Annexe 3.1 - La formation des élites au Vietnam de 1956 à 1975

Compte rendu d’un entretien avec Docteur Thai Thi Ngoc Du, Conseillère scientifique AUF, antenne HCM ville.

Saigon le 20/10/05

G.Palaoro

Le sud du Vietnam.

L’ensemble du système a été inspiré du système de formation des élites français. Deux grands principes d’organisation des études supérieures existaient :

La coopération internationale (une collaboration qui date de la colonisation)

Les grandes écoles (ENA, ENS, Ecole d’architecture) et les facultés de médecine, pédagogie, pharmacie proposaient un nombre de places qui correspondait aux besoins de l’État et à son budget. La sélection des étudiants qui avaient un statut de mi-fonctionnaire, était très difficile. Les étudiants étaient assurés d’un emploi et pouvait gérer les offres en fonction de leurs classements, de leurs notes, à défaut, ils se devaient d’accepter les places proposées en fin d’études.

La première université privée au sud du Viêt-nam « Université privée Catholique de Da Lat » a vu le jour dans les années 60 grâce à la communauté catholique et à ses ressources. La deuxième université privée « Université Boudhique » ou Van Hanh (bonze éclairé) a été créée par le vénérable Thich Minh Chau, vers 1964-65. Le parcours de ce bonze éclairé est très représentatif de celui des élites de l’époque qui partait à l’étranger, en l’occurrence en Indes pour lui où il a obtenu un doctorat en études bouddhiques, afin de parfaire leurs études et pouvoir gérer des grandes entreprises ou administrations à leur retour. Á son retour en 1963, année de la chute de la famille Ngo Dinh Diem (1953-63), il créé l’université bouddhique et en devient le président jusqu’en 1975. Cette université est devenue le campus de l’université de pédagogie. Van Hanh a créé en 1975 dans l’autre campus de l’université bouddhique, l’institut d’études bouddhiques. Toutes les universités privées étaient en générales appuyées par des mouvements et des forces religieuses

Les élites du sud avaient généralement une expérience internationale pour se former à l’étranger ou provenaient des grandes familles d’origines chinoises ou de tradition à fort patrimoine.

Après 1954, les élites du Nord ont été formées suivant un système inspiré du modèle soviétique. Inscription sur concours et nombre d’étudiants acceptés en fonction de la planification de l’économie centralisée et des besoins. L’université proposait un système pyramidal très structuré qui proposait des passerelles à la vie professionnelle à de nombreuses étapes. Chaque spécialité pouvait proposer son université. L’ensemble était sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur. Il y avait des universités spécialisées dans les domaines de la santé, des transports.

L’élite politique était formée à l’Institut d’Etudes Politiques. La sélection s’opérer par le système de cooptation relatif à l’engagement politique. Aux niveaux de responsabilité politique ou institutionnelle correspondait des degrés de formation politique obligatoire. On pouvait être responsable d’une grande entreprise d’État ou d’une administration sans qualification scientifique mais la formation politique était par contre toujours obligatoire.

Pour être grands dirigeants d’entreprise ou homme politique il fallait être cadre politique et justifier d’une expérience universitaire dans des pays amis tels que Cuba, ou d’un pays de l’ex URSS. L’équivalence universitaire a été attribuée aux formations politiques à partir de 1980.

On peut prendre comme exemple de parcours, Monsieur le ministre de l’environnement et des ressources naturelles, Mr Mai Ai Truc ainsi que son frère, ministre des télécommunications, Mr. Mai Tiem Truc, qui ont eu tous deux une formation scientifique à l’étranger et ont suivi des cours de formation politique. Á leur retour, ils ont été attachés à un centre/institution de recherche, ils ont en suite intégrés une grande entreprise avant de débuter une brillante carrière dans les ministères.

D’un point de vue général et actuel, l’association à la grande élite du pays est liée à l’adhésion au parti, à une participation à la lutte pour défendre (libérer) le pays et/ou justifier d’une ascendance parmi les personnages célèbres qui ont participés à la lutte.