4.2.2.3. Mythes et pessimisme historique

Après le temps du dévoilement des mécanismes pervers de l’idéologie se met en place à travers le recours aux mythes une conception pessimiste de l’Histoire, teintée d’agnosticisme, qu’annonce la traversée du désert californien dépeinte dans le cycle « Death Valley ». C’est que les proportions gigantesques du paysage s’avèrent propices à la réflexion métaphysique. Le cycle, qui présente peu de mythèmes, est placé sous le signe du regard de la jeune Alice, héroïne de l’ouvrage de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles, qui traduit une réflexion sur la relativité des choses. Le quatrième poème s’inscrit dans cette perspective (II, 57) :

‘1 Luft-Orgeln sirrende Steine
Riefen die Winde meilenweit her
Gierig stürzten sie sich in die Arbeit
Dem grauen dem schwarzen so rotem Gras
5 Letztes Leben ausblasen, ununterbrochen
Berge und Täler vertauschen
Das niedergegangene Bergwerk
Endgültig schleifen, die Spiegel
Schimmernder Borax-Seen
10 Auslöschen Splitter verstreun.

Wir flogen schnell dahin fanden
Nichts in den Dünen und Gott
Jagt als Sheriff hinter uns her.’

Deux parties clairement distinctes, correspondant aux deux strophes, opposent l’immensité d’un paysage désertique soumis à l’action érosive des vents à l’insignifiance de l’être humain de passage. La dimension métaphysique de ce paysage en mutation est à nouveau livrée par le mythe, dans l’apparition d’un shérif-Dieu au vers 12. Le texte se lit dès lors comme une variation de la Création rapportée dans la Genèse. Cette filiation religieuse est proclamée dès le vers d’ouverture par la métaphore des « orgues d’air » (« Luft-Orgeln ») qui semblent transformer ce paysage en église, symboles visibles d’une sacralité invisible. Ce néologisme introduit la dimension spéculaire du texte poétique qui se dévoile en tant que création artistique d’un paysage. Le pluriel des substantifs indéfinis, marqué en allemand par l’absence d’articles, rappelle le pluriel affectionné par la Bible et focalise le regard sur les éléments bruts, la pierre, les montagnes, les vallées, le vent et les lacs, les dépouillant de tout artifice. Le mouvement inéluctable de l’érosion met à nu la matière brute de la terre et dévoile le caractère ridicule des prétentions humaines sur elle à travers la disparition progressive des constructions minières. La victoire du vent sur le règne minéral et végétal, le processus de pétrification mortifère auquel est soumis le paysage livrent peu à peu le tableau d’une anti-Création, dans laquelle le souffle créateur de Dieu, qui donne la vie (Genèse2 : 7) se trouve inversé en souffle annihilateur.

Face à un paysage d’une telle intensité, l’homme fait l’expérience de sa propre finitude. La brièveté de la deuxième strophe, alliée à l’idée de rapidité dans l’emploi du terme « voler » mis pour « rouler » soulignent le caractère éphémère de l’existence humaine, qui n’est qu’un court passage sur la Terre. La prise de conscience de la mort semble être une étape nécessaire du processus cathartique thérapeutique que subit le je poétique au cours du recueil et qui se prolonge par exemple dans le texte « Schloßparkklinik ». Par ailleurs, le terme de « Dieu » (v. 12) doit retenir notre attention car c’est par le recueil Erdreich qu’il apparaît de façon marquée dans la poésie kirschéenne. Auparavant, il était fait mention tout au plus de divinités païennes et d’anges, mais le Dieu chrétien restait absent des textes, ce qui conforte notre hypothèse que c’est ce recueil quiintroduit la dimension de la réflexion métaphysique dans son œuvre. Or ce Dieu, incarné dans un shérif américain poursuivant les touristes, laisse percer toute l’ironie de Sarah Kirsch qui, comme dans l’image inaugurale d’une Alice expérimentant l’érosion sur des maquettes géantes509, joue sur l’idée de relativité des points de vue. Plusieurs perspectives se croisent ainsi dans l’image du shérif-Dieu. Elle révèle d’abord le caractère grotesque de la vanité humaine, de l’homme persuadé de sa propre importance, sentiment auquel les représentants de l’autorité sont peut-être plus soumis que d’autres, grotesque mis en valeur par le contraste avec le gigantisme du paysage. Ensuite, le caractère trivial de ce Dieu policier remet en cause l’idée même de l’existence de Dieu. Cette vision agnostique s’exprime dans le même vers par l’évocation du néant : les touristes en quête de sacralité, qui tentent de se perdre dans l’immensité de ce paysage qui semble les engloutir, ne trouvent rien si ce n’est du sable. Dieu apparaît comme une simple construction intellectuelle projetée sur la surface dure, impénétrable du panorama terrestre, à l’instar de ces « orgues d’air » qui ouvrent le texte. Face aux interrogations existentielles de l’être humain, le silence de la pierre, que seul le vent arrive à faire vibrer.

