2.2.5. Rapports à l’hypotexte et typologie des discours véhiculés par les mythes

Dans cette étude chronologique des mythes, nous sommes entrée dans les détails de la réception des motifs mythologiques en RDA, qui s’avère être un processus d’une grande complexité. Nous souhaitons conclure cette partie en revenant à une vision plus globale du problème, en nous aidant notamment d’une typologie proposée par Tiphaine Samoyault dans son essai sur l’intertextualité. L’auteur définit quatre postures principales dans la relation qu’entretient un texte (ici, les textes poétiques) avec son modèle (ici, la version traditionnelle d’un mythe) : l’admiration, la désinvolture, la dénégation et la subversion295. Ces quatre catégories s’appliquant tout à fait au corpus que nous étudions, nous pouvons donner de nos analyses l’approche schématique suivante :

Notre étude nous permet d’établir enfin une typologie des discours véhiculés par les mythes :

1/ le mythe comme vecteur d’un discours propagandiste ou panégyrique du système en place (Johannes R. Becher, Louis Fürnberg, Max Zimmering).

2/ le mythe comme vecteur d’un discours politique critique (Günter Kunert, Uwe Kolbe, Volker Braun, Karl Mickel).

3/ le mythe comme vecteur d’un discours existentiel. Il peut prendre la forme d’un questionnement sur le sens à donner à l’aventure humaine ou être relié à la dimension plus concrète de l’exil sous le régime nazi (Johannes R. Becher, Erich Arendt, Bertold Brecht, Günter Kunert).

4/ le mythe comme vecteur d’un discours philosophique et/ou historique, dans lequel la dimension du temps est essentielle (Erich Arendt, Günter Kunert, Uwe Kolbe).

5/ le mythe comme vecteur d’un discours sur la libération du corps dans le contexte de la RDA, où l’attitude moralisatrice des autorités fait de la sensualité et de la sexualité un tabou (Sarah Kirsch, Günter Kunert).

6/ le mythe comme vecteur d’un discours « écologique avant l’heure » sur la nature, menacée par les progrès de la science et de la technologie (Günter Kunert, Sarah Kirsch).

Les catégories ne constituent en aucun cas des cases dans lesquelles enfermer les auteurs désignés. Cette typologie a été conçue à partir de l’observation d’un grand nombre de poèmes et se veut un reflet des réflexions et des préoccupations portées par la poésie est-allemande via le recours aux mythes antiques et bibliques. Dans la partie suivante, nous commençons le cycle des études d’auteurs avec l’œuvre de Günter Kunert, pour qui la réception du matériau mythologique se révèle déterminante.

Notes
295.

Tiphaine Samoyault, L’intertextualité : Mémoire de la littérature, Paris, Nathan, 2001, p. 100-103.

296.

Id., p. 100.

297.

Id., p. 101.