Deuxième partie
Représentations sociales sur le paludisme au Cameroun

Les discours sur le paludisme au Cameroun, objets de la première partie de notre travail, mettent en scène les échanges sur la maladie d’une part et le contexte politique, économique et social dans lequel évolue l’endémie palustre, d’autre part. Au Cameroun, le contexte est celui négro-africain dont D. Ouedraogo (2008) relève quelques unes des spécificités identitaires sur la perception de la maladie. D’abord, à la question Qu’est-ce qu’un négro-africain ? cet auteur rejette toute réponse ignorant tant l’origine géographique de l’individu que la culture de l’univers auquel il appartient. L’on peut, selon lui, très bien croiser des noirs africains dans le 16e arrondissement de Paris. Etre négro-africain renvoie à une bipolarité étonnante : être enfant de ses parents biologiques, mais aussi être de provenance indéterminée dans la mesure où il y a généralement chez l’Africain un lien entre l’individu et ses ancêtres, puis entre celui-ci et les forces invisibles de la nature. Sur le plan anthropologique, cette ambivalence fait de la maladie un agencement de choses objectives et non-objectives dans la culture négro-africaine.

Ainsi donc, dans cette culture, le diagnostic d’une maladie appelle un questionnement du genre D’où vient la maladie ? qui passerait aisément dans l’interrogatoire exploratoire de la consultation médicale moderne classique, mais aussi d’autres préoccupations comme : Vient-elle des hommes ? Procède-t-elle des éléments que révèlent les méthodes de diagnostic couramment connues ou plutôt d’une quelconque cause surnaturelle ? Ces préoccupations sont présentes dans la pensée quotidienne ou encore la pensée de Monsieur tout le monde, par opposition à la pensée scientifique. Ces propos liminaires montrent que la seconde partie de notre travail empruntera largement à la psychologie. En nous intéressant à la psychologie scientifique de P. Mouliner et P. Rateau (2009), deux voies parallèles s’ouvrent derechef pour cerner la pensée populaire :

Dans l’une et l’autre des voies, la maladie est cernée à travers des constructions qui en donnent une idée. L’on se situe alors dans le champ des représentations. Lorsqu’elles sont partagées par plusieurs individus, des membres de communautés données ou des groupes sociaux, on parle de représentations collectives ou des représentations sociales. Depuis les années 1960, les recherches sur les représentations sociales utilisent la piste anthropologique. Elle permet de comprendre comment et pourquoi les groupes sociaux construisent collectivement des visions de leur environnement social-culturel qui vont aussi peser sur leurs modes de raisonnement.

La présente partie de notre travail s’inscrit dans la trajectoire de la piste de la psychologie scientifique que nous venons d’évoquer. Elle se formule de la manière suivante : Quelles sont les représentations sociales du paludisme et comment apparaissent-elles dans l’environnement social camerounais ? Telles sont aussi quelques questions que nous envisageons d’aborder. Ainsi annoncée, cette seconde partie de notre travail tente de déceler les déterminants psychologiques, sociaux et culturels qui structurent les pratiques des Camerounais face au paludisme. Nous l’avons organisée autour des trois chapitres suivants :

Le premier aborde la notion de représentations sociales dans ses généralités. Eu égard à la transversalité de ce concept dans les champs disciplinaires, cet arrêt s’impose pour repréciser son appréhension et indiquer son importance dans le domaine des sciences sociales et humaines. Pour rester collé à l’objet du présent travail, le chapitre mettra de l’emphase sur cette notion dans le domaine de la santé et la maladie.

Le second chapitre abordera les représentations sociales du paludisme dans le contexte négro-africain.

Le dernier chapitre de cette partie fera une recension des représentations sociales courantes des Camerounais sur cette maladie ; nous tentons, à ce niveau, une organisation des représentations du paludisme dans l’espace social camerounais.