Ce document est diffusé sous le contrat Creative Commons « Paternité – pas d’utilisation commerciale - pas de modification » : vous êtes libre de le reproduire, de le distribuer et de le communiquer au public à condition d’en mentionner le nom de l’auteur et de ne pas le modifier, le transformer, l’adapter ni l’utiliser à des fins commerciales.
« Le discours médical n'est pas un discours sur l'homme, mais sur la maladie. Il n'en implique pas moins une certaine idée implicite sur l'homme, sur sa liberté, sur son Être. »
J. Clavreul
L'ordre médical, 1978
A
Louise
, mon épouse,
pour son accompagnement tout au long de ce travail.
Au moment de soumettre le présent travail à l’examen du jury, nous voulons exprimer notre appréciation et notre reconnaissance au Pr. Jean-François Tétu, son directeur. Il a bien voulu accepter de nous guider dans la difficile tâche de construction de la réalité sociale à partir des discours et a fait preuve de patience tout au long de notre recherche.
Nous exprimons aussi notre profonde gratitude au Pr. Laurent-Charles Boyomo Assala, Directeur de l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’information et de la Communication (ESSTIC) de Yaoundé, Cameroun et Coordonateur de l’Unité de Formation Doctorale (UFD) créée en 2004 au sein de cette institution. Depuis les travaux de Masters, il nous a fait bénéficier de son esprit de discipline et de rigueur. Nous avons été largement édifiés aux côtés de ces sommités dans la recherche en sciences sociales.
Nous sommes également reconnaissants à tous nos encadreurs, enseignants, conférenciers et séminaristes qui ont animé l’UFD depuis sa création. Nous nous interdisons d’en dresser la liste ici afin d’éviter des éventuels oublis.
Enfin, nous disons sincèrement merci à tous ceux, nombreux, qui ont contribué de quelle que manière que ce soit à la production du présent travail en espérant qu’il contribuera, un tant soit peu, à faire de la lumière sur la réalité de la prévention du paludisme au Cameroun.
AAPEC :Association d’Autopromotion des populations de l’Est-Cameroun
ACMS :Association Camerounaise de Marketing Social
ACT :Artemisinin based Combined therapy
ADRA :Adventist development Relief Agency
AEF :Afrique Equatoriale Française
AFRO :African Regional Office
AOF :Afrique Occidentale Française
BASICS :Basic Support for Institutionalizing child Survival
BIT :Bureau International du Travail
CCAM :Cameroon Coalition against malaria
CCM :Country Coordination Mechanism
CCC :Communication pour le Changement de Comportement
CDC :Centre for Diseases Control
CEMAC :Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale
CENAME :Centrale Nationale d’Approvisionnement en Médicaments Essentiels
CNRS :Centre National de la Recherche Scientifique
COTCO :Cameroon Oil and Transportation Company
CRBM :Comité national Roll Back Malaria
DDT :Dichloro-diphényl-trichloro-éthane
DEA :Diplôme d’Etudes Approfondies
DRSP :Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté
DSRP :Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
ECAM II :Deuxième Enquête Camerounaise Auprès des Ménages
EDSC :Enquête Démographique et de Santé
EMRO :East-Mediteranian Regional Office
ENPI :Entités Nosologiques Populaires Internes
EPI :Expanded Programme on Immunization
ESSTIC :Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication
$ EUDollars des Etats Unis
FAO :Food and Agriculture Organization
FASR :Facilité d’Ajustement Structurel Renforcée
FCRP :Facilité pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté
FEMEC :Fédération des Missions Evangéliques du Cameroun
FMI :Fonds Monétaire International
FMLSTP :Fonds Mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme
FRP :Faire Reculer le Paludisme
GFATM :Global Fund for AIDS, Tuberculosis, and Malaria
GTC :Groupe Technique Central
HCHץ :Hexachlorocyclohexane ץ à 0,5g/m²
IEC :Information Education Communication
INS:Institut National de la Statistique
INSERM :Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
IRD :Institut de Recherche pour le Développement
IRESCO :Institut pour la Recherche, le développement Socio-économique et la Communication
J.C :Jesus Christ
MIIMoustiquaire Imprégnée d’Insecticide
MIM :Multilateral Initiative on Malaria
MINADER :Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural
MINAS :Ministère des Affaires Sociales
MINATD : Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation
MINCOM :Ministère de la Communication
MINDIC :Ministère du Développement Industriel et Commercial
MINEPAT :Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire
MINFI :Ministère des Finances
MINPLADAT :Ministère de la planification, de la programmation du développement et de l’aménagement du territoire
MINPROFF :Ministère de la Promotion Féminine et de la Famille
MTN :Mobile Telecommunications Network
OCASC :Organisation Camerounaise de Santé Catholique
OCCGE :Organisation de Coordination et de Coopération pour la lutte Contre les Grandes Endémies
OMD : Objectifs du millénaire pour le Développement
OMS :Organisation Mondiale de la Santé
ONG :Organisation Non Gouvernementale
ONU :Organisation des Nations Unies
ORSTOM :Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer
PIB :Produit Intérieur Brut
PMSC :Programme de Marketing Social du Condom
PNLP :Programme National de Lutte contre le Paludisme
PNUD :Programme des Nations Unies pour le Développement
