1.1.4. Le rôle du lecteur dans la compréhension de texte

1.1.4.1. L’hypothèse d’un traitement minimal (« The minimalist hypothesis », McKoon & Ratcliff, 1992)

Les travaux de McKoon et Ratcliff (1992) portent principalement sur l’étude des inférences dites automatiques. Selon ces auteurs, ces inférences reposeraient sur l’information qui est rapidement et facilement accessible à savoir les connaissances générales du lecteur et l’information explicite du texte. Les inférences basées sur l’information explicite du texte sont utilisées pour établir la cohérence locale du texte (i.e., connexion des instances autour d’un même concept, référence pronominale et relations causales). La cohérence locale est définie par les propositions d’un texte qui sont en mémoire de travail au même moment. Ainsi, selon l’hypothèse d’un traitement minimal, deux classes d’inférences seulement sont encodées au cours de la lecture, celles basées sur l’information facilement disponible et celles requises pour la cohérence locale, à moins que le lecteur n’adopte des buts et stratégies spécifiques. Selon McKoon et Ratcliff (1992), ces inférences dites automatiques forment la représentation de base du texte à partir desquelles des inférences plus stratégiques sont construites.

Les auteurs illustrent la validité de l’hypothèse d’un traitement minimal en s’appuyant sur deux types de travaux, ceux qui ont mis en évidence que l’information sur laquelle est basée une inférence est non seulement disponible mais également que l’inférence est véritablement produite (Ratcliff & McKoon, 1978), et ceux qui ont montré que les inférences nécessaires à la cohérence globale ne sont pas produites au cours de la compréhension (McKoon & Ratcliff, 1992). La perspective de ces auteurs les conduit donc à faire une distinction essentielle entre les inférences participant à l’établissement de la cohérence locale et celles permettant l’établissement de la cohérence globale. Spécifiquement, McKoon et Ratcliff (1992) font l’hypothèse que les inférences relatives à la cohérence locale sont générées au cours de la lecture alors que les inférences propres à la cohérence globale ne le sont pas, à moins que la cohérence locale ne puisse être établie. Les résultats des recherches menées sur la production d’inférences de connexion entre un pronom et son référent (Dell, McKoon & Ratcliff, 1983; McKoon & Ratcliff, 1980) ainsi que celles portant sur les articles définis et l’identification du référent approprié (Dell, McKoon & Ratcliff, 1983; McKoon & Ratcliff, 1980) sont en faveur de l’hypothèse d’un traitement minimal. Ainsi, comme le prédit la théorie d’un traitement minimal, les inférences participant à l’établissement de la cohérence locale sont générées au cours de la compréhension. Parallèlement, McKoon et Ratcliff (1992) ont démontré dans plusieurs expériences que les inférences relatives à la cohérence globale ne sont pas produites au cours de la compréhension. Dans une première expérience, ils ont mis en évidence une accessibilité différentielle des informations locales et globales durant la compréhension de courts récits. Ils ont utilisé des textes cohérents localement et ont montré que l’information locale était disponible durant la compréhension. Étant donné que les textes ne nécessitaient pas un suivi détaillé de l’information globale pour maintenir la cohérence de l’information locale, les résultats indiquent qu’elle n’était pas utilisée. Dans une deuxième expérience (McKoon & Ratcliff, 1992), ils confirment les résultats précédemment obtenus avec deux types de texte. Le premier texte était cohérent au niveau local mais l’information locale était en contradiction avec l’information globale. Or, aucun effet de la contradiction n’était observé. Le second texte n’était pas cohérent localement mais pouvait le devenir à partir de l’information globale. Dans ce cas, les données montraient que l’information globale était disponible et utilisée pour maintenir la cohérence locale du texte. Dans deux autres expériences (McKoon & Ratcliff, 1992), ils ont utilisé des textes plus longs dans lesquels la cause d’un événement spécifique était distante de l’événement lui-même par de nombreux paragraphes. La question était de savoir si l’événement serait connecté à sa cause dans la représentation en mémoire du récit. Les données ont montré que ce n’est pas le cas. Ainsi, les diverses expériences menées par McKoon et Ratcliff (1992) aboutissent toutes à la même conclusion selon laquelle les inférences relatives à la cohérence globale ne sont pas générées au cours de la lecture.