Reason (1993) propose le Generic Error Modelling System (GEMS) afin de localiser les formes communes de l’erreur humaine (figure 9). L’objectif du GEMS est de fournir une structure simplifiée permettant de localiser les principales limitations cognitives et les tendances prédisant les variétés de l’erreur humaine. Ce modèle différencie deux concepts : les slips et les mistakes. Les slips correspondent aux erreurs réalisées au départ d’une action ou aux échecs de son exécution. Les mistakes correspondent aux situations où l’action suit un plan, l’échec proviendrait de l’inadaptation du plan pour atteindre le résultat envisagé. Le modèle GEMS résulte ainsi d’un mélange de deux théories de l’erreur :
Dans le modèle GEMS, l’architecture du système cognitif est simplifiée. Le système cognitif opère un contrôle à plusieurs niveaux et exerce son influence simultanément sur des zones différentes. Le haut niveau du système de contrôle fonctionne sur le long terme et sur un large choix d’actions. Les hauts niveaux de traitement sont élaborés en fonction des objectifs de départ, en sélectionnant les moyens de les accomplir et en surveillant les traitements vers ces objectifs. Les résultats de ces planifications sont accessibles à la conscience. Il est ainsi important de relever que la conscience a une capacité limitée, sa fenêtre est restreinte et il n’est pas surprenant qu’une seule activité de haut niveau puisse être vue et modifiée à un moment donné. La limitation des ressources confère un rôle important au processus de sélectivité. En effet, plusieurs activités de haut niveau peuvent être disponibles à la conscience au même instant. Il faut pouvoir les traiter de manière cohérente pour mener à bien l’activité. Selon le GEMS, il y aurait des « agences » de hauts niveaux destinées à gouverner l’ordre dans lequel les traitements de bas niveaux sont exercés. L’inconvénient de cette manière de procéder est que le système de contrôle fonctionne seulement par intermittence.
Par ailleurs, une part non négligeable de l’activité cognitive est dirigée vers des traitements de bas niveaux tels que les schémas6, les scripts7, les règles. Ces derniers sont capables de fonctions indépendantes. Ils opèrent en réponse à un ensemble spécifique de données. La répétition de chacune des activités humaines résulte d’un transfert de contrôle des activités de haut niveau vers les activités de bas niveau.
Ainsi, le contrôle de l’activité provient de l’interaction entre deux modes de contrôle : le contrôle attentionnel et le mode schématique, plus connu sous le nom de contrôle automatique. Le contrôle attentionnel est lié à la mémoire de travail et à la conscience. En dépit de sa limitation en ressources, il permet de procéder à des analyses, de traiter les informations, de détecter et de récupérer les erreurs (slips). En revanche, le mode schématique n’a aucune limitation en termes de capacité. Il peut traiter les informations familières très rapidement sans implication consciente ni effort. Ce mode s’avère toutefois inefficace lors de situations imprévues.
Le GEMS identifie les erreurs selon deux aspects, celles qui précèdent la détection du problème (correspondant au skill based level), elles sont associées à une défaillance de surveillance (monitoring failures) et celles qui suivent (rules et knowledge) qui font référence à une défaillance dans la résolution de problème (problem solving failures).
Source : figure tirée de Reason (1993)
Selon Bartlett (1932), un schéma est une structure organisée qui intègre les connaissances et les attentes d’un individu pour un aspect du monde. Le schéma résume ce que le sujet connait du monde. Il a pour effet principal d’aider à la compréhension.
Selon Rumelhart (1978), les schémas sont des structures de données destinées à représenter les concepts génériques stockés en mémoire. Les schémas seraient comme des stéréotypes de concepts. Traiter une information revient alors à trouver le schéma en mémoire le plus adéquat pour la comprendre.
Un script est une structure qui décrit de séquences appropriées à un événement dans un contexte particulier. Les scripts traitent des situations de tous les jours. Ils ne fournissent pas un mécanisme pour traiter totalement des situations nouvelles. Un script est une séquence prédéterminée, stéréotypée d’actions qui définit une situation bien connue (Bailly, 2004).