A - Discours de santé publique sur le paludisme au Cameroun

Ces discours ont conservé les énoncés standards des deux périodes précédentes. Un fait nouveau dans l’énonciation de ceux-ci est l’annonce d’un nouvel élément du savoir dans la transmission de cette maladie au Cameroun. En effet, le Journal Le Monde, dans sa parution en ligne du 28 juillet 2004, révèle qu’une équipe de biologistes français et camerounais dirigée par Didier Fontenille (IRD, Montpellier) et Parfait Awono-Ambene (OCEAC, Yaoundé) a annoncé la découverte d’un moustique du groupe Anophèles nili, appelé Anopheles ovengensis et considéré comme vecteur secondaire du paludisme. Cette découverte a été faite dans le sud du Cameroun, précisément dans la petite localité éponyme de Oveng81. Anopheles ovengensis, telle qu’on l’a baptisée, vient s’ajouter à Anopheles gambiae, Anopheles funestus, Anopheles nili et Anopheles moucheti dont l’action est déjà connue dans la transmission du plasmodium à l’homme. Ce nouveau vecteur de la maladie est comme indiqué sur la photographie ci-après :

Figure 8 : une vue de Anopheles ovengensis, le nouveau type de moustique vecteur du paludisme
Figure 8 : une vue de Anopheles ovengensis, le nouveau type de moustique vecteur du paludisme

(Source : RFI, 2004)

En attentant de mieux comprendre son rôle dans la transmission de la maladie, les responsables du Ministère de la santé publique approchés par le correspondant de RFI, Valentin Zinga, déclarent attendre davantage de renseignements sur le nouveau vecteur avant d’agir. « Nous n’allons pas pour autant changer notre stratégie de lutte contre le paludisme, laquelle est basée sur la promotion de la moustiquaire imprégnée » lui a confié le Secrétaire permanent adjoint du PNLP.

Le discours de santé publique sur le paludisme au début du troisième millénaire relève aussi un certain nombre de nouvelles considérations par rapport aux cibles principales de la maladie :

- les messages de sensibilisation à l’endroit des populations, notamment ceux sur l’utilisation de la moustiquaire, insistent maintenant que lesdits dispositifs de barrière contre les piqûres des moustiques soient imprégnés d’insecticides à effet rémanent, jugées plus efficaces dans la prévention du paludisme. Ceci représente une évolution par rapport aux discours pendant la décennie 1990 qui se satisfaisaient de l’utilisation de moustiquaires, quels qu’elles soient, par ces cibles. Grâce à l’avènement du fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et à beaucoup d’autres structures bienfaitrices, des campagnes de distribution gratuite de moustiquaires à ces cibles ont été organisées, à plusieurs reprises, dans le pays pendant cette première décennie du troisième millénaire. Il est important de noter qu’au début de ces campagnes, les moustiquaires devaient être ré-imprégnées tous les 6 mois ; par la suite, avec l’appui de certains partenaires, le PNLP a acquis d’autres types de moustiquaires, « long-lasting nets »82, imprégnées pour être efficaces pendant plusieurs années sans ré-imprégnation, qu’il a aussi distribuées aux populations. De même, grâce à l’avènement du fonds mondial, la prévention secondaire du paludisme a pu surmonter les écueils grandissants de la résistance aux antipaludéens courants. Le PNLP a notamment institué la prise en charge des accès palustres par des bithérapies (combinaisons d’antipaludéens à base d’artésunate) en remplacement des monothérapies (utilisation d’un antipaludéen à base d’une simple molécule) comme c’était le cas jusqu’au début du millénaire.

La chloroquine n’est plus conseillée dans la prévention de la transmission placentaire du paludisme de la femme enceinte au fœtus, en raison de la résistance du plasmodium à ce médicament. En remplacement et pour plus d’efficacité dans ce mode de prévention, la femme enceinte doit prendre un traitement présomptif intermittent d’antipaludéens dès le troisième mois de sa grossesse, et cela jusqu’à l’accouchement. A la différence de ce qui se passait avant le troisième millénaire, ce traitement doit être pris en présence d’un agent de santé.

Dans une interview accordée à Cameroon Tribune en ligne à la préoccupation sur le traitement du paludisme actuellement en vigueur au Cameroun, le 10 février 2010, Dr Jean Rollin Bertrand Ndo, le directeur de la pharmacie au Ministère de la santé publique a déclaré :

‘« En 2006, le Cameroun a révisé sa politique de lutte contre le paludisme et en ce qui concerne le paludisme non compliqué, le traitement actuellement autorisé, conformément aux recommandations de l'OMS, c'est la combinaison Artesunate-Amodiaquine ou Artemether-Lumefantrine. Le tout en comprimé. Lorsque nous avons des formes sévères, c'est la quinine injectable pour laquelle il n'y a pas de résistance. Pour la femme enceinte, c'est la Sulfadoxine-pyrimetamine. » ’

A côté de cet éclairage thérapeutique, il faut signaler que la lutte antivectorielle n’est pas très proéminente dans les discours sur le paludisme au Cameroun. Ceci traduit le peu d’orientation de la lutte contre l’endémie vers cette stratégie. Néanmoins, elle est envisagée dans le plan stratégique 2007-2010 de lutte contre le paludisme au Cameroun et elle se fera à travers des aspersions intradomiciliaires à base de DDT. Cet insecticide qui avait été abondamment utilisé dans les années 1950-1960 au cours des campagnes visant l’éradication de la maladie, sera aspergée à des doses qui ne causeront d’ennui ni aux individus, ni aux bêtes, ni à l’environnement.

Les spécimens courants des discours de santé publique sur le paludisme au Cameroun à partir de l’an 2000 se présentent comme suit :

Tableau 8 : Spécimens des discours de santé publique sur le paludisme au Cameroun à partir de l’an 2000

(Source : Présente recherche)

Examinons maintenant le discours économique sur le paludisme au Cameroun pendant cette période.

Notes
81.

Ce résultat de recherche est publié par Valentin Zinga sur le site de RFI le 22 novembre 2004

82.

Moustiquaires longue durée.