PNUE :Programme des Nations Unies pour l’Environnement
POP :Polluants Organiques Persistants
PPTE :Pays Pauvre Très Endetté
RACTAP : Réseau d’Afrique Centrale pour le Traitement Antipaludique
RGPH :Recensement Général de la Population et de l’Habitat
SDN :Société Des nations
SIC :Sciences de l’Information et de la Communication
UFD :Unité de Formation Doctorale
UNFPA :United Nations Fund for Populations Activities
UNICEF :United Nations International Children’s Emergency Fund
USAID :United States for International Development
USAID :United States Agency for International Development
VIH :Virus de l’Immunodéficience Acquise
WHO :World Health Organization
Le paludisme est une vieille endémie tropicale bien connue, dont les moyens de prévention, de lutte, voire d’éradication sont aujourd’hui bien vulgarisés. Au Cameroun pourtant, il continue de sévir, faisant chaque année plus de victimes et de morts que toutes les autres maladies. Au vu des efforts consentis pour la contenir, nous avons choisi d’interroger les échanges discursifs entre les acteurs de la communication sociale sur le paludisme pour expliquer la persistance d’une situation aussi paradoxale. Cette maladie est, en effet, au cœur de nombreux échanges, faisant intervenir des représentations scientifiques et des représentations sociales séculaires des populations. En fonction des acteurs, l’on distingue ainsi : des discours internationaux et des discours nationaux sur cette maladie. Les seconds sont constitués principalement de discours médicaux (produits par les experts tant de la médecine conventionnelle que ceux de la médecine traditionnelle), de discours économiques et politiques. L’examen de la construction de ces discours montre que les discours nationaux sont l’adaptation des grandes orientations adoptées au niveau mondial pour la lutte contre l’endémie. Ces discours répondent, par ailleurs, aux exigences économiques, de santé publique, de mobilisation des fonds et de mobilisation sociale liés à la lutte contre le paludisme.
L’analyse de ces discours a permis de déceler plusieurs entraves à la prévention du paludisme : le jeu desprotagonistes de la lutte et la promotion de méthodes de prévention impuissantes à juguler durablement le fléau paludique dans le pays. Dans cette lutte en effet, des acteurs, y compris ceux entretenant des représentations sociales néfastes sur le paludisme limitent l’accès des principales cibles de la maladie (femmes enceintes et enfants de moins de 5 ans) aux moustiquaires imprégnées d’insecticides. D’autres mettent en avant leurs profits personnels. Enfin, les discours montrent que les méthodes courantes de prévention de la maladie sont celles de protection contre les piqûres de moustiques et non celles de frein à leur prolifération. Elles se confinent au domaine de la santéau lieu de faire de la lutte un problème holistique de développement qui met une emphase sur les mesures d’assainissement pour contrôler la prolifération des moustiques.
Mots clés : Paludisme - Prévention-Discours- Représentations sociales - Jeu des acteurs
Malaria is an old endemic disease which means of prevention, treatment, not to name eradication, is well known and vulgarized. However, this disease is each year the main cause of sickness and death in Cameroon, in spite of tremendous endeavors to fight it. The present research has chosen to scrutinize social communication actors’ speeches on the disease to try and shed light into this paradoxical situation. Malaria inspires a number of discourses exchanges involving scientific representations and aged social representations of populations on the disease. Based on actors’ functions, one can distinguish between international and national discourses on the disease. National discourses mainly include medical speeches (produced and used by modern and traditional medical experts), economical and political speeches. The study of the construction of those speeches shows that at the national level, the speeches on malaria are adapted from global orientations on malaria control adopted at international level. In the other hand, those speeches respond to the economical and public health requirements, as well as to resources and social mobilization needed for malaria control.
Discourses analysis on malaria in Cameroun has shown that the prevention of this endemic disease is render ineffective by many reasons, namely: a kind of game played by some key actors of the fight against malaria and the promotion of prevention methods that stand little chance to sustainably get raid of the malaria scourge in the country. Some actors, including persons attached to misleading social representations on malaria, prevent the main malaria targets (pregnant women and under five children) from access to impregnated mosquito nets. By involving themselves in the fight against malaria, some other actors put forward their own interest. Lastly, some speeches clearly show that prevention methods, promoted in the country, aim at protecting populations from mosquito bides while neglecting mosquito proliferation. The tendency is to consider malaria control as an exclusive health problem instead of treating it as a holistic developmental problem, widely calling upon sanitation measures to continuously cut down in mosquito population.
Key words: Malaria-Prevention-Discourses-Social representations-Actors role play