1.4.4. Le rôle de la mémoire dans la construction du modèle de situation

1.4.4.1. Compatibilité des différentes modélisations de la mémoire de travail

Le stockage et le traitement des informations nécessaires à la compréhension d’un texte semblent directement dépendre d’un système de mémoire de travail. Dans son modèle de Construction-Intégration, Kintsch (1988) envisage un système de mémoire de travail permettant le maintien d’un certain nombre d’informations préalablement traitées au cours de la lecture, et maintenues disponibles pour assurer l’intégration progressive du texte. En 1995, Ericsson et Kintsch approfondissent ce système de mémoire en distinguant une mémoire de travail à court terme et une mémoire de travail à long terme. C’est en mémoire de travail à court terme qu’a lieu l’élaboration de la représentation du cycle en cours de traitement. En mémoire de travail à long terme, sont stockées d’anciennes propositions ainsi que des réseaux de connaissances activés par association. Les éléments contenus dans la mémoire de travail à long terme sont rendus automatiquement disponibles par la mémoire de travail à court terme dont les éléments constitutifs sont des indices de récupération en mémoire à long terme. La récupération automatique et immédiate des informations en mémoire de travail à long terme ne se fait que si les liens entre les éléments de la mémoire de travail à court terme et ceux de la mémoire de travail à long terme sont structurés sous la forme de réseaux stables. La mémoire de travail à long terme a donc pour fonction de maintenir la cohérence.

Pour Baddeley (1986, 1993) la mémoire de travail est supposée exercer une influence directe sur la compréhension, en particulier grâce à l’activation des représentations en mémoire à long terme permettant l’élaboration du modèle de situation.

La conception de la mémoire de travail (MDT) de Baddeley (1986, 1993) semble compatible avec la théorie d’Ericsson et Kintsch (1995). Ce que Baddeley (1986, 1993) appelle MDT (avec une boucle phonologique et un calepin visuo spatial) pourrait être l’équivalent de la mémoire de travail à court terme (MDT-CT) d’Ericsson et Kintsch (1995), qui contiendrait les indices de récupération (i.e. des mots) permettant de récupérer les informations dans la mémoire à long terme et construire un modèle de situation cohérent d’un texte.

Pour les besoins de notre étude nous utiliserons les tests d’évaluation de la mémoire de travail (empan de Corsi) issus du modèle de Baddeley (1986, 1993). Il nous apparaît cependant que ce modèle ne soit pas assez explicite sur le devenir et l’utilisation des informations en MDT, ainsi que sur la capacité à récupérer les informations en MLT. Par contre la théorie d’Ericsson et Kintsch (1995) semble apporter les précisions nécessaires quant à ces deux points en proposant l’existence d’une MDT-CT et d’une MDT-LT, dont l’une contiendrait des indices de récupération des informations d’un texte un cours de lecture et l’autre les portions de ce même texte nécessaire à l’élaboration d’un modèle de situation cohérent.