La catharsis510 qu’entraînent la confrontation avec le gigantisme des paysages américains et le bouleversement des repères personnels à la suite de la plongée dans une culture étrangère prépare le terrain à une remise en question existentielle. C’est ainsi que les mythes dans les recueils Erdreich puis Katzenleben se situent à la frontière entre religion et mythologie. Nous avons pris le parti malgré tout de prendre en compte les textes faisant mention du Dieu du christianisme dans la mesure où, au-delà de la question de la foi, ils s’inscrivent dans le cadre d’une réflexion de type historique. Les textes dits apocalyptiques, que l’on trouve surtout à la fin du recueil Erdreich et dans la première moitié de Schneewärme (« Rungholt », « Eisrosen », « Begrenztes Licht », « Schwarze Schuhe », « Die Flut ») traduisent ainsi une conception pessimiste de l’Histoire qui trouve ses racines dans l’observation de l’actualité et non uniquement dans des visions prophétiques irrationnelles. C’est ce que nous montre par exemple le poème « Begrenztes Licht » (III, 33) :

‘1 Der Nebel hat alles
In seine Totenwäsche geschlagen das Wasser
Bricht durch Fenster und Türen es treibt
Meine Schätze davon die Deckel aufgeklappt
5 Als wäre es Plunder das Nebelhorn
Spielt seine tragische Weise
Eine Weile schwimmen Gäbelchen Erstausgaben
Die selbstgefällige Dielenuhr mit einem
Zeitgefühl das schon lange nicht mehr
10 Intakt ist und die geputzten Blumenzwiebeln
Allen voran die Morgen- und Abendgrüße
Unserer Hände sieben Jahre unter dem
Dachfirst gestapelt sie sinken
Ins schwarze dampfende Wasser.
15 Es ist schön über den Dingen stehn
Wenn die Flut ansteigt.
Dieser trübe Nebel von Jahren.
All diese Jahre voll Nebel.’

Parmi l’ensemble des poèmes apocalyptiques nous avons choisi de retenir ce texte car il présente des motifs mythologiques, même s’ils sont très diffus. « Schwarze Schuhe » par exemple fait partie du même type mais s’appuie sur l’histoire vraie de la disparition de l’île « Strand » lors d’un raz-de-marée ravageur en 1634. Derrière « Begrenztes Licht », on devine l’ombre hypotextuelle de l’épisode du Déluge biblique rapporté par la Genèse,à laquelle se superpose dans un mouvement syncrétique l’image traditionnelle des eaux noires et bouillonnantes du Styx, que l’on trouve par exemple chez Ovide au livre III des Métamorphoses, qui compare l’haleine fétide du dragon que combat Cadmus aux noires exhalaisons du Styx511. Il faut noter cependant l’extrême ténuité de ces références qui laisse penser que Sarah Kirsch a besoin de se défaire le plus possible des schémas mythologiques préconçus pour transformer le matériau selon les lois de son propre univers poétique. « Begrenztes Licht » expose en dix-huit vers libres la lente déliquescence du je poétique et de son monde intime. Le texte se transforme sous nos yeux en flux purificateur emportant les objets et sentiments superficiels, flot qui s’écoule sans interruption comme le suggèrent l’absence de ponctuation et les nombreux enjambements jusqu’au vers 14. La prédominance des sonorités alvéolaires en [t], [d], [n], [l], [z] et [ts] (par exemple « Dieser trübe Nebel von Jahren » v. 18 ou « Intakt ist und die geputzten Blumenzwiebeln » v. 10) donnent à l’ensemble du texte une dimension de dureté désespérée dont le rythme haché n’est pas sans évoquer cette horloge prétentieuse qui égrène les minutes de façon imprécise (v. 8-9).

