I – Caractéristiques générales de l’énonciation des discours sur le paludisme au Cameroun

Les discours sur le paludisme au Cameroun présentent-ils des caractéristiques spécifiques ? Certainement oui. La construction des savoirs sur cette pathologie nous a, en effet, donné à comprendre que les discours internationaux sur cette pathologie font ensuite l’objet d’une adaptation dans les pays en fonction des spécificités propres de ceux-ci (notamment des systèmes nationaux de santé, des contextes économiques, politiques et sociaux). La présentation de l’énonciation des différents types de discours visés sera d’autant plus intelligible qu’elle indiquera l’orientation générale des discours internationaux pendant la période considérée et les conditions dans lesquelles l’adaptation de ces discours internationaux au contexte local s’est produite.

De façon générale, les discours sur le paludisme dont nous venons d’examiner les modalités de production sont utilisés suivant des dispositifs de communication qui visent un triple objectif :

  • d’abord présenter la situation générale d’une endémie dont les conséquences mondiales sur le plan de la morbidité et de la mortalité sont très importantes et montrer qu’il s’agit néanmoins d’une pathologie sur laquelle les savoirs sont aujourd’hui fort avancés ;
  • ensuite, contribuer à la mobilisation des moyens techniques, logistiques et financiers pour permettre au pays de faire face à l’endémie, et ;
  • enfin, inciter les populations à prendre la pleine mesure de la gravité de la situation de la maladie dans le pays et à adopter les mesures de santé publique préconisées pour la prévenir.

Ce troisième objectif qui est celui d’une communication persuasive en santé Publique met en jeu un système d’interactions sujets sociaux-dispositif de production où les acteurs de la lutte contre le paludisme, dotés d’intentionnalités spécifiques, conçoivent un dispositif de communication de manière à orienter les attitudes et comportements des citoyens par rapport à la prévention du paludisme. Au nombre de ces dispositifs de communication, l’on peut signaler :

  1. les discours et allocutions ;
  2. les rencontres scientifiques ;
  3. les prestations médiatiques, et ;
  4. l’utilisation du matériel d’information, d’éducation et de communication (IEC) combinant les éléments scripturaux et les éléments iconographiques pour la sensibilisation des populations.

Le tableau ci-après montre un inventaire, non exhaustif, de ce type de dispositifs communicationnels utilisés principalement dans la sensibilisation des populations entre 1996 et 2004.

Tableau 4 : Inventaire des discours déclinés sur supports IEC dans le cadre de la lutte contre le paludisme au Cameroun (1996-2004)

(Source : R. Mbouzeko (2004 : 57- 58)

Ce matériel a été élaboré soit par le PNLP avec la collaboration de ses partenaires, soit par les partenaires eux-mêmes. Les statistiques sur les quantités produites et la distribution globale dans le pays ne sont pas disponibles au niveau du PNLP. Les productions et les ventilations ont été faites suivant des besoins ponctuels et sans coordination par cette structure nationale de lutte contre le paludisme. Nous publions ledit tableau pour simplement indiquer le type de supports de communication fréquemment utilisées pour la vulgarisation des discours, principalement des messages de santé publique, sur la prévention du paludisme au niveau opérationnel. Après l’année 2004, la lutte contre cette endémie a encore bénéficié de la production du matériel IEC, mais dans la même logique, sans centralisation des données statistiques sur les quantités produites et sur les distributions faites dans le pays.

Les caractéristiques générales de l’énonciation des discours sur la prévention du paludisme étant ainsi globalement présentées, nous voulons examiner l’énonciation de ces discours au Cameroun

  • avant la conférence ministérielle mondiale sur le paludisme tenue à Amsterdam en 1992 ;
  • depuis la conférence ministérielle mondiale sur le paludisme qui a abouti à l’adoption de la stratégie mondiale de lutte contre le paludisme, en 1992, jusqu’à la fin du second millénaire, et enfin ;
  • pendant la première décennie du troisième millénaire.