2. Autres dispositifs de prévention comme source d’enrichissement

Nous désignons ainsi tous les dispositifs destinés à tuer le moustique à l’échelle individuelle, dans les maisons (bombes, fumigènes, grillages, etc.) et les antipaludéens. Les dispositifs de lutte contre les moustiques sont en vente libre sur le commerce et sont sources d’enrichissement tant pour les industries qui les fabriquent que pour les commerçants. En effet, la demande est toujours forte eu égard à la prolifération des moustiques et aux désagréments qu’ils causent quotidiennement aux populations.

Les antipaludéens, pour leur part, ne sont pas toujours à la portée des populations malgré les multiples subventions des nouvelles molécules par l’Etat. Les officines privées font de bonnes affaires dans la vente de ces produits, surtout de nouvelles molécules, compte tenu de l’augmentation croissante des résistances aux antipaludéens courants. L’on est aujourd’hui très loin de la bonne vieille chloroquine qui était à la portée de toutes les bourses. Les antipaludéens sont aujourd’hui au cœur de bonnes affaires chez certains acteurs de la lutte. Les officines privées, les officines des hôpitaux publics et les pharmacies de la rue sont en concurrence dans la vente de ces médicaments : Les pharmacies privées les vendent souvent sans diagnostic préalable et sans prescription médicale ; les discours médiatiques nous ont donné à comprendre qu’en dépit des subventions consenties par les pouvoirs publics, les prix de ces médicaments, et surtout des nouvelles molécules, varient d’un hôpital à un autre. Les pharmacies de la rue attirent vers eux les populations à faible bourse à qui elles vendent des antipaludéens à des prix plus abordables que dans les officines privées. Ces produits illicites sont généralement pris sans contrôle médical et il en résulte souvent un développement de la résistance du plasmodium à ces médicaments de la rue.

Tout ceci montre que la prévention du paludisme est apparue, depuis quelques années, comme le lieu de recherche du profit. Une autre illustration fort parlante nous est donnée par l’offre d’une firme pharmaceutique de racheter le brevet d’invention du vaccin SPF66 à son inventeur (Dr Patarroya). Certes, cette firme peut arguer la volonté d’en assurer une production en qualité et en quantité suffisante, mais, la question de monopole de production et de vente du nouveau vaccin ne pouvait être écartée d’emblée. Il s’agissait sûrement, pour cette firme, d’une volonté cachée de maximiser ses bénéfices en s’appuyant sur la prévention du paludisme. Une autre illustration de la volonté de détourner la prévention du paludisme pour des profits individuels nous est donnée par des malversations signalées dans la gestion des deniers publics affectés à cette prévention. Nous ne voulons pas nous étaler sur ce dernier argument que le discours médiatique présente encore comme une affaire en cours.

Les guérisseurs traditionnels ne sont pas en reste. Certes, les aspects lucratifs de leurs actions n’apparaissent pas clairement dans les discours médiatiques. Nous voulons cependant relever leur contribution à la percée progressive de la promotion de produits pharmaceutiques et autres dispositifs de prévention du paludisme venant d’Asie, vendus au Cameroun en ce moment.

En substance, si l’on s’intéresse à l’objectif visé par chacun des acteurs de la lutte dans son discours, il apparaît de plus en plus clair qu’il n’y a pas forcément concordance entre les discours de tous les acteurs de la lutte contre le paludisme au Cameroun. Il en résulte une cacophonie par exemple dans la promotion de la vente de moustiquaires (avec des personnes restant buttées au problème d’efficacité d’une marque de moustiquaire, comparée à une autre) et autres dispositifs de lutte contre les moustiques. Cette cacophonie est aussi observée dans le domaine de la vente des antipaludéens et elle provoque l’aggravation du phénomène de résistance du microbe responsable du paludisme. Dans ce dernier cas, la prévention secondaire de la maladie n’est pas bien assurée et des morts du paludisme sont susceptibles de survenir si la prise en charge dans les hôpitaux (et donc la prévention tertiaire) est mal assurée. Ceci est en conformité avec notre seconde sous-hypothèse. Qu’en est-il à présent de l’hypothèse H3 ?