II. Les marchés de production, d’une fonction d’expédition à une fonction d’approvisionnement du marché de détail régional

Depuis plusieurs décennies, on annonce362 la fin des marchés de production comme on a annoncé que la vente directe disparaîtrait avec la modernisation et l’organisation de la production. Or, la tendance actuelle des producteurs à chercher des solutions hors du système d’expédition nous amène à interroger le rôle des marchés de production dans ce phénomène. Ces marchés déclinent-ils, ou leur fonction évolue-t-elle, contribuant à l’émergence de nouvelles formes de valorisation ?

En 1970, Jacques Béthemont recensait huit marchés de production existant entre Pont-de-l’Isère et Brignais, qui cumulaient 3 700 t. de marchandises (1972, p.588), ce qui est faible363. En 2007, on ne recense plus que trois marchés de production364 dans la Moyenne Vallée du Rhône, mais rien n’affirme que leur activité ait décliné. Pour évaluer leur poids et leur fonctionnement, nous avons enquêté sur deux d’entre eux, celui de Chanas (38) qui est comparable en activité à celui de Mauves, et surtout celui de Pont-de-l’Isère (26), qui est le plus important365.

Notes
362.

Nous évoquons là le discours officiel porté par le syndicalisme agricole, les responsables et les techniciens agricoles inscrit dans le modèle de production-expédition.

363.

A titre de comparaison, en 1920 le marché de St-Rambert-d’Albon, alors premier marché aux pêches de France, comptabilisait 1 200 t. de transactions réalisées (Desmoulins, 1925).

364.

Les marchés de Pont-de-l’Isère (26), de Mauves (07) et de Chanas (38), sachant que seul le premier est ouvert toute l’année. Le marché de Tain-l’Hermitage a été fermé en 1998.

365.

Les responsables des marchés, les producteurs-vendeurs et les acheteurs ont été questionnés. Le régisseur et la conseillère municipale du marché de Pont-de-l’Isère nous ont confié les livres bilan des années 2001 à 2006 (2001-2006), nous donnant accès à l’évolution récente de la fréquentation.