Chapitre 1 : Problématique générale

1.1- Contexte de l’étude

Depuis plus de deux décennies, le VIH/Sida s’est introduit en Afrique en particulier et dans le monde en général. Après cette irruption, les organisations, les communautés, les gouvernements, les scientifiques se sont mobilisés à travers de multiples campagnes de sensibilisation, de persuasion, de lutte, de prévention. Mais les dernières estimations du taux de prévalence au VIH du programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA, 2005) dans le monde ne présentent aucun signe de stabilité ni de regression.

Au Cameroun, la promotion des condoms passe par toute une série de circuits d’information pour toucher les populations et surtout les publics clés (professionnelles du sexe, adolescents, jeunes, camionneurs, routiers, nomades, militaires, mineurs, fonctionnaires...) avec des messages qui correspondent à leurs intérêts et à leurs besoins. Aujourd’hui dans les villes et campagnes du Cameroun, la promotion des condoms (masculins et féminins) se fait à la radio et à la télévision y compris dans le cadre d’émissions d’actualité, de feuilleton populaire, de comédies et de théâtre. Des campagnes de promotion se servent aussi des journaux, d’affiches, de brochures. D’autres modes de diffusion sont les chansons, des concours de musiques, des vidéos, des « carnavals de condoms ». Des campagnes de publicité dans les médias mettent l’accent sur les avantages que l’emploi du condom apporte sur le plan émotionnel, psychologique, social et sanitaire. Cette multitude de campagnes de promotion et de sensibilisation a favorisé l’augmentation des connaissances des populations sur la maladie. Les résultats de la troisième Enquête Démographique et de Santé menée au Cameroun (EDSC-III, 2004) ne nous démentiront pas.

D’après cette source, la quasi-totalité des femmes soit 98 % et des hommes soit 99% au Cameroun ont déjà entendu parler du Sida et de ses modes de prévention. Comparées aux données recueillies au cours de l’EDSC-II en 1998, nous constatons que les proportions de femmes et d’hommes qui connaissent l’existence du VIH /Sida ont augmenté, passant chez les femmes de 79% à 98% et chez les hommes de 88% à 99 %. En outre, ce niveau de connaissance, il faut le préciser, d’après la même source est homogène car quelles que soient les caractéristiques sociodémographiques « plus de neuf enquêtés sur dix ont déclaré avoir entendu parler du VIH/Sida » (EDSC-III, 2004, p.261). Il est généralement admis que le niveau de connaissance que la population a d’une maladie conditionne bien souvent son attitude et par conséquent son comportement vis-à-vis de cette maladie. D’après l’EDSC-III (2004, p. 263) plus de 69% de femmes et une proportion plus élevée d’hommes, soit 82% ont déclaré qu’on pouvait limiter les risques de contracter le VIH /Sida en utilisant des condoms. La connaissance par la population des moyens de prévention devrait être un avantage indispensable pour freiner l’épanouissement de la pandémie du Sida et susciter chez les populations prévention et dépistage.

D’après l’EDSC-III (2004, p. 272), plus des trois-quarts des femmes (76%) et une proportion encore plus élevée d’hommes (83%) n’ont jamais effectué de test de dépistage de VIH / Sida. Seulement une femme sur dix (10%) a effectué un test et a eu connaissance des résultats ; chez les hommes, cette proportion est un peu plus élevée (14%). Si on se limite aux 12 derniers mois qui ont précédé l’enquête, seulement 5% de femmes et 7% des hommes ont effectué un test et ont reçu les résultats. Que ce soit chez les femmes ou chez les hommes, nous constatons que c’est parmi les jeunes que la population de ceux qui ont déjà effectué un test de VIH/Sida et reçu les résultats est la plus faible (5% chez les femmes et 3% chez les hommes). En milieu rural, 4% des femmes et 8% des hommes ont eu connaissance de leur statut. Ces proportions sont de loin inférieures à celles des autres villes (10% de femmes et 14 % d’hommes) dans la ville de Yaoundé, contre 22 % de femmes et 24 % d’hommes dans la ville de Douala.

D’après la même source, environ 40,5 % de femmes et 54,7% d’hommes déclarent utiliser le préservatif. Plus d’un quart des femmes (29 %) ont des rapports sexuels à risque. Chez les hommes, cette proportion est beaucoup plus élevée, puisqu’elle atteint 62%. D’une manière générale, les hommes ont eu plus fréquemment que les femmes des rapports sexuels à risques (62 % contre 29 %). En outre, plus d’un homme sur deux pendant la même enquête, a déclaré avoir utilisé un condom au cours des derniers rapports sexuels à risque et, comme chez les femmes, ce sont ceux qui ont eu le plus de rapports sexuels à risque qui ont le plus fréquemment utilisé un condom.

Les jeunes de 15 à 24 ans constituent, au Cameroun, une population à risque dans la mesure où ils entretiennent au quotidien des rapports sexuels, pratiquent le multi- partenariat sexuel, le vagabondage, la prostitution (déguisée ou ouverte). Les résultats de l'EDSC-III montrent que chez les femmes de 15 à 24 ans un tiers avait eu leurs premiers rapports sexuels avant 15 ans (35%). Parmi les hommes de 15 à 24 ans, environ un quart (23 %) ont eu leurs premiers rapports sexuels avant d’atteindre 15 ans. Parmi les proportions de jeunes (femmes et hommes) de 15 à 24 ans, qui ont déjà eu les rapports sexuels, seulement 18% des femmes ont déclaré avoir utilisé un condom au cours de leurs premiers rapports sexuels. Cette proportion est nettement plus élevée chez les hommes (27%). Ces résultats montrent que la sexualité a pris une ampleur significative au Cameroun, malgré la présence du Sida qui ne tolère pas la moindre négligence. Nous constatons également que les populations n’intègrent pas le port du condom dans leurs habitudes sexuelles. Le taux d’utilisation systématique et à long terme du préservatif est encore plus faible. Les enquêtes démographiques et de santé révèlent que l’utilisation auto déclarée du préservatif est plus élevée parmi les jeunes célibataires que parmi ceux qui sont mariés, plus élevée aussi parmi les hommes que parmi les femmes, et plus forte dans le cadre des rapports occasionnels que dans celui de relations avec un partenaire régulier.

Au Cameroun, l’infection à VIH constitue un véritable problème de santé publique. Elle représente une cause importante de mortalité avec un impact négatif sur le développement économique et social du pays. Selon le Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS, 2001), 600 personnes s’infectent chaque jour, soit 25 personnes par heure. Les résultats de l’EDSC-III (2004) montrent également que 5% des personnes de 15 à 49 ans sont infectées par le VIH/Sida au Cameroun. Ce taux ne saurait néanmoins nous réjouir au vu de la dégradation, de la banalisation et de la vulgarisation du sexe et de la sexualité que nous constatons ces dernières années au Cameroun.Le nombre de personnes vivant avec le VIH/Sida s’élève à 553.000. Ces statistiques sont celles du comité national de lutte contre le Sida, du ministère de la santé publique. Nous constatons également que la prévalence du VIH augmente au Cameroun par région d’après l’EDSC-III (2004). La prévalence du VIH est par exemple très élevée au Nord-Ouest (8,7%) et à l’Est (8,6%). La comparaison entre les deux grandes villes du pays montre qu’à Yaoundé, site de notre étude, la prévalence du VIH est presque deux fois plus élevée qu’à Douala (8,3% contre 4,5%).

Face à ces tendances, des campagnes d’informations et de prévention ont été faites pour sensibiliser la population sur ce fléau, et par là freiner l’épanouissement de la pandémie. Ainsi, des programmes d’information, d’éducation et de communication ont été mis en place, dirigés et coordonnés par le Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS), les Synergies africaines contre le Sida et les souffrances, de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG). Cependant, l’histoire a montré que les épidémies et les pandémies sont toujours considérées avec scepticisme par l’opinion publique (les populations) et le VIH/Sida ne déroge pas à cette règle.

L’analyse psychosociale du comportement sexuel des adolescents de Yaoundé face à la pandémie du Sida montre qu’en dépit de nombreuses campagnes de sensibilisation et de persuasion portant sur les méfaits de la pandémie, leurs comportements sexuels n’évoluent pas dans le sens souhaité à savoir : abstinence, fidélité, condom. Il nous a été difficile de rester insensible à ce fléau qui mine, ruine et détériore les populations. C’est en nous intéressant à la problématique du Sida que nous avons constaté une véritable résistance des adolescents de Yaoundé à l’usage du préservatif face au VIH/Sida.