Troisième partie : Günter Kunert

Les mythes antiques et bibliques occupent une place absolument fondamentale dans la poésie et dans l’œuvre en général de l’écrivain Günter Kunert. S’ils sont quasiment absents des premiers recueils poétiques qui paraissent dans les années cinquante et au début des années soixante, leur apparition intervient de manière significative avec le recueil Der ungebetene Gast de 1965, qui marque un premier tournant important dans la production poétique de Kunert. En effet, c’est à partir de ce recueil que l’auteur abandonne une approche à visée didactique, idéologique de la littérature au profit d’une approche centrée sur une réflexion ontologique et sociale critique. L’éventail des mythes auquel il a recours depuis lors impressionne par sa diversité tant thématique que formelle, que ce soit dans ses essais poétologiques et autobiographiques, dans ses nouvelles, ses poèmes et, dans une moindre mesure, dans son roman Im Namen der Hüte. Au niveau du choix des thèmes, mythologies antique et biblique s’entremêlent pour offrir un vaste panorama de la culture mythologique. À côté de mythes incontournables tels que ceux de Prométhée, Orphée, Sisyphe, Icare, Ulysse, Cassandre, Jonas, Noé, Caïn et Abel, on trouve des figures moins attendues comme celle d’Atlas, du basilic, de Marsyas, de Berolina, divinité de la ville de Berlin, de Nausicaa, de Polyphème et de Pilate. Or, si dans son œuvre en prose, Günter Kunert montre une nette préférence pour les motifs issus de la mythologie antique grecque, la chose est beaucoup moins évidente en ce qui concerne ses poèmes. La mythologie (et l’Histoire) grecque prédomine largement dans les recueils Der ungebetene Gast (1965) et Warnung vor Spiegeln (1970), mais à partir du recueil Offener Ausgang (1972), un équilibre s’instaure entre les deux sources mythologiques principales. L’importance nouvelle accordée à l’Ancien et au Nouveau Testament ne correspond pas chez Kunert à une soudaine adhésion à un mouvement religieux. De son point de vue, la religion judéo-chrétienne fonctionne comme un formidable réservoir d’histoires et d’images fortes au même titre que la mythologie antique. Ces histoires, une fois dépouillées de leur dimension spécifiquement théologique, offrent un matériau très dense que Kunert va retravailler et adapter à sa vision du monde, comme il l’explique lui-même dans un entretien avec Franz Schulte-Schulenberg, intitulé « Gespräch über die Judenfrage. Nachtrag zum 70. Geburtstag im März 1970298 ».

Notes
298.

Andreas W. Mytze, Vergangenheit und Zukunft, Dransfeld, Mylet Druck, 1999, p. 7.