4. 4. Expérience 3

4. 4. 1. Introduction

L’objectif de la troisième expérience était double. Il s’agissait en premier lieu de poursuivre l’exploration de la généralité de l’effet de l’agencement temporel observé dans les expériences précédentes, en variant les paramètres des agencements. La durée de la phase d’apprentissage a été allongée à 13 jours et le nombre d’occurrences d’une paire donnée a été réduit à trois. Les agencements étaient les suivants : uniforme (X-----X-----X), expansif (XX----------X) et contractant (X----------XX).

Il s’agissait en second lieu d’étudier l’influence du délai de rétention (DR) sur les effets de l’agencement temporel. En effet, les études récentes sur l’effet de l’intervalle inter-répétition (IIR) ayant employé deux occurrences d’un même item (voir la section 1.3.2) ont révélé que la durée du DR modifiait la durée de l’IIR optimal. Précisément, plus le DR était long, plus l’IIR optimal était long également. Ainsi, il est possible que, suite à un DR long, l’effet des agencements temporels sur le rappel final ne soit pas le même que suite à un DR court. Nous avons donc comparé trois modalités pour la durée du DR : 2 jours (le test de rétention ayant alors lieu à J15), 6 jours (test à J19), et 13 jours (test à J26). De nouveau, chaque participant était confronté aux trois agencements temporels, mais était cependant testé suite à un seul DR.

Un tel protocole nous permettait de comparer indirectement les théories de la récupération en phase d’étude et de la variabilité de l’encodage. En effet, ces deux théories font des prédictions différentes relativement à l’interaction entre l’agencement et le DR. Selon la théorie de la récupération en phase d’étude, l’agencement expansif devrait aboutir, comme dans les Expériences 1 et 2, à des performances finales plus élevées que pour les autres agencements, et ce, quelle que soit la durée du DR.

Selon la théorie de la variabilité de l’encodage, une interaction entre l’agencement et le DR devrait apparaître. Rappelons les principaux postulats de cette théorie. D’une part, le contexte fluctuerait graduellement avec le temps, c’est-à-dire pendant le (ou les) IIR et également pendant le DR. D’autre part, les éléments contextuels seraient encodés dans les traces aux côtés des représentations des items. Enfin, les traces récupérées lors du rappel seraient celles qui comportent des éléments similaires au contexte instancié à ce moment-là. Ainsi, lorsque le DR est court, le contexte instancié lors du rappel est censé être proche des contextes qui avaient été instanciés à la fin de la phase d’apprentissage. Par conséquent, un DR court devrait favoriser la récupération des traces encodées majoritairement en fin d’apprentissage, c’est-à-dire celles des items de l’agencement contractant. A contrario, lorsque le DR est long, le contexte instancié lors du rappel est censé être très différent des contextes instanciés au cours de l’apprentissage, à cause de l’importance fluctuation contextuelle due au passage du temps. Par conséquent, un DR long devrait favoriser la récupération des traces contenant la plus grande variété de composants différents car elles bénéficient alors d’un plus grand nombre de routes de récupération. En toute logique, les paires apprises selon l’agencement uniforme devraient être celles comportant la plus grande variété de composants contextuels, dans la mesure où elles ont été encodées dans trois contextes bien différents, car pendant des sessions séparées par de longs intervalles : à J1, à J7, et à J13. À l’inverse, les paires apprises selon les agencements expansif et contractant comportent deux occurrences se produisant dans des contextes proches : J1 et J2 pour l’agencement expansif, et J12 et J13 pour l’agencement contractant. Ces deux agencements devraient donc donner lieu à des traces mnésiques moins diversifiées en termes de composants contextuels. En définitive, l’agencement contractant devrait être favorisé pour un DR court, tandis que l’agencement uniforme devrait être favorisé pour un DR long.