Dès les deux premiers vers, le brouillard se révèle comme métaphore de la mort, une image habituelle de la poétologie kirschéenne. Le texte « März » (III, 14) au début du recueil nous livre une clé d’interprétation en dévoilant le terme de « brouillard » (« Nebel ») comme un boustrophédon, à lire à l’envers. On obtient alors le mot « vie » (« Leben »), le brouillard devenant ainsi l’inversion de la vie, autrement dit la mort. Dans ce paysage brumeux, le flux létal qui emporte tout sur son passage est à la fois extérieur et intérieur au je poétique, comme le suggère l’intrusion de l’eau par les portes et les fenêtres de la maison, métaphores des ouvertures donnant sur les « trésors » que recèle l’âme du je poétique. L’alternance du présent de l’indicatif non accompli et des participes II signalant l’antériorité mettent en tension un présent marqué par le processus d’une dévastation salutaire et un passé associé à l’accumulation d’objets ou de souvenirs (« die geputzten Blumenzwiebeln […] / Unserer Hände sieben Jahre unter dem Dachfirst gestapelt sie sinken » v. 10, 12 et 13). On remarque que ces objets accumulés fonctionnent sur un système d’oppositions binaires : les « trésors » ne sont que du « bric-à-brac », les « petites fourchettes » et les premières éditions de livres fournissent de la nourriture pour le corps et l’esprit, l’horloge du salon, en digne représentante du progrès du monde civilisé, entre en contradiction avec les bulbes de fleurs produits par la nature, enfin, les prières du matin et du soir renvoient au début et à la fin du jour. Ainsi nous est donné l’impression d’un bouleversement total du je poétique, d’une perte de repères complète, enfin d’une remise en question de nature existentielle. Par ailleurs, le rythme binaire mime, au même titre que les enjambements, et que l’alternance des iambes et des anapestes d’une part (v. 8 et 10 par exemple), et des trochées et dactyles d’autre part (v. 7, 9 et 11), le mouvement ascendant et descendant de l’eau qui s’infiltre par vagues.

L’homme de la civilisation moderne, profondément matérialiste, se voit soumis au dénigrement. Lui qui croyait maîtriser la nature et le temps, symbolisés par les bulbes propres et l’horloge, est ridiculisé par l’inutilité et la vanité de son action, comme nous le montrent l’adjectif « imbu de soi » (v. 8) et l’idée saugrenue de nettoyer des bulbes. La personnification de l’horloge souligne l’importance démesurée que l’homme accorde aux objets qui l’entourent et qui finissent par brouiller complètement sa perception de soi et de son environnement, à l’instar du brouillard mortifère évoqué en ouverture du poème. Dans le même sens, la pratique de la religion, signifiée aux vers 11 et 12 par la synecdoque des mains jointes matin et soir, la réduit à un rituel, qui, répété maintes et maintes fois, a perdu toute signification. Le je poétique a comme souvent des résonances autobiographiques, et c’est ainsi que l’on peut lire les sept ans comme le bilan des années passées par la poétesse dans sa maison à Tielenhemme, où elle s’est installée en 1983. Mais le recoupement avec l’autobiographie est délicat, car l’on sait que Sarah Kirsch évoque toujours avec beaucoup d’amour sa vie dans le Schleswig-Holstein. Ce texte n’est donc pas à comprendre comme l’aveu d’une vie malheureuse, mais comme l’expression d’une vision pessimiste du monde dont la lucidité apporte paradoxalement le soulagement. D’où le sentiment de calme sérénité exprimé au vers 15 face à la montée inéluctable des eaux noires de la mort. Ces sept années de brouillard ne sont pas celles du malheur, mais de l’accession progressive à la clarté dans le bouleversement intérieur. Le chiasme qui croise les termes de « brouillard » et d’« années » dans les deux derniers vers (« Dieser trübe Nebel von Jahren. / All diese Jahre voll Nebel. » indique ce renversement spirituel comme un processus nécessairement long, plein d’incertitudes et de tâtonnements.

