2. 1. 2. Seconde acception : récupération automatique déclenchée par la répétition

C’est cette formulation de la théorie de la récupération en phase d’étude qui est le plus souvent mentionnée dans la littérature et c’est cette conception que nous évoquerons lorsque nous citerons la théorie de la récupération en phase d’étude par la suite. Dans de nombreux articles (e.g., Cepeda et al., 2006) l’hypothèse de la récupération en phase d’étude est présentée comme s’opposant à celle de la variabilité de l’encodage. En effet, la théorie de la variabilité de l’encodage devrait logiquement prédire que si l’occurrence de l’item n’est pas reconnue comme une répétition au moment de P2, alors la variabilité de l’encodage devrait être la plus importante, ce qui devrait favoriser le rappel libre ultérieur (e.g., Johnston & Uhl, 1976). Or, toutes les données empiriques ont contredit cette prédiction et ont même montré l’inverse, c’est-à-dire qu’une reconnaissance de l’item au moment de P2 était favorable à la récupération ultérieure. Nous allons examiner quelques-unes de ces données.

Johnston et Uhl (1976, Expérience 2) présentaient une liste de mots et, pour chaque mot présenté, le sujet devait réaliser une tâche de reconnaissance c’est-à-dire estimer si le mot avait déjà été présenté auparavant ou non. Certains mots étaient répétés, et ce avec des IIR variables, et d’autres n’étaient pas répétés. Ensuite une tâche de rappel libre avait lieu. De façon concordante avec les observations de Thios et d’Agostino (1976) et de Melton (1967), les items reconnus à P2 avaient beaucoup plus de chances d’être rappelés que les items non reconnus. D’autre part, alors que la probabilité de reconnaître un mot comme répété lors de P2 diminuait avec l’IIR, la probabilité de finalement rappeler un mot préalablement reconnu augmentait avec l’IIR. Autrement dit, l’intervalle entre P1 et P2 bénéficiait plus aux mots reconnus à P2 qu’aux mots non reconnus. Par conséquent, soit la théorie de la variabilité de l’encodage est fausse, soit il faut lui ajouter la condition de reconnaissance à P2. C’est ce qu’ont fait les modèles dits « mixtes », c’est-à-dire qui combinent variabilité de l’encodage et récupération en phase d’étude, que nous décrirons dans la section 2.3.

D’autres arguments en faveur de la théorie de la récupération en phase d’étude existent. Premièrement, lorsque les items ne sont pas reconnus à P2 comme étant une répétition, alors l’effet d’espacement n’est pas observé (e.g., Braun & Rubin, 1998). Deuxièmement, la théorie de la récupération en phase d’étude permet d’expliquer assez simplement pourquoi la courbe de performance en fonction de l’IIR prend parfois une forme en U inversé (e.g., Glenberg, 1976). Selon la théorie, lorsqu’une certaine durée de l’intervalle P1-P2 est atteinte, la récupération en phase d’étude est de moins en moins probable, et par conséquent les performances finales chutent. C’est le parti pris défendu par Verkoiejen et al. (2005) et Toppino et Bloom (2002). Troisièmement, cette hypothèse permet d’expliquer pourquoi les effets d’espacement et d’intervalle ne concernent pas des paires d’items différents. En effet, Ross et Landauer (1978) ont constaté que beaucoup de théories postulent que des traces mnésiques distinctes sont créées pour des événements distincts (e.g., Hintzman & Block, 1971), même si ces événements concernent un même item qui se répète. Ainsi, pour que le rappel final de l’item soit couronné de succès, il faut que le sujet récupère alors soit la trace relative à P1, soit la trace relative à P2, soit les deux. Formulée de façon mathématique, la probabilité de rappel final est la suivante :

Proba (Rappel) = Proba (Rappel P1) + Proba (Rappel P2) - Proba (Rappel P1 et P2).

Il se trouve que dans le cas d’un stimulus répété, par exemple le mot maison présenté deux fois, alors cette probabilité de rappel est différente selon l’intervalle qui sépare P1 et P2. Si la répétition d’un item n’est pas une situation spéciale relativement aux traces mnésiques créées en mémoire (i.e., une nouvelle trace est créée lors de le répétition), alors on devrait observer les mêmes effets pour des événements P1 et P2 qui concernent des items différents, par exemple le mot banane puis le mot chat présentés dans la même liste. Or, cela n’a jamais été observé. Par conséquent, les processus en jeu lorsqu’un item est répété sont différents de ceux en jeu lorsque deux items différents sont présentés : quelque chose se produit lors de la répétition d’un item qui ne se produit pas lors de la présentation d’un item différent. Manifestement, il s’agit de la récupération en phase d’étude.

Ainsi, un ensemble d’éléments expérimentaux soulignent l’importance des phénomènes de récupération en phase d’étude dans l’explication des effets de pratique distribuée. Nous allons maintenant développer des hypothèses récentes qui développent ces hypothèses, en particulier celle de la remémoration récursive.