A - Définition d’une représentation sociale

Comme préalable à une quelconque définition des représentations sociales, reconnaissons à la suite de D. Jodelet (op.cit) que dans la vie, de façon générale, nous nous posons constamment des questions sur le monde qui nous entoure. Ce questionnement et les réponses qui en découlent nous permettent de nous ajuster par rapport à ce monde, de nous y conduire, de le maîtriser physiquement et intellectuellement, d’identifier et de résoudre les problèmes qu’il pose. C’est pour cette raison que nous construisons des représentations. Comme nous partageons ce monde avec les autres sur qui nous nous appuyons - parfois dans la convergence, parfois dans le conflit - pour le comprendre, le gérer ou l’affronter, les représentations sont dites sociales et sont très importantes dans la vie courante. Ces représentations nous guident dans la façon de nommer et de définir ensemble les différents aspects de la réalité de tous les jours, dans la façon de les interpréter, de statuer sur eux, et, le cas échéant, de prendre une position à leur égard et les défendre.

S. Moscovici présente ce concept comme un paradigme dont les contours varient suivant la perspective adoptée par le chercheur. On peut ainsi l’étudier lorsqu’il émerge, dans ses fonctions de communication, dans sa structure ou dans ses liens avec les rapports sociaux. Nous voulons retenir la définition qu’il en donne car elle nous semble intégrer les éléments cardinaux du concept quel que soit le domaine d’étude. Pour lui, une représentation sociale est :

‘« Un système de valeurs, de notions et de pratiques ayant une double vocation : Tout d’abord d’instaurer un ordre qui donne aux individus la possibilité de s’orienter dans l’environnement social et matériel et de le dominer. Ensuite d’assurer la communication entre les membres d’une communauté en leur proposant un code pour leurs échanges et un code pour nommer et classer de manière univoque les parties de leur monde. » (S. Moscovici in C. Herlitz, 1969 :11).’

S. Moscovici appréhende ainsi les représentations sociales comme une pensée d’un type particulier, générée par les acteurs sociaux, imprégnée particulièrement d’idéologie sur l’action dans la vie sociale. L’intérêt de cette définition pour le présent travail est qu’il intègre des éléments de communication. L’identification de ceux-ci permet d’apprécier le partage d’information sur les représentations qu’une cible donnée a pu développer sur un objet, un élément ou un phénomène social donné.

D. Jodelet complète la définition de Moscovici en précisant que les représentations sociales peuvent être des phénomènes directement observables ou reconstruits par un travail scientifique. Elles circulent selon elle dans les discours, sont présentes dans les mots, sont véhiculées dans les messages et images médiatiques, cristallisées dans des conduites et les agencements matériels et spatiaux. A travers les significations générées par la construction représentative, les individus et les groupes donnent de l’objet représenté des définitions spécifiques qui construisent une vision consensuelle de la réalité. Cette vision, qui peut être en conflit avec celles d’autres groupes, apparait comme un guide pour des actions et échanges quotidiens. D’où l’identification des représentations sociales comme :

‘« Une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social […] ‘savoir de sens commun’, ou encore ‘savoir naïf’ , ‘naturel’, cette forme de connaissance est distinguée, entre autres, de la connaissance scientifique. » (D. Jodelet op.cit. : 53)’

Et de continuer en présentant les représentations sociales comme des :

‘« Systèmes d’interprétation régissant notre relation au monde et aux autres [qui] orientent et organisent les conduites et les communications sociales […] phénomènes cognitifs [qui] engagent l’appartenance sociale des individus par l’intériorisation de pratiques et d’expériences, de modèles de conduites et de pensée». (Idem).’

C. Herlitz (op. cit.) s’est penchée sur ce concept en rapport avec la santé et la maladie. Elle reconnait que s’intéresser aux représentations sociales, c’est observer comment un ensemble de valeurs, de normes sociales et modèles culturels est pensé et vécu par des individus d’une société donnée. C’est aussi essayer de comprendre comment s’élaborent et se structurent, logiquement et psychologiquement, l’image et les objets qui renvoient à la santé et à la maladie. Ainsi présentée, cette notion comporte des caractéristiques et des fonctions propres.