Le caractère pessimiste du texte pose la lucidité finalement acquise comme « limitée », imparfaite, comme nous le dévoile a posteriori la lecture du titre. La prise de conscience de sa propre finitude ainsi que de la disparition programmée de notre civilisation moderne peut déboucher sur une paralysie anti-créatrice, d’où la disparition des formes verbales dans les deux derniers vers. La menace du scepticisme stérile, de la reddition guette le je poétique conscient de la vanité de toute chose. Si la relative complaisance, voire l’attirance pour la noirceur, qui prennent parfois des résonances baroques, imprègnent de nombreux textes de Schneewärme comme « Schwarzer Spiegel », elles se voient relativisées dans d’autres textes comme « Luftspringerin », par exemple dans la métaphore de la femme de Lot retrouvant sa liberté de mouvement. Aussi Sarah Kirsch ne veut-elle pas donner de solutions dans ses textes, sa réflexion métaphysique repose sur un processus de questionnement continuel et non sur la révélation d’une quelconque vérité. En cela, sa démarche se distingue fortement de celle de Kunert, qui intellectualise le mythe de la fin des temps et le sous-tend d’une réflexion philosophique sur le retour cyclique des erreurs humaines avec l’idée d’une lente et sûre dégradation vers l’extinction de toute vie. Chez Sarah Kirsch, la réflexion se livre sous la forme presque intuitive de métaphores frappantes, de visions dépouillées d’une véritable base théorique, abstraite. De ce fait, c’est au lecteur de généraliser une expérience qui se montre toujours dans son individualité, de tirer pour lui-même et pour la société dans laquelle il vit les conclusions qui ne sont données qu’à un titre subjectif et empirique.

Cette réflexion est d’ailleurs extensible à d’autres aspects de l’œuvre kirschéenne. Au contraire de Günter Kunert qui développe longuement ses réflexions philosophiques sur la nature de l’Histoire ainsi que ses considérations poétologiques dans de volumineux écrits essayistiques, Sarah Kirsch ne produit pas de méta-texte critique qui livrerait les clés de son écriture. Au mieux s’auto-commente-t-elle, sur un ton souvent ironique, dans ses ouvrages en prose. Un exemple frappant de l’opposition entre les deux auteurs dans leur manière d’aborder l’écriture nous est fourni par les Frankfurter Poetiklesungen, ces cours magistraux qu’ils donnèrent, pour Kunert au semestre d’été 1981 et pour Sarah Kirsch au semestre d’hiver 1996-1997. Le premier mena une longue réflexion théorique sur l’art d’écrire de la poésie face à la certitude d’un monde allant à sa perte et sur la primitivité, entendue dans un sens positif, du langage poétique, qui fut publiée sous le titre Das Gedicht als Arche Noah. La seconde quant à elle mit bout à bout toutes les allusions au processus de création poétique qu’elle put trouver dans ses poèmes et dans ses écrits en prose et les lut telles qu’elles, à la suite, sans faire le moindre commentaire. De la même manière, si l’on observe les passages plus théoriques d’Allerlei-Rauh, où Sarah Kirsch développe ce qu’elle appelle sa « philosophie de consolation » (Trostphilosophie)et sa « philosophie du marais » (Moorphilosophie), on constate qu’elles s’apparentent à des philosophies de la vie pragmatiques, quasi intuitives, basées sur l’observation et le bon sens. La « philosophie du marais » naît par exemple lors d’une sortie dans les marécages environnants, alors que la narratrice surveille des brebis pour le compte d’un berger. Plantée dans le sol fangeux sous un soleil ardent, elle est peu à peu envahie par la sensation de ne faire plus qu’un avec son environnement. De cette situation naît l’intuition de l’existence de deux natures, l’une archaïque et l’autre momentanée, qui peuvent se croiser parfois lors d’expériences intenses de vie, expériences atemporelles, que nous expose le poème « Die Erinnerung ». À partir du constat de l’utopie que représenterait, même pour elle, la vie dans cette nature archaïque, elle en vient à penser que ses concitoyens, ces êtres pour lesquels elle n’éprouve a priori que peu d’inclination, ont eux aussi le droit d’être imparfaits, que cette imperfection comme leurs actions parfois sublimes fait partie de la nature humaine et qu’elle n’est pas en droit de les condamner :

