2.4.1 Les vecteurs de choix de formation

Les étudiants qui se trouvent dans les pays en développement rencontrent, comparativement aux autres étudiants des pays développés, nettement plus de difficultés à choisir des formations qui puissent convenir à leurs objectifs. Ceci est notamment lié à la faiblesse des structures d’information de leur pays d’origine, à leur manque de formation pour pouvoir décrypter l’information, au déséquilibre de l’information et à l’absence de compétitivité de l’offre étrangère.

Le choix des étudiants est guidé par la perception de la valeur d’un programme plutôt que par la qualité scientifique ou pédagogique de l’enseignement216. Ainsi, ils décident principalement selon la notoriété plutôt que sur des critères basés sur la capacité de la formation à leur apporter des compétences utiles pour un futur emploi ou une carrière déterminée. Il considère donc que dans ces conditions la qualité devient secondaire, sauf pour une rationalisation de la sélection des élites. En d’autres termes, le choix des étudiants pour des formations étrangères va se porter prioritairement sur les universités prestigieuses pour des raisons de statut, mêmes si elles se préoccupent moins de la qualité de l’enseignement. Mais comment ce choix peut-il bien s’opérer dans les pays en développement où la communication n’est pas idéale, voire inexistante ? Le manque de moyens comparatifs diminue dès lors les possibilités de fonder un jugement critique dans un environnement compétitif. Une autre particularité dans de nombreux pays émergents est qu’il y a un manque de compétition puisque les formations délocalisées sont un marché qui commence à peine à se développer. Certains facteurs peuvent en amont influencer et déséquilibrer cette fonction d’échange entre l’étudiant et l’offre étrangère et notamment l’accès et la qualité de l’information.

On constate dès lors une accentuation des comportements opportunistes des étudiants face à leur choix et une situation d’asymétrie d’information par rapport à l’offre qui leur est faite. Ceci augmente l’imperfection de ce marché éducatif217.Même s’ils sont en manque d’information, selon leur « position sociale »218, les étudiants sont cependant très rationnels et procèdent tout au long de leur scolarisation à des calculs de coûts–avantages, afin de déterminer le moment optimal d’arrêt des études. On peut supposer que ce pragmatisme est proportionnellement plus élevé lorsqu’il s’agit d’étudiants et de familles plus pauvres, comme ce peut être le cas dans les pays émergents. Pour ces motifs, on retrouve comme argument principal de choix pour les étudiants, par ordre de préférence219 :

  • la motivation économique, l’investissement et l’endettement peuvent être importants mais pas dominants dans le choix ; avantages du pays ou des établissements concernant l’accueil, bourses, avantages sociaux, tous les avantages économiques confondus, etc.
  • la gestion de carrière/ retour d’investissement, le choix du programme va être fait en fonction d’objectifs tels que la qualité de l’emploi, du salaire, de la poursuite d’études, ou de situation d’accueil pour faciliter la migration.
  • la motivation scientifique et linguistique, choix du programme et de la langue. L’anglophonie est une priorité ;
  • la motivation culturelle et affective, proximité géographique, affinité culturelle, histoire du pays, réseau des anciens, perception de la qualité de vie, qualité de l’accueil, etc.
  • la reconnaissance académique, validité du cursus et reconnaissance internationale des programmes peuvent être déterminants pour établir des choix. Il en est de même de l’accès à la recherche ou la reconnaissance de la formation par le secteur professionnel ;
  • les motivations règlementaires et diverses, visa, rapprochement familial, toutes facilités administratives, etc.

Notes
216.

P. Coaldrake, « Répondre aux nouvelles attentes des étudiants », in revue Gestion de l'enseignement supérieur, Paris : CNRS-INIST, 2001, vol.13, no 2, pp. 83-102.

217.

O.E. Williamson, The Economic Institutions of Capitalism, op. cit.

218.

Boudon, 1973. Cité par Michel Ambert, Essai sur l'investissement en éducation : le cas de l'Inde, Thèse de doctorat en sciences économiques, Paris : Université Panthéon-Assas, Paris 2 : 2001.

219.

OCDE, La massification et développement des universités dans les pays Industrialisés, op. cit., tableau 4.15, annexe 2-5.