II.3.4.2.1 Certains traits similaires des concepts de path dependence, lock-in et RIM

Selon Artur (1989) le concept path dependence caractérise une situation où tous les nouveaux acteurs envisagent les choix qui ont précédés avant de prendre une décision. À condition qu’une entreprise ait trouvé son siège dans une région A, une autre entreprise va envisager le choix de prendre la même décision et il est probable qu’elle choisisse la même région. Cette décision devrait être profitable pour les deux sociétés grâce aux rendements croissants.

Un trait caractéristique des systèmes « dépendants du sentier » est l’existence de plusieurs équilibres possibles. Au moment où un système choisit un équilibre, indépendemment de la question de la comparaison avec les autres possibilités, ce système devient « locked-in » (David, 2001). Il est typique pour cet état qu’il est impossible de quitter l’équilibre choisi, ce qui peut être aussi une région, à moins qu’intervienne une force extérieure. Ainsi, cet état représente dans une certaine mesure un piège (tramping region) où ce système se trouve coincé. Arthur (1989) l’affirme également. Pour lui l’une des traits caractéristiques du processus de path dependence est la rigidité structurelle (structural rigidity). L‘accès à un équilibre est lié à la création de barrières pour une avancée libre vers d’autres équilibres. Ces barrières sont mesurables aux coûts nécessaires pour que le système puisse passer à une autre équilibre.

A partir de ce rapport il est donc possible d’envisager le potentiel de contribution des MIR aux deux concepts socioéconomiques. Des deux côtés, il y a des barrières créées et fortifiées par l’évolution précédente. Dans les deux cas, il est possible de se pencher sur leur classification, ou plutôt sur des possibilités de comment elles peuvent être surmontées. Il est aussi possible de remarquer une certaine similitude entre les MIR et les concepts de path dependence et lock-in dans le fait que les MIR représentent prémièrement les mécanismes qui renforcent la spécificité des espèces et deuxièmement les barrières qui délimitent ou éliminent le croisement entre espres, alors que path dependence et lock-in sont des mécanismes qui renforcent également le choix d’origine. Ce choix peut concerner la spécialisation de la région mais aussi le choix d’une solution technologique ou institutionnelle etc. Ces mécanismes de soutènement d’origine fonctionnent plus tard également comme une barrière pour le changement de cette variante choisie. Cela signifie que les deux MIR (biologiques et « socioéconomiques ») font en principe obstacle à la diffusion d’un phénomène. Du point de vue biologique, il s’agit de la diffusion de l’information génétique, et par l’entremise de cela de la conservation de la spécificité des espèces, du point de vue socioéconomique, il s’agit de la diffusion d’une innovation, une information ou une spécialisation, et par cela du renforcement du choix d’origine. Les caractéristiques parallèles de base peuvent être résumées en quelques points:

  1. Les deux processus sont à caractère cumulatif.
  2. Le hasard peut avoir un rôle important dans les deux processus.
  3. Les deux types de mécanismes sont des produits de l’adaptation à un certain environnement mais ils influencent en même temps cet environnement.
  4. Les deux concepts décrivent premièrement les mécanismes qui renforcent le choix d’origine, éventuellement ancrent l’identité / la spécificité d’un phénomène, c’est-à-dire la spécialisation d’une région mais aussi le choix d’une solution technologique ou institutionnelle, et qui deuxièmement fonctionnent comme des barrières qui font obstacle à la pénétration et à la diffusion des alternatives de concurrence.
  5. Ces barrières, leurs forme, intensité ou orientation ne se manifestent entièrement qu’au contact avec les alternatives de concurrence.
  6. Il est possible de présumer que de façon semblable au cas des MIR biologiques, les barrières socioéconomiques ne fonctionnent pas non plus automatiquement mais probablement de manière spécifique dans chaque situation.

Même si ces concepts se ressemblent dans une certaine mesure, il faut se rendre compte des différences significatives entre eux et surtout entre les environnements dans lesquels ils sont implantés. Il faut remarquer, avant tout, que les concepts de spéciation et de MIR sont étroitement liés à la reproduction sexuée et que cette problématique ne peut pas être appliquée aux sciences sociales directement mais seulement par métaphore.