II.2.2.2.4 Côtés forts et faibles de l’économie institutionnelle

L’économie institutionnelle n’a jamais atteint autant d’influence que la théorie keynésienne ou néoclassique. L’explication est à rechercher, d’une part dans la méthodologie et dans la possibilité de prédiction assez limitée, ce qui n’était pas favorable aux recommandations simples et univoques pour les politiques de l’État. Un autre côté faible concerne le fait que ce mouvement économique ne s’intéresse pas assez à certaines questions macroéconomiques (par ex. chômage), même s’il a remporté un succès quant à l’explication des cadences différentes de croissance économique (Blažek, Uhlíř, 2002).

Néanmoins, justement ces éléments critiqués représentent en même temps le point fort le plus important en comparaison avec la théorie économique du courant principal. L’économie institutionnelle adopte une attitude beaucoup plus complexe envers la réalité. Elle ne la facilite pas par la limitation du comportement économique au concept d’une attitude rationnelle d’un individu. Elle accentue ces aspects de la vie économique comme les coûts de transaction ou l’imperfection du contrat. Le fait qu’elle étudie les motifs et les moyens des tromperies et de l’opportunisme humain constitue justement les raisons pour lesquelles elle peut enfin avoir de meilleures implications pour les politiques des états que l’économie du courant principal.

L’économie institutionnelle comme un mouvement économique vit dans l’ombre de l’économie du courant principal. Elle a survécu aux deux « périodes d’obscurité » - les années vingt du siècle passé et les années 1955 - 1974 (Hodgson, 1998). Cette longue étape d’attente la fortifiera peut-être et elle verra enfin son « âge d’or ». Selon certains indices, cela ne devrait pas durer trop longtemps. Si on regarde par exemple les titulaires du prix Nobel pour l’économie, on découvre qu’une partie relativement considérable de ces lauréats pendant les dix ou quinze années passées fait partie si non directement de l’économie institutionnelle, au moins de certains des mouvements alternatifs. En 1991, R. Coase l’a obtenu pour sa découverte et l’éclaircissement des rôles des coûts de transaction et des droits de la propriété pour la structure institutionnelle et pour le fonctionnement de l’économie. Deux années plus tard, c’était D. North pour l’exploration de l’histoire de l’économie au profit de l’explication du changement économique et institutionnel. D. Kohneman et V. Smith ont réussi avec des travaux plus récents. En 2002, le premier l’a obtenu pour la théorie qui s’appuie sur les expériences psychologiques par lesquelles il décrit les manières des hommes « pensant de manière irrationnelle », le dernier pour la découverte de la possibilité d’utiliser des expériences de laboratoire comme des outils pour l’analyse économique empirique.

D’après Nelson (2002), la tendance actuelle est une infiltration de la nouvelle économie institutionnelle et de la nouvelle économie évolutionnaire. De nombreux auteurs qui ont auparavant travaillé sur les thèmes évolutionnaires, s’orientent aujourd’hui aussi vers les concepts institutionnels, comme par exemple le système national d’innovation. Il se peut que justement la conjugaison de ces deux forces aidera à l’imposition de l’économie institutionnelle ou évolutionnaire.