‘De simples vagues douces, ridées, et le doux souffle du vent, je ne sais que répondre à la pie qui vole au-dessus de moi en ce moment, dans sa robe de plumes noire et blanche […], quand elle rit et me demande ce que je veux, ce que je propose. Il faut que mon cerveau accepte la violence et le meurtre, et la fin de cette Terre, au-dessus de laquelle la comète file à nouveau, l’étoile de Bethlehem.512

De la même manière, elle ne fait qu’effleurer le problème de l’imminence de la fin des temps, dont elle rend responsable l’homme moderne et la civilisation de la surconsommation et de la pollution tout comme Kunert, sans pour autant procéder aux mêmes développements philosophiques. Cette vision pessimiste de l’Histoire suppose une position agnostique que Sarah Kirsch semble pourtant nier dans ce passage sur la « philosophie du marais ». Nous pensons que la poétesse défend deux postures dans ses poèmes. Sa conception de l’Histoire semble effectivement procéder d’une vision agnostique, la Terre étant soumise aux lois géologiques et cosmologiques d’une disparition inéluctable, ou, de manière encore plus probable, elle sera détruite par la main de l’homme. Les nombreuses allusions au trône vide de Dieu dans Katzenleben, ainsi que l’ironie fortement perceptible dans les références à « Dieu », que nous avons soulignée lors de notre analyse de « Death Valley 4 », paraissent conforter notre hypothèse.Mais, dans son rapport à la nature, face au constat de sa beauté et de son harmonie, elle semble adopter une position déiste que nous évoquerons dans notre prochaine partie.

Au terme de cette partie, nous pouvons nous poser la question de l’engagement politique de Sarah Kirsch, l’adjectif étant pris au sens large comme engagement citoyen. La poétesse semble cristalliser les points de vue contradictoires sur sa personne et sur son œuvre. Entre la féministe engagée d’une part et le chantre d’une poésie bucolique prônant le retour à une nature édénique, où se cache la vraie Sarah Kirsch ? Il est à craindre que les étiquettes simplificatrices ne parviennent pas à cerner une œuvre et une personnalité des plus complexes. Sans doute approche-t-on quelque peu de la « vérité », terme à prendre avec beaucoup de précaution, lorsque l’on reste dans la nuance. Sarah Kirsch ne nous paraît ni politique, au sens strict du terme, ni apolitique, elle semble louvoyer au contraire constamment entre deux pôles, celui de l’engagement dans des problématiques civilisationnelles, thétiques, et celui de l’isolement sémiotique, d’un recentrement individualiste. Elle trouve dans le mythe un moyen privilégié d’exprimer cette tension fondamentale sur laquelle nous pensons que son œuvre se fonde.

Notes
509.

Sarah Kirsch, « Death Valley 1 », op. cit., p. 54. « Hier ist nicht Disney-Land. Alice / Steht am Anfang der Wüste, setzt ihren Fuß / Ins geologische Freiluftmuseum / Lernt in den folgenden Stunden / Erosion an großen Modellen. »

510.

Par catharsis, nous entendons le fait que le voyage aux États-Unis entraîne une sorte de purification spirituelle chez le je poétique, dans la mesure où commence pour lui un processus de dévoilement des mécanismes de l’idéologie.

511.

Ovide, Les Métamorphoses, tome 1, trad. Georges Lafaye, Paris, Les Belles Lettres, 1994, p. 71, v. 72 sqq. « Alors, une nouvelle cause accroissant ses fureurs ordinaires, les veines de son gosier, pleines de sang, se gonflent, une écume blanchâtre découle de ses lèvres pestilentielles ; la terre, qu’il rase, résonne sous ses écailles et la noire vapeur qu’exhale sa gueule, à l’image du Styx, souille et infecte les airs. »

512.

Sarah Kirsch, Allerlei-Rauh, vol. 5, p. 99. « Nur sanfte Wellen, Gekräusel und sanfte Hauche, ich weiß nicht, was ich der Elster antworten soll, die mich nun überfliegt in ihrem schwarz-weißen Federkleid […], wenn sie lacht und mich fragt, was willst du, was schlägst du vor. Ich muß mit meinem Gehirn Mord und Totschlag annehmen und die Endlichkeit dieser Erde, über die der Komet wieder hinzieht, der Bethlehem-Stern. »