ne replace pas ses interrogations dans la perspective diachronique de l’évolution de la question de la croyance en RDA. Par conséquent, elle ne s’interroge pas plus avant sur le fait que la réception du mythe, antique comme biblique, ne va pas de soi en Allemagne de l’Est, même si elle y fait allusion par moments.

-Bernd Seidensticker et Martin Vöhler :

L’ouvrage Mythen in nachmythischer Zeit 149,édité par les universitaires Bernd Seidensticker et Martin Vöhler, rassemble des études monographiques s’attachant à analyser le traitement des mythes chez un auteur particulier, dans une perspective soit globale (ce que fait par exemple la contribution d’Antje Janssen-Zimmermann sur le mythe dans l’œuvre de Thomas Brasch), soit restreinte (comme l’article de Heinz-Peter Preußer sur la reprise du mythe d’Iphigénie par Volker Braun). Les auteurs abordés sont tous contemporains et de langue allemande, avec des profils aussi divers que ceux de Christoph Ransmayr, Heiner Müller ou encore Hubert Fichte. L’article de Wolfgang Maaz150 sur l’influence des mythes dans la stylisation de la ville de Berlin chez Günter Kunert a particulièrement retenu notre attention, et nous aurons l’occasion de nous y référer dans notre troisième partie. Au-delà de l’intérêt de chaque étude, le volume propose un panorama remarquable de la réception des mythes dans la littérature contemporaine, qui par ailleurs nous conforte dans la thèse d’une réception spécifique, particulièrement développée en RDA, alors que les auteurs ouest-allemands semblent avoir un rapport plus problématique aux mythes : sur seize auteurs étudiés au total, quatre sont de RFA, quatre d’Autriche et huit de RDA !

Ce bilan détaillé des travaux publiés sur la question de la réception des mythes dans la littérature est-allemande nous permet de constater d’une part que notre sujet a rarement été abordé dans une perspective esthétique, ce que nous souhaitons faire à travers nos études d’auteurs, en nous interrogeant notamment sur les dimensions intertextuelle, moderne et postmoderne de cette réception. D’autre part, nous observons que la plupart des publications datent des années quatre-vingt ; par conséquent, les auteurs n’ont peut-être pas eu la possibilité de traiter le sujet avec tout le recul nécessaire, surtout en ce qui concerne la création poétique publiée au cours de la dernière décennie d’existence de la RDA. Par ailleurs, rares sont les travaux qui s’interrogent sur l’image des mythes véhiculée par le discours politico-culturel officiel, ce que nous nous proposons de faire dans la partie suivante.

Notes
110.

Wolfgang Emmerich, Kleine Literaturgeschichte der DDR, op. cit., p. 17. « Der vielleicht entscheidende Pferdefuß der DDR-Literatur-Forschung war ihre umfassende und allseitige Politisierung. »

111.

Bernhard Greiner, Literatur der DDR in neuer Sicht: Studien und Interpretationen, 1986. Cité par Emmerich, ibid.

112.

Dorothea Gelbrich, Antikerezeption in der sozialistischen deutschen Lyrik des zwanzigsten Jahrhunderts: Die Begründung einer neuen Rezeptionstradition im lyrischen Schaffen Bechers, Brechts, Maurers und Arendts, Leipzig, Karl-Marx-Universität, Sektion Kulturwissenschaft und Germanistik, 1974.

113.

Voir le point 2.2.2.3. intitulé « la rédemption du mythe ».

114.

Franz Fühmann, « Das mythische Element in der Literatur », in : Marsyas: Mythos und Traum, Jürgen Krätzer (éd.), Leipzig, Reclam, 1993.

115.

Franz Fühmann, op. cit., p. 410-411.

116.

Id., p. 434-444.

117.

Rüdiger Bernhardt, Odysseus Tod – Prometheus Leben: Antike Mythen in der Literatur der DDR, Halle, Leipzig, Mitteldeutscher Verlag, 1983.

118.

Rüdiger Bernhardt, op. cit., p. 52.

119.

Id., p. 11.

120.

Id., p. 13.

121.

Dans le vingt-sixième chant de la Divine Comédie, Dante place Ulysse parmi les damnés pour avoir été l'instigateur de la ruse du cheval de Troie et pour avoir fait preuve d'une soif de découverte insatiable. Dante, Divine Comédie : l’Enfer, v. 55 sqq. in : Œuvres complètes, trad. André Pézard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1965, p. 1046.

122.

Michael von Engelhardt, op. cit., p. 63.

123.

Rüdiger Bernhardt, op. cit., p. 11.

124.

Günter Kunert, « Nausikaa II », in : Warnung vor Spiegeln: Gedichte, München, Hanser Verlag, 1970, p. 30.

125.

Par conséquent, la figure d'Ulysse ne disparaît pas de la poésie, comme nous l'avons vu avec les textes de Günter Kunert : elle devient problématique et acquiert un sens nouveau, mais elle n'est pas complètement rejetée, comme l'a affirmé Rüdiger Bernhardt.

126.

Wolfgang Emmerich, op. cit., p. 374.

127.

Rüdiger Bernhardt, op. cit., p. 64. « Wenn außerdem auf dieser verschorften, leblos werdenden Insel mit einem Vokabular verhandelt wird, das nicht jenen antagonistischen Gesellschaftsformationen entstammt, sondern deutlich auf unsere Gegenwart verweist, schlägt die Unbrauchbarkeit des Stückes für den historischen Vergleich in eine Destruktivität um, die zurückzuweisen ist. »

128.

Id., p. 143. « Für die jüngere Dichtergeneration bot sich Sisyphus als Modell an, wie sich in scheinbar sinnloser Tätigkeit nur die Langfristigkeit und Dauer eines großangelegten Geschichtsprozesses niederschlägt. »

129.

Volker Riedel, Antikerezeption in der Literatur der DDR, Berlin, Veröffentlichung der Akademie der Künste der DDR, 1984.

130.

Id., Literarische Antikerezeption: Aufsätze und Vorträge, Jena, Verlag Dr. Bussert und Partner, 1996.

131.

Id., « Forschungen zum Nachleben der Antike als interdisziplinäre Aufgabe », in : op. cit., p. 9-21.

132.

Theo Mechtenberg, « Von Odysseus bis Sisyphos: Zur Rezeption und Brechung mythischer Gestalten in der DDR-Lyrik », in : Deutschland Archiv, 18 (1985), p. 497-506.

133.

Michael von Engelhardt, Michael Rohrwasser, « Kassandra – Odysseus – Prometheus: Modelle der Mythosrezeption in der DDR-Literatur », in : L80, 34 (1985), p. 46-76.

134.

Id., p. 47 : « Arsenal des Politischen » ; « Teil der Kontroversen um politische Legitimation ».

135.

Id., p. 75.

136.

Karl Heinz Wüst, Sklavensprache: Subversive Schreibweisen in der Lyrik der DDR 1961-1976, Frankfurt am Main, Peter Lang Verlag, 1989.

137.

Id., p. 1-4. Wüst préfère le concept de « poésie critique » à celui de « poésie politique ». Selon lui, la poésie politique est soit en accord avec le contexte dans lequel elle est écrite, soit critique. Or, la poésie de RDA est une « poésie critique », dans la mesure où elle remet en cause certains aspects du socialisme réellement existant, mais ne rejette pas pour autant toute responsabilité politique, et continue de participer à certains projets définis par la politique culturelle, comme le rôle pédagogique des poètes, du moins jusqu'à la fin des années soixante.

138.

Id., p. 27.

139.

Heinz-Peter Preußer, Mythos als Sinnkonstruktion: Die Antikenprojekte von Christa Wolf, Heiner Müller, Stefan Schütz und Volker Braun, Köln, Weimar, Wien, Böhlau Verlag, 2000.

140.

Id., p. 189 : « einheits- und sinnstiftende Funktion » et « Schrecken, der unter dem Ganzen fortexistiert ».

141.

Id., p. 2-3.

142.

Richard Herzinger, Heinz-Peter Preußer, « Vom Äußersten zum Ersten: DDR-Literatur in der Tradition deutscher Zivilisationskritik », in : Literatur in der DDR: Rückblicke, Heinz Ludwig Arnold (éd.), München, Text + Kritik, 1991, p. 195 : « [...] [dass] die literarische Zivilisationskritik einen Legitimationsdiskurs absichert, der den sozialistischen Utopiekern vor seiner Beschädigung durch den Bankrott des Realsozialismus zu retten versucht und zudem eine Rechtfertigungsargumentation für das Fortbestehen des sozialistischen Staates bereitstellt, die dessen offizielle Ideologie nicht mehr zu leisten vermag. »

143.

Ibid.

144.

Heinz-Peter Preußer, Mythos als Sinnkonstruktion, op. cit., p. 218.

145.

Id., p. 219. « Auch wenn der Mythos rationalisiert, arbeitet er unter dem Diktat des Ganzen, im Zwang der Ähnlichkeit und mit der willentlichen, ja willkürlichen Herstellung von Substanzidentitäten. »

146.

Marie-Elisabeth Lüdde, Die Rezeption, Interpretation und Transformation biblischer Motive und Mythen in der DDR-Literatur und ihre Bedeutung für die Theologie, Berlin, New-York, Walter de Gruyter, 1993.

147.

Id., p. 76. Elle cite à ce propos l’allocution du théologien Wolfhart Pannenberg lors du VIème congrès européen des théologiens, qui s’est tenu à Vienne en 1987 sur le sujet du mythe. Pannenberg emprunterait lui-même ce terme au théologien Rudolf Bultmann, le premier à s’être intéressé à la question de la dimension mythologique du discours religieux dans la Bible.

148.

Id., p. 79.

149.

Bernd Seidensticker und Martin Vöhler (éd.), Mythen in nachmythischer Zeit: Die Antike in der deutschsprachigen Literatur der Gegenwart, Berlin, New York, Walter de Gruyter, 2002.

150.

Wolfgang Maaz, « Berlin – Kunerts Antike », ibid., p. 229-252.