B - Discours économique sur le paludisme au Cameroun

Ces discours ont révélé les conditions économiques difficiles qui entravent la mise en œuvre d’une lutte convenable contre le paludisme au Cameroun pendant la période. Comme nous l’avons relevé plus haut, le Cameroun est frappé par une crise économique sévère qui provoque la dévaluation de sa monnaie (le franc CFA) par rapport au Franc français, la devise qui assurait alors la convertibilité du franc CFA en devises pour les transactions internationales. La conséquence directe de ce réajustement économique est que le Cameroun doit en principe dorénavant payer deux fois plus cher les produits manufacturés non fabriqués localement. S’agissant de la lutte contre le paludisme, ces produits sont les médicaments, notamment les antipaludéens qui ne sont pas fabriqués dans le pays, et les outils de protection contre les piqûres des moustiques, principalement les moustiquaires et les insecticides. Ces discours font aussi l’écho des négociations et dispositions prises par les pouvoirs publics et les partenaires au développement dans le cadre du programme d’ajustement structurel du pays afin d’atténuer les effets néfastes de la crise économique sur le secteur de la santé, en général, et la prévention des endémies comme le paludisme, en particulier.

Sur un autre plan, ces discours se sont appesantis, vers la fin de la décennie 1990, sur les discussions mondiales visant à trouver les voies et moyens d’atténuer les pesanteurs du paludisme sur le développement des pays. En ce sens, ils ont contribué à présenter l’initiative FRP, notamment dans ses objectifs nobles de construction sur les échecs du passé dans la lutte contre cette endémie, en considérant la charge du paludisme comme un obstacle majeur au développement des pays. Ces discours ont ainsi contribué à mettre en exergue les principes de base de l’initiative, notamment :

Ainsi présentés, les discours économiques sur la lutte contre le paludisme au Cameroun sont encore trop proches de ce qu’ils sont au niveau international. En effet, le programme national de lutte contre le paludisme est encore de création récente et n’a pas les moyens d’assurer le financement de ses activités en cette période de morosité économique du pays. Les budgets nationaux consacrés à la santé restent en effet encore faibles (Cf. tableau 6) et les partenariats pour le financement de la lutte contre les endémies comme le paludisme ne sont guère faciles à construire.

Tableau 7 : Évolution du budget national et du budget du ministère de la santé (en milliers de FCFA)

(Source : Extrait de l’article Un système de santé en pleine mutation : le cas du Cameroun (R. Okalla & A. Le Vigouroux, SD)

Il ressort de l’examen de ce tableau qu’entre 1990 et 1997, les budgets consacrés à la santé sont largement restés en dessous des 15% du budget national recommandés par l’OMS pour le développement équitable du système de santé dans un pays. Bien plus, l’évolution de ces budgets au fil des ans s’est faite en dents de scie. Les années les plus difficiles auront été 1990 et 1993 pendant lesquelles ces budgets ont accusé une baisse de 12% et 25% respectivement par rapport aux années précédentes. Or, pendant la décennie 1990, l’essentiel des efforts est dirigé vers la consolidation de la mise en place du système de santé. Les budgets consacrés à la prévention des endémies comme le paludisme ne peuvent guère couvrir l’ensemble des besoins qu’exige cette prévention ; il faut donc recourir à des aides extérieurs pour le fonctionnement optimal du système de santé et pour renforcer la lutte contre les maladies. Il faut toutefois noter aussi que ces budgets deviennent de plus en plus consistants après la dévaluation du franc CFA en 1994.

Les discours économiques du moment rendent par conséquent compte des efforts d’appui du pays au secteur de la santé en général dans un contexte d’ajustement structurel et de relance de l’économie. Ils montrent aussi l’adaptation du pays à la nouvelle offensive mondiale contre le paludisme, notamment avec la mise en place de structures permettant le démarrage effectif de la nouvelle initiative mondiale pour faire reculer le paludisme dans le monde. Quelle est la situation des discours politiques sur le paludisme pendant cette période ?