2.1.4.1– La théorie de l’équilibre

Heider (1946) est le premier à formuler une théorie de la consistance cognitive : « l’équilibre cognitif ». D’après cette théorie, si une contradiction existe entre les jugements ou attentes d’une personne concernant un aspect de son environnement social et les implications des jugements ou attentes relatives à d’autres aspects de cet environnement, on peut observer une modification des rapports entre les éléments de l’environnement ou encore une modification de la représentation que la personne s’en fait afin de restaurer l’équilibre. Selon Heider, les individus recherchent l’ordre, la symétrie et la cohérence entre les éléments de leur environnement. Si une contradiction apparaît, des forces tentent de restaurer l’équilibre soit en modifiant les rapports entre ces éléments, soit en modifiant la représentation que la personne s’en fait.

Heider considérait un objet x (qui, dans le cas de notre étude, peut être le VIH/Sida ou le préservatif) et deux individus P1 et P2 (qui sont, dans le cas de notre étude, les deux partenaires sexuels). Ces deux individus peuvent être d’après l’auteur, soit en relation d’attirance (+), soit en relation d’aversion (-), et peuvent avoir envers l’objet x, soit une attitude positive (+), soit une attitude négative (-). La théorie de Heider nous est indispensable parce qu’elle focalise la structure des attitudes sur l’affectivité et l’équilibre. Cette situation est très préoccupante dans notre étude, dans la mesure où le comportement sexuel se manifeste entre des personnes qui éprouvent mutuellement des sentiments et des affects. La qualité de sentiments et d’émotion peut influer grandement sur la structure, la nature et le changement d’attitude chez les partenaires. A quelques exceptions près, la relation qui lie les partenaires sexuels est une relation affective et le rapport sexuel instaure un équilibre qui peut être entravé par les pulsions, tensions et instincts sexuels des partenaires, et donc l’acte sexuel est important pour le réinstaurer.

C’est pourquoi nous avons pensé qu’il faut, pour comprendre comment se structurent les attitudes des individus face au VIH/Sida, mettre en évidence la dynamique fonctionnelle qui existe entre l’objet (le VIH/Sida ou le port du préservatif) et la nature et le degré de relation affective qui existent entre les partenaires sexuels, dans la mesure où l’équilibre ou le déséquilibre ne doivent pas subir le même processus fonctionnel entre les couples très amoureux, entre les couples simplement amoureux, entre les couples passionnels, entre les couples qui s’admirent seulement, entre les couples où un seul partenaire est amoureux, ou entre les couples qui ne s’aiment pas, ou dans le cas de viols ou de prostitution. Ce que nous voulons retenir dans cette approche heiderienne est que le port du préservatif est conditionné par la nature et le degré d’affect qui existe entre les partenaires sexuels. Et que les pressions exercées par un partenaire sur l’autre peuvent susciter adoption ou changement d’attitude dans les couples pour que l’équilibre du couple soit sauvegardé.