2.1.6.1– La fonction de connaissance

Elle semble susciter une grande préoccupation de recherche (Fazio, 1989, Pratkanis et Greenwald, 1989). Nous avons signalé un peu plus haut que l’attitude sert de cadre interne de référence ; elle est une sorte d’échelle évaluatrice indiquant la latitude acceptable et la latitude inacceptable pour juger les stimuli associés à l’objet d’attitude et y réagir. Elles sont toutes bipolaires (négatives ou positives, favorables ou défavorables), et elles ont toujours une certaine intensité, qui peut aller de la haine à l’amour, de l’indifférence à la passion ; on peut donc les ordonner sur des échelles, voire les mesurer. Une telle procédure a son utilité, car elle constitue à la fois un moyen de connaissance et un moyen de communication et d’action.

En sollicitant par exemple l’opinion des adolescents sur le VIH/Sida et le port du préservatif, on ébauche un certain dialogue grâce auquel il est possible de mieux les comprendre, de découvrir leurs insatisfactions et d’y remédier. A la manière de mini-théories qui établissent des liens entre diverses observations, les attitudes permettent une organisation des connaissances. Ces connaissances (croyances, arguments, informations, opinions, etc.) constituent la composante cognitive emmagasinée dans le schème de façon bipolaire ou unipolaire. C’est donc cette représentation cognitive qui est évaluée, aboutissant à un résumé effectif du type défavorable – favorable à l’égard de l’objet.

Le rôle de connaissance se manifeste de façon différente, selon les cas où l’objet d’attitude est nouveau ou familier. Dans notre population, nous aurons des sujets pour qui l’objet d’attitude (VIH/Sida) est familier et d’autres pour qui cet objet est nouveau. Dans le but de mieux saisir l’originalité du rôle épistémologique de l’attitude, il est nécessaire de confronter les deux situations de nouveauté et de familiarité à l’objet.

Gerard et Orive (1987) font bien comprendre ce qu’il y a de particulier dans le rôle de connaissance de l’attitude vis-à-vis des objets nouveaux. Dans de telles situations, l’individu ressentirait un impérieux besoin de formation d’attitude puisqu’il ne dispose pas d’une attitude toute prête. Dès lors, il s’efforcera de recueillir de l’information afin d’en arriver à l’impression de pouvoir réagir de façon non ambivalente vis-à-vis de l’objet. Selon cette perspective, l’information première, et aussi la plus nécessaire, serait de type affectif (Zazonc, 1980). Selon Gérard et Orive (1987), le résultat de cette saisie émotionnelle rapide de l’objet constitue la détermination d’une orientation non équivoque vers l’action (unequivocal behavioral orientation) ou, une structuration cognitive achevée. Nous constatons donc qu’une contribution majeure de l’attitude à nos connaissances, est d’encoder les affects « anti » et « pro » à l’égard d’objets nouveaux. Cette approche met en évidence la procédure de formation des attitudes chez les adolescents qui suivent pour la première fois des messages sur le VIH/Sida et la prévention.

Dans les situations d’objets familiers, le sujet détient déjà des attitudes toutes faites, plus facilement accessibles, n’attendant qu’à être activées par le contexte. Dans ces cas, l’évaluation affective en mémoire sera recouvrée afin de classifier l’objet comme bon ou mauvais et de décider d’un comportement d’approche ou d’évitement. Jamieson et Zanna (1989) rapportent une expérience qui illustre bien le rôle de guide quasi automatique que jouent les attitudes. Selon ces auteurs, l’attitude est cristallisée et, par conséquent, susceptible de prédire